La Ville cherchera à revenir avec un projet-pilote différent dans les prochains mois ou les prochaines années.
La Ville cherchera à revenir avec un projet-pilote différent dans les prochains mois ou les prochaines années.

Le corridor cyclable temporaire sur Galt démantelé

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
Le corridor cyclable temporaire du boulevard de l’Université et de la rue Galt Ouest, délimité par des cônes orange, devait commencer à être démantelé dans la nuit de lundi à mardi. Outre le mécontentement exprimé par les citoyens et les commerçants, les élus ont évoqué la sécurité des cyclistes pour expliquer la fin immédiate du projet-pilote. Le corridor cyclable de la rue Galt Est devait subir le même sort.

Le maire Steve Lussier, le président du comité de mobilité durable Marc Denault et plusieurs autres conseillers ont appuyé cette décision en évoquant qu’il s’agissait d’un pas de recul pour faire deux pas en avant. M. Denault pilotera d’ailleurs un comité de réflexion pour assurer le développement cohérent des pistes cyclables sur le territoire sherbrookois. 

Trois conseillères, sans contester les améliorations nécessaires pour la sécurité, ont enregistré leur dissidence. Annie Godbout, Karine Godbout et Évelyne Beaudin auraient souhaité que le projet-pilote se poursuive après des modifications.

« On recule pour le moment, mais on doit vraiment se pencher sur le dossier dans son entièreté pour le territoire. Après avoir vu toutes les plaintes, après avoir mis des pistes aménagées, dont sur Galt Ouest, il faut savoir qu’il y avait une cohabitation avec les autobus qui était peut-être un peu plus difficile. Le Service de police a soulevé d’autres préoccupations. On se devait d’enlever les cônes orange. Ça avait l’air d’un chantier de construction », explique le maire Steve Lussier.

Le conseiller du district de l’Université, Paul Gingues, affirme avoir reçu « d’innombrables plaintes de citoyens et de commerçants » depuis le début du mois de juillet. « Ils ne comprenaient pas la logique de fermer la moitié de la rue Galt pour tester une piste cyclable. Galt est une des trois voies principales qui traversent la ville d’est en ouest. Mon dernier post sur Facebook a suscité plus de 200 commentaires, sans compter les courriels et les appels. Plusieurs s’interrogent sur l’allure d’improvisation de ce projet-pilote.

« Je ne suis pas contre les pistes cyclables sécuritaires. Il me semble qu’il serait possible de créer des liens sans réduire drastiquement des artères comme la rue Galt. » Il nomme entre autres la voie cyclable prévue dans le projet qui verra le jour sur l’ancienne propriété des Petites Sœurs de la Sainte-Famille. 

Danielle Berthold cite pour sa part un rapport du Service de police de Sherbrooke, qui n’a pas été rendu public et qui a été transmis aux élus lundi soir vers 20 h, pour justifier le retrait du projet-pilote. « J’ai demandé qu’on me produise un rapport. On y indique que la visibilité des piétons voulant traverser la rue est réduite et que les arrêts d’autobus sont problématiques, parce qu’ils bloquent la circulation. Il y a aussi des traverses de piétons qui passent dans la piste cyclable et les bacs à déchets empiètent sur la chaussée. Les cyclistes doivent les contourner. »

Mme Berthold ajoute que certains automobilistes roulaient dans le corridor cyclable, pensant seulement que les deux voies pour les voitures étaient séparées par des cônes. « Je ne pourrais pas vivre avec la possibilité qu’il y ait un accident. Dans la rapidité à vouloir rendre un service à la population, on a commis une erreur. On n’a pas invité la police à se joindre à ce comité et à nous faire des recommandations. »

Chantal L’Espérance en retient que des consultations en amont doivent toujours être faites avant la réalisation d’aménagements. On prévoyait d’ailleurs un corridor cyclable temporaire sur la rue King après avoir mené une telle consultation. Celui-ci ne verra pas le jour. « J’aurais aimé qu’on puisse maintenir les tronçons non problématiques », a-t-elle néanmoins souligné. 

« Il va falloir qu’on change nos mentalités. Le tout à l’auto ne peut plus fonctionner. Il faut qu’on puisse partager la route et trouver des solutions gagnant-gagnant », ajoute-t-elle.

Karine Godbout aurait aussi aimé que des ajustements sécuritaires soient apportés pour maintenir ne serait-ce qu’une piste cyclable dans ce projet-pilote. 

« C’est le propre d’un projet-pilote de faire des essais et des erreurs. Ce projet avait assurément besoin d’ajustements, mais pas de l’abolir », abonde Annie Godbout.

« Nous avons de grands défis de faire accepter ces projets par les citoyens. Ce sera extrêmement difficile de mettre une voie réservée sur King ou Portland, mais c’est vers là qu’on doit aller. » 

Évelyne Beaudin rapporte quant à elle que les cyclistes étaient unanimes pour dire que le corridor cyclable était perfectible. « Mais ils étaient unanimes pour dire que c’est nécessaire sur ce tronçon. En raison des dénivelés, la rue Galt et le boulevard de l’Université, ce sont les seules rues où on peut faire passer une piste cyclable entre le centre-ville et l’Université. » 

Mme Beaudin a déploré l’empressement avec lequel ce dossier avait été traité et aurait souhaité deux ou trois jours de plus « pour bien faire les choses. »

« J’espère qu’on va revenir rapidement avec un projet-pilote qui prendra une autre forme. »

Nicole Bergeron assure qu’il ne s’agit que d’une partie remise. « Je veux rassurer les citoyens qui croient au transport actif : ça ira en s’accroissant. Il faudra qu’on accepte de partager la rue. »

Enfin, Marc Denault confirme qu’un comité comportant de nombreux intervenants du Service de police, du Bureau de l’environnement, de la Société de transport de Sherbrooke et de la planification du territoire se pencheront sur l’avenir des pistes cyclables au comité de mobilité durable. Des intervenants du monde cycliste, du conseil régional de l’environnement, de Commerce Sherbrooke et de la Chambre de commerce de Sherbrooke seront aussi consultés. 

« L’objectif est de mettre en place un comité en mesure de faire des recommandations au conseil pour tout projet-pilote ou permanent de transport actif, et capable de se prononcer sur les projets prioritaires », résume M. Denault.