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Les mesures sanitaires liées à la pandémie ont privé les personnes endeuillées de soutien social et de réconfort. La psychologue et professeure Anne Brault-Labbé invite donc les gens à faire preuve de générosité et de créativité dans leur façon de rappeler leur présence en cas de besoin.
Les mesures sanitaires liées à la pandémie ont privé les personnes endeuillées de soutien social et de réconfort. La psychologue et professeure Anne Brault-Labbé invite donc les gens à faire preuve de générosité et de créativité dans leur façon de rappeler leur présence en cas de besoin.

Le deuil au temps de la COVID

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
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En 2020, quelque 75 000 Québécois ont perdu la vie, selon les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec. De nombreuses personnes ont ainsi dû vivre un deuil empreint d’angoisse, de distanciation sociale et d’isolement.

En cette journée de commémoration nationale en mémoire aux victimes de la COVID-19, la psychologue et professeure titulaire à l’Université de Sherbrooke Anne Brault-Labbé rappelle que le deuil est une réaction « normale et universelle » auquel sont confrontés tous les êtres humains.

En contexte de pandémie, il n’est toutefois pas surprenant que ce passage obligé soit particulièrement difficile à surmonter pour de nombreuses personnes.

« Le défi de s’adapter à une perte importante peut être d’autant plus marqué que la personne endeuillée doit en plus composer avec toute l’adaptation, l’incertitude, l’imprévisibilité liées à la pandémie. Dans certains cas, ça ne laisse pas l’espace, le temps, la place pour vivre la perte et traverser son deuil tel que l’exigerait la situation », indique la psychologue.

Les personnes endeuillées sont effectivement confrontées à de nombreux défis. Privées de soutien social, notamment par les mesures sanitaires mises en place, elles doivent aussi vivre avec l’isolement de la personne en fin de vie. « Cela peut rendre plus difficile et plus grand le sentiment d’impuissance que ressentent généralement les proches en deuil », admet Anne Brault-Labbé.

« Ne pas avoir été directement témoin de ce qui s’est passé et de la manière dont ça s’est passé peut amener les gens à imaginer ce qu’a été la détresse et la souffrance de la personne malade. Les images que ça suscite peuvent être teintées de craintes et de doutes à propos de ce que cette personne chère a vécu. Il faut être prudent lorsque l’imagination s’emballe en ce sens » met en garde la psychologue, rappelant toutefois la légitimité de ce sentiment.

Comment soutenir les personnes endeuillées?

Les mesures sanitaires liées à la pandémie ont privé les personnes endeuillées de soutien social et de réconfort dans la dernière année. Anne Brault-Labbé invite donc les Québécois à faire preuve de générosité et de créativité dans leur façon de rappeler leur présence aux personnes qui en ressentiraient le besoin.

« Ceux qui veulent être présents ne savent souvent pas quoi dire ni quoi faire, vivent beaucoup d’impuissance, et l’impuissance devant la souffrance est un sentiment difficile à tolérer. Parfois, par peur de nuire en ne sachant pas comment aider, les proches de la personne endeuillée auront tendance à se retirer pour éviter une telle impuissance. »

La psychologue suggère de ne pas hésiter à prendre des nouvelles des gens qui vivent un deuil, et ce, même plusieurs mois après l’événement. Les « dates anniversaires » sont aussi à surveiller. Il faut, selon elle, cesser d’éviter les situations qui peuvent à première vue nous rendre inconfortables.

« C’est d’autant plus vrai dans une société où la mort et la souffrance sont des sujets relativement tabous auxquels on tend à parler le moins possible. Je crois que nous évoluons dans une société où, à moins d’être confrontés à des situations qui nous y obligent, on apprend peu à s’apprivoiser et à être en contact avec l’idée de la mort et de sa propre finitude. Il y a là, à mon avis, un terrain important et fertile de réflexions à avoir collectivement… »