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La nouvelle mouture de loi 101 pourrait menacer l’avenir du collège Champlain.
La nouvelle mouture de loi 101 pourrait menacer l’avenir du collège Champlain.

Le Collège Champlain craint pour sa survie

Viatka Sundborg
Viatka Sundborg
La Tribune
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Le gouvernement Legault met en péril la survie des cégeps anglophones en réduisant le nombre d’admissions des étudiants francophones, dénonce la direction du Collège Champlain.

« Les politiciens ne cessent de marteler que ce n’est pas une attaque aux communautés anglophones. Mais concrètement, en limitant le nombre d’admissions dans les collèges anglophones, le gouvernement provincial limite du même coup notre financement ce qui entrainera forcément une diminution des services pour l’entièreté de la communauté collégiale », explique Nancy Beattie, directrice du campus de Lennoxville au Collège Champlain. 

Le président de l’association étudiante du Collège Champlain partage les inquiétudes de Mme Beattie. « De mon point de vue c’est quand même extrême comme proposition. Pour le Collège Champlain, cette nouvelle mouture c’est la mort de notre collège », craint Jérémy Girard, en ajoutant que cette proposition représente un changement drastique du nombre d’étudiants admis.

Au-delà des inquiétudes financières qu’engendre ce projet de loi, plusieurs membres de la communauté collégiale de Lennoxville déplorent les effets néfastes que pourrait avoir le projet de loi 96 sur l’apprentissage des étudiants collégiaux. 

« J’ai fait mon primaire et mon secondaire en français. J’ai décidé de m’inscrire dans un cégep anglophone pour parfaire mon anglais puisque c’est très pratique pour voyager et un atout pour ma future carrière. Je n’ai pas arrêté d’utiliser ma langue maternelle pour autant. Mes études poste-secondaire anglophones sont plutôt un complément à mon éducation francophone qu’une menace pour celle-ci », témoigne Antoine Jacques, étudiant de troisième année en Sciences humaines profil criminologie au collège anglophone.

« Dans les cégeps anglophones, c’est d’abord l’anglais qui est enseigné et le français un peu délaissé et vice versa dans les cégeps francophones. Il n’y a pas de juste milieu et c’est ça l’injustice pour les étudiants qui sont d’abord francophones. C’est cette iniquité qui doit être adressée afin de répondre aux besoins réels des étudiants collégiaux. Chose que la nouvelle mouture de la loi 101 ne fait pas », poursuit M. Girard, qui étudie en soins infirmiers.

La directrice du campus de Lennoxville déplore également que la CAQ impose ses décisions à des étudiants qui sont bien souvent des adultes. 

« Le gouvernement veut, par cette loi, décider à la place des adultes québécois. Dans n’importe quelle sphère de la vie, outre que celle des collèges où l’on oublie que les étudiants sont pour la plupart des adultes, la société québécoise n’aurait jamais laissé passer une telle autorité du gouvernement sur des choix privés », poursuit Mme Beatti. 

Diversité de programmes d’études

Au-delà de la langue, c’est bien souvent le choix des programmes disponibles dans une institution collégiale qui séduit les étudiants. 

« Des collèges comme Champlain offrent des programmes uniques. Sans le programme de Sciences humaines profil criminologie, j’aurais été moins motivé à poursuivre mes études au niveau universitaire et j’aurais peut-être même dû renoncer à mes ambitions professionnelles », soulève Antoine Jacques, reconnaissant de son expérience au Collège Champlain à titre d’étudiant francophone. 

La nouvelle loi 96 pourrait toutefois causer l’abandon de certains de ces programmes, ajoute M. Girard. « Le Collège Champlain est déjà un collège avec peu d’admissions par année. Par exemple, la technique en soins infirmiers accueille environ 40 nouveaux étudiants par année. Si ce nombre est réduit en raison de la loi 101, il est possible de croire que ce département pourrait fermer ses portes. C’est donc environ 30 “ anges gardiens ”, comme dirait M. Legault, de moins par année dans la région. Je n’appelle pas ça une solution constructive pour le Québec de demain », fait-il valoir.

Les sportifs insatisfaits 

Le volet des sports du Collège Champlain pourrait tout aussi être touché par cette loi. Plusieurs jeunes athlètes francophones qui sont présentement dans un cégep anglophone ne voient pas la pertinence de réduire le nombre d’admissions et y voient même un danger pour les prochains sportifs qui tenteraient de se tailler une place dans le sport collégial. 

« C’est exagéré. Les étudiants anglophones peuvent aller dans les cégeps francophones, mais pas l’inverse. C’est frustrant » lance la joueuse de basketball au Collège Champlain, Laurie Lafleur.

Selon elle, ce plafonnement pourrait mettre en péril les espoirs de jeunes comme elle. « Il y a des sports de haut niveau qui ne se pratiquent que dans des établissements anglophones. Par exemple, le Cégep de Sherbrooke n’offre qu’un programme de basketball féminin D2, alors que Champlain a une équipe D1. Ce n’est pas le même niveau, il n’y a pas le même développement. Ça peut fortement nuire à une carrière de se faire refuser à cause de la langue que l’on parle » argumente-t-elle.

« Là oui, j’ai ma place au cégep, mais si j’avais été plus jeune ça m’aurait stressé. Ça va faire stresser les athlètes », ajoute la jeune sportive. Avec Anthony Ouellet