La directrice générale de CIVAS-Estrie, Sara Martinet, souligne qu'il y a maintenant un délai d'attente de 14 mois pour bénéficier des services de l'organisme.

Le CIVAS-Estrie face à un mur financier

Le Centre d'intervention en violence et agressions sexuelles (CIVAS-Estrie), qui est le seul organisme en région à offrir des programmes de traitement en délinquance sexuelle, se trouve en difficulté financière importante.
Ce problème de financement pourrait entraîner à court terme des coupes dans des services déjà très recherchés.
Si les budgets sont coupés, le CIVAS-Estrie continue à recevoir beaucoup de demandes pour traiter les délinquants sexuels. La liste d'attente qui était rendue à trois ans a été fermée de mai à décembre 2017.
« Nous sommes maintenant rendus à 14 mois d'attente. Le problème demeure que des ordonnances de cour imposent des suivis au CIVAS, mais les délais sont déjà trop longs », indique la directrice générale Sara Martinet qui cumule déjà les directions générales en Estrie et en Montérégie.
Les coupes dans les programmes communautaires en délinquance sexuelle du précédent gouvernement Harper en 2014 ont fini par avoir le dessus sur les provisions que le CIVAS accumulait pour affronter les imprévus.
« Nous avons dû absorber des pertes de 20 000 $ à 45 000 $ par année, soit l'équivalent d'un poste. Nous sommes déficitaires depuis 2015. Notre bas de laine a fondu. Nous avertissons le gouvernement depuis 2008 que nous allons vers un mur financier », explique Mme Martinet.
Les mesures d'austérité du gouvernement du Québec ont aussi causé des effets non négligeables sur les finances de l'organisme.
« Le gouvernement envoyait ses employés en formation chez nous dans le cadre d'un colloque que nous organisions avec les instances carcérales sur la prévention. Avec les coupes sur la formation, nous ne pouvons plus tenir cette activité de financement qui nous rapportait environ 10 000 $ par année », explique Sara Martinet.
Cette dernière est bien consciente qu'un organisme qui traite des agresseurs sexuels n'est pas populaire.
« Nous organisons un bal maqué le 26 octobre et nous devons vendre les billets un à un. Ça ne se bouscule pas », signale Mme Martinet.
Elle constate que les réinvestissements sont réalisés dans les organismes qui viennent en aide aux victimes.
« C'est très bien de travailler avec les victimes. Il ne faut cependant pas oublier de travailler au traitement des délinquants sexuels. La protection de la société passe par un traitement des agresseurs sexuels parce que la réhabilitation limite la récidive », soutient Sara Martinet
La mise en jour de certaines normes professionnelles a aussi entraîné des frais supplémentaires pour l'organisme.
« Nos thérapeutes doivent être membres de l'ordre des psychothérapeutes, ce qui a fait en sorte que nous avons dû bonifier les salaires », mentionne la directrice générale de CIVAS-Estrie.
L'organisme a entrepris des démarches avec le CIUSSS de l'Estrie-CHUS pour obtenir des sommes supplémentaires.
« Pour le moment, on se dirige vers un déficit de 30 000 $ pour la prochaine année. Nous allons bientôt tenir un conseil d'administration pour prendre des décisions », indique Mme Martinet.
Projet-pilote pour traiter la pornographie juvénile
Malgré les difficultés financières, le CIVAS-Estrie continue à être à l'avant-garde dans les programmes de traitement de la délinquance sexuelle.
Depuis cet été, un projet-pilote pour traiter la pornographie juvénile a été mis en place.
« Nous avions le bassin de personnes avec ce problème sur notre liste d'attente pour mettre en place ce programme. Nous travaillons à prévenir le passage à l'acte. Nous travaillons à ce que ces personnes à risque appellent à l'aide », indique la directrice générale de CIVAS-Estrie, Sara Martinet.
Si le projet initial est prévu pour 40 semaines, le CIVAS-Estrie a mis en place un programme de 35 semaines avec un suivi individuel.
« Il y a un suivi de trois heures par semaine en groupe, puis une rencontre d'une heure aux deux semaines avec un psychothérapeute », mentionne Sara Martinet.
Cette dernière mentionne que le traitement de la pornographie juvénile peut se rapprocher de la thérapie des agresseurs sexuels qui est donnée au CIVAS.
« Pour la pornographie juvénile, il y a une dépersonnalisation du geste. Les délinquants ne réalisent pas qu'il y a une victime étant donné que ça se passe devant l'écran. Il y a une distorsion cognitive chez les délinquants », explique Mme Martinet.
Les premiers résultats probants de ce projet-pilote en traitement de la pornographie juvénile seront connus en janvier 2018.
« Des comparaisons pourront être faites avec les régions de Québec et l'Outaouais où le projet a aussi été mis en place », mentionne Mme Martinet.