Le projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants 2016-2020 du CSI financé par Affaires mondiales Canada a permis de former des promotrices de santé dans les communautés autochtones machiguengas dans la jungle péruvienne.
Le projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants 2016-2020 du CSI financé par Affaires mondiales Canada a permis de former des promotrices de santé dans les communautés autochtones machiguengas dans la jungle péruvienne.

Le CSI en a plein les bras dans les pays de l’hémisphère sud

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
«  Les besoins sont très grands ici, mais ils sont gigantesques dans les pays que nous aidons. »

Conscient des besoins créés par la pandémie de la COVID-19 au Canada, le directeur général du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke, Étienne Doyon, espère que les pays du Sud ne seront pas oubliés.

« Nous avons une crainte que la reprise se fera en créant un écart encore plus grand entre les personnes favorisées et les plus vulnérables », signale Étienne Doyon.

Si la première vague de la pandémie semble tirer à sa fin au Québec, dans les pays où le CSI a développé des partenariats, la situation est loin d’être sous contrôle.

Le Pérou est le deuxième pays le plus touché en Amérique latine avec plus de 200 000 cas et plus de 5000 morts répertoriés. Si le CSI a rapatrié des stagiaires à la mi-mars, il continue de suivre la situation de très près et demeure en contact constant avec l’ONG Ayni Desarrollo qui assure la conclusion du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants 2016-2020 financé par Affaires mondiales Canada.

Pour consulter le dossier complet sur le Pérou : La Tribune au Pérou

Le confinement en place depuis le 15 mars empêche les agents terrain de Ayni Desarrollo de se rendre dans la jungle péruvienne où se trouvent les communautés autochtones machiguengas dans le district de la Megantoni.

« Les agents se trouvent loin des zones d’intervention. Ils continuent tout de même d’envoyer du matériel de sensibilisation aux agents de santé. Ils ont aussi fait parvenir du matériel de protection aux centres de santé. La population autochtone est déjà vulnérable et la COVID-19 empire la situation », explique l’agent de projets pour le Pérou au CSI, Daniel Vanoverschelde.

Déjà isolé en temps normal par son éloignement géographique et le fait qu’il ne soit accessible que par bateau, le district de Megantoni se trouve encore plus dépourvu avec le confinement.

« Les communautés ont de la difficulté à recevoir de la nourriture. Ils ne reçoivent rien de l’État. Ces populations se trouvent encore plus isolées qu’elles l’étaient. Le personnel est plus au moins présent dans les centres de santé », explique l’agent de projets du CSI.

Déjà isolé en temps normal par son éloignement géographique et le fait qu’il ne soit accessible que par bateau, le district de Megantoni se trouve encore plus dépourvu avec le confinement.

Inquiétudes

Le dentiste du centre de santé de la communauté machiguengas de Camisea, Milton Cáceres Mariscal, a d’ailleurs contacté La Tribune cette semaine pour soulever ses inquiétudes notamment en ce qui a trait aux grossesses des adolescentes.

« Il y a aussi tout l’enjeu de violence envers les femmes et d’agressions sexuelles chez les mineurs. Le travail de sensibilisation se poursuit du mieux possible tant sur la prévention de la COVID-19 que concernant le droit des femmes », assure Daniel Vanoverschelde.

Le partenaire du CSI reste présent dans le secteur de Collique, un bidonville de Comas, une municipalité située au nord de la capitale Lima.

« Il y a un problème important de corruption au Pérou, ce qui fait en sorte que l’oxygène et les respirateurs ne se rendent pas où ils devraient. Les gens continuent de se rendre en masse dans les marchés », signale Daniel Vanoverschelde.

Si le CSI peut compter sur certaines données au Pérou, elle est moins évidente à obtenir de pays comme le Mali ou Haïti où le CSI est aussi présent.

« Ce sont des pays où la dynamique est différente. Au Mali, notre partenaire Kilabo travaille avec les jeunes et les femmes pour développer des petites entreprises agricoles. La situation en Haïti demeure critique. Notre partenaire l’IRATAM travaille à la relance agricole par l’amélioration des pratiques dans ce pays touché par les changements climatiques. De la prévention peut ainsi être faite en lien avec la COVID-19. Les tensions politiques ont anéanti les récoltes l’année dernière, alors il doit y en avoir cette année malgré la pandémie. Notre rôle d’appui à ces pays est plus important que jamais », soutient Étienne Doyon.

Avec la fin prochaine des programmes de financement, le CSI demeure en attente de l’ouverture des appels de proposition. L’organisme de solidarité internationale est confiant que tant Affaires mondiales Canada que le ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec vont reconduire certains projets.

« Malgré tout ce qui se passe, je n’ai pas d’écho que nos gouvernements souhaitent se retirer de l’aide internationale et ne pas assumer leur part. Ce sera un grand défi de faire en sorte que ces pays ne perdent pas les progrès accomplis depuis dix ou même vingt ans à la suite de la pandémie de la COVID-19. Nous pourrions avoir besoin de nos différents partenaires en région au cours des prochains mois et nous restons confiants qu’ils seront présents », souligne Étienne Doyon du CSI.

Le CSI souhaite poursuivre son implication dans les communautés autochtones machiguengas au Pérou.