AD4X et Pegas Productions sont les deux joueurs de l’industrie de la pornographie au Québec.
AD4X et Pegas Productions sont les deux joueurs de l’industrie de la pornographie au Québec.

Le confinement profite à la porno québécoise

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
À moins d’avoir des enfants ou de devoir continuer à travailler, le confinement laisse plus de temps aux Québécois pour tout ce qui touche au divertissement. La consommation de pornographie est elle aussi en hausse et l’industrie québécoise en profite.

Chez Pegas Productions, la crise a bien mal débuté, mais les statistiques de fréquentation et d’abonnements sont en hausse depuis quelques semaines.

« Je vous dirais que la dernière semaine de mars a été plutôt à la baisse parce qu’il y avait beaucoup de panique et d’anxiété, note Nicolas Lafleur, propriétaire. Les gens n’avaient pas nécessairement la tête à ça. Ç’a été une bonne diminution de 65 % pendant une dizaine de jours. Mais après ça s’est replacé et ensuite, on voit une augmentation de 20 %. On souhaite que ça se poursuive. On a beaucoup plus d’achats de forfait en fin de soirée et durant la nuit. On se dit que pour les gens qui sont en famille c’est plus propice. »

Chez AD4X, les ventes d’abonnements ont doublé depuis le début de la crise.

« Mais attention, on n’est pas dans un gros marché, signale André de la Seine, président. On ne parle pas de 120 ventes par jour. On faisait peut-être quatre ventes par jour et on est rendu à huit. Par contre, l’achalandage sur le site a augmenté de plus de 100 %. Les gens passent plus de temps sur le site et on a plus de rétroaction de nos membres. »

Production au neutre

Bien difficile de respecter la distanciation sociale dans l’industrie pornographique. AD4X et Pegas Productions ont donc toutes deux arrêté les tournages dès le début de la crise. Les deux entreprises ont toutefois plusieurs scènes en banque pour les prochains mois. Pour l’instant, rien n’indique que les tournages pourront reprendre bientôt.

« On est en train de se faire des scénarios de reprise parce que tout dépendamment de la date de reprise, il va falloir donner un effort particulier pour le tournage et la postproduction », souligne Nicolas Lafleur.

Cette suspension implique donc des pertes de revenus pour les acteurs, mais aussi pour toute l’équipe technique.

« Ces revenus-là ne sont pas nécessairement applicables aux différents programmes mis en place parce que la plupart des gens gagnaient moins de 5000 $ par année avec nous, indique M. de la Seine. Il n’y a personne qui peut vraiment en vivre au Québec. On a un gogo-boy, on a beaucoup de danseuses, on a des filles qui font des massages. Ce sont tous des métiers en attente. Il y a des filles qui m’appellent pour me demander si elles peuvent faire un solo avec leur téléphone pour 250 $. Pour des gens de l’industrie, ce n’est pas nécessairement facile. »

André de la Seine dénonce aussi une certaine hypocrisie au Québec.

« Tout le monde veut l’argent du porn, mais personne ne veut y être associé. Dans l’industrie du cinéma, de la musique, il y a toujours des subventions ou des programmes, mais dans le monde pour adulte il n’y a rien qui existe" souligne-t-il en avançant que tous les diffuseurs proposent des sections pour adultes fort lucratives en payant peu de redevances aux producteurs. 

Les gros joueurs

AD4X et Pegas Productions doivent lutter contre d’énormes joueurs comme Pornhub dans le domaine de la pornographie en ligne.

« Le stock gratuit qu’ils donnent, c’est souvent le stock qui a été volé sur nos sites, mentionne M. de la Seine. On fait souvent des demandes pour faire enlever des scènes, mais il y a tellement de choses qu’on perd notre temps. Ils l’enlèvent le lundi et le remettent le mardi en ayant ajouté un s.

« Quand tu écoutes une scène sur notre site c’est en québécois, résume-t-il. La fille parle ton langage. Tu écoutes tout ce qui se fait sur les sites anglais et ce n’est pas ce que le Québécois veut entendre. Il ne se retrouve pas dans cela. Nous, c’est la fille de Sherbrooke ou la caissière du dépanneur à Saint-Hyacynthe. Ce sont des filles qui ressemblent à celles de chez nous. Ce ne sont pas des bimbo avec de gros seins qui ressemblent à Pamela Anderson. »