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François Poirier, directeur du centre d’entraide pour hommes de l’Estrie MomentHom, indique que la détresse est plus présente depuis le début de la pandémie, mais surtout qu’elle est plus profonde.
François Poirier, directeur du centre d’entraide pour hommes de l’Estrie MomentHom, indique que la détresse est plus présente depuis le début de la pandémie, mais surtout qu’elle est plus profonde.

Le confinement et les hommes

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
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Une récente étude menée par des chercheurs de l’Université de Calgary affirme que les femmes confinées souffrent davantage que les hommes d’anxiété et de dépression. Mais qu’en est-il réellement?

Au centre d’entraide pour hommes de l’Estrie MomentHom, on affirme qu’il y a d’abord eu un moment d’accalmie au printemps dernier. Cependant, depuis la fin de l’été, le nombre d’appels aurait augmenté de manière significative.

« Nous observons depuis le début de la pandémie que les hommes ont plus d’idées suicidaires », indique François Poirier, directeur de l’organisme. « On s’aperçoit que la détresse est plus présente, mais surtout plus profonde », précise-t-il.

Selon l’organisme, la fermeture d’endroits exutoires, comme les salles d’entraînements par exemple, pourrait être à l’origine de cette observation. « Le confinement se vit différemment d’une personne à une autre selon sa situation familiale, mais il est évident que les hommes seuls sont plus prédisposés à souffrir du fait de ne plus avoir de lieux et d’occasions pour simplement voir des gens. »

François Poirier ajoute que la pandémie est particulièrement inquiétante dans la mesure où il est difficile de prévoir la suite des événements. « On ne sait pas quand la crise sanitaire va se terminer. Plus c’est long, plus la détresse s’incruste et plus les problèmes s’accentuent », se désole-t-il.

Rappelons que la province du Québec compte en moyenne trois décès volontaires chaque jour selon l’Institut national de la santé publique (INSPQ). Le nombre de suicides est également trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes.

Des sondages biaisés par les stéréotypes?

En réponse à l’étude menée par l’Université de Calgary selon laquelle les femmes seraient plus touchées émotionnellement par le confinement, le professeur à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke Philippe Roy admet que le confinement puisse ajouter un poids supplémentaire sur les épaules des femmes.

« Ce n’est pas un mythe. La charge mentale est effectivement mal répartie dans notre société. La pandémie a pu amplifier ce phénomène, mais elle a aussi pu brasser les cartes positivement. Prenons par exemple les travailleuses du réseau de la santé qui ont dû compter sur l’aide et le soutien de leur conjoint dans les derniers mois. Certains d’entre eux ont probablement pris une plus grande place dans la sphère familiale », nuance-t-il.

Philippe Roy, professeur à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke

Pr Roy ajoute que les femmes ont toujours été en tête face aux hommes dans les sondages liés à l’anxiété et la dépression. Il s’interroge par ailleurs sur le caractère genré des échelles de mesure utilisées lors de ce type d’enquêtes.

« C’est un peu dans la socialisation masculine de ne pas exprimer d’anxiété et de montrer qu’on est tough et que rien ne dérange. Bref, est-ce qu’on mesure les risques de dépression ou la conformité aux stéréotypes de genre dans ces sondages? C’est difficile de vraiment savoir », reconnaît le professeur spécialisé en promotion de la santé mentale chez les hommes.

Sans vouloir stéréotyper les comportements hommes-femmes, il rappelle qu’historiquement, depuis de nombreuses générations, les hommes ont une relation conflictuelle en amitié qui les font garder certaines distances auprès des autres hommes dans le but d’éviter toute suspicion d’homosexualité.

« Heureusement, ça tend à changer », assure Philippe Roy. « La masculinité traditionnelle est en recul, c’est observé. Toutefois, de par leur éducation, les jeunes garçons ressentent encore qu’ils ont des choses à prouver pour montrer qu’ils sont forts. Et ça vaut aussi sur le plan émotionnel. »

« C’est important de briser les stéréotypes et que les personnes isolées soient capables d’aller chercher de l’aide lors d’une rupture amoureuse par exemple. Toutefois, il y a tout un système d’éducation et de socialisation qui valorise l’isolement chez les hommes. Il faut d’abord prendre conscience de cette pression-là pour être en mesure de s’en défaire », conclut-il.