Le CIUSSS trouve la situation «préoccupante»

Le taux d'assurance salaire pour motifs psychologiques se chiffre à quelque 41 % pour l'année 2016-2017 au CIUSSS de l'Estrie-CHUS. Ce taux a connu une hausse : il était de 37 % pour les années 2015-2016 et 2014-2015.

Le CIUSSS de l'Estrie-CHUS dit trouver la « situation préoccupante », le taux d'assurance salaire du CIUSSS de l'Estrie-CHUS étant « plus élevé que souhaité ».

Cette situation n'est pas unique à l'Estrie, rappelle l'organisation, mais se vit également dans plusieurs établissements de santé et de services sociaux de la province.

Selon le service de communication du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, le recours à l'assurance salaire, en général, est plus marqué chez les préposés aux bénéficiaires et les infirmières auxiliaires. La situation se traduit ainsi pour ces catégories d'emploi depuis plusieurs années, et ce, avant la réforme, fait-on valoir du côté du CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Ces données s'expliquent entre autres par la pénurie de main-d'œuvre dans ces domaines et, par ricochet, sont aussi liées aux heures supplémentaires demandées.

Invité à réagir aux propos émis lors du point de presse de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), le CIUSSS de l'Estrie-CHUS rappelle que certaines catégories d'employés concernées par les données présentées ne font pas partie des membres du personnel de l'organisation : c'est le cas notamment des ambulanciers et des éducatrices en service de garde.

Pour le moment, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS n'a pas de donnée sur la violence au travail. Le service de communication note que l'organisation en aura bientôt; les données seront compilées dans un avenir rapproché.

« Il faut lever le pied sur la réforme »

Devant la hausse marquée des congés de maladie pour cause psychologique, le vice-président de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN (FSSS-CSN), Guy Laurion, interpelle Québec et les directions d'établissement du milieu de la santé. « Il faut lever le pied sur la réforme », plaide-t-il.

En Estrie, les congés de maladie pour cause psychologique ont bondi de 47 % dans le secteur de la santé et des services sociaux, fait valoir la Fédération, qui fait référence à des données du Journal de Montréal publiées cet été et qui se penchaient sur la situation au CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Avec une telle hausse, qui représente quelque 1500 dossiers de travailleurs, l'Estrie est l'une des régions au Québec où l'augmentation est très marquée.

La Fédération représente différents types d'employés, dont des préposés aux bénéficiaires, des ambulanciers et des éducatrices en service de garde, etc.

« On fracasse de tristes records sur la santé mentale du personnel de la santé et des services sociaux », déplore Guy Laurion.

« Ce que nous dénotons en rencontrant les gens dans leur milieu de travail, c'est que les gens se sentent désabusés. L'insécurité est palpable au sein des organisations. Les gens ne s'y retrouvent plus dans le cadre de la réorganisation, d'autant plus avec la réforme Barrette. »

Rapportant des données de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), Natacha Laprise, conseillère en santé psychologique du service des relations du travail de la CSN, indique que le nombre de réclamations d'employés victimes de violence dans le secteur de la santé a grimpé de 16 % entre 2010 et 2014.

Les deux intervenants ont du même coup fait état de situations décriées dans La Tribune récemment, dont la soirée difficile qu'ont connue les employés du département de psychiatrie de l'Hôtel-Dieu avec neuf « code blanc » en moins de cinq heures afin de maîtriser des patients. Un code blanc est lancé à l'hôpital lorsqu'un patient est en crise et doit être maîtrisé physiquement.

« Les données statistiques ont vraiment de quoi nous alerter, fait valoir Mme Laprise. Si on regarde les données de la CNESST, on se rend compte que le secteur de la santé et des services sociaux, c'est le secteur le plus risqué en termes d'accidents de travail. En 2014, ce secteur-là compte pas moins de 18,4 % des réclamations d'accidents du travail acceptées par la CNESST, devant le milieu de la construction et du secteur policier. »

Si la hausse de 47 % s'avère inquiétante en Estrie, d'autres régions connaissent aussi des augmentations significatives. « Trente et un pour cent en Montérégie Est, 35 % au CUSM, 34 % dans la Capitale-Nationale, 27 % en Outaouais, 21 % dans le Nord de l'Île-de-Montréal », énumère Mme Laprise.

Les intervenants syndicaux s'inquiètent aussi des épisodes de violence au travail, qui se vivent sous différentes formes. Un sondage réalisé par l'équipe Visage il y a quelques années avait permis de montrer que 81 % du personnel soignant est victime de violence dans le secteur de la santé au Québec.

Préoccupée par les différentes données sur l'état de santé du personnel du réseau de la santé, des services sociaux et des services de garde, la Fédération tient un colloque sur la santé psychologique du personnel, mercredi et jeudi à Sherbrooke.

Le colloque vise à mettre en lumière les différentes problématiques mais aussi à faire ressortir des pistes d'action. La Fédération en profite pour interpeller les différents ministères impliqués afin qu'ils « prennent acte » de la situation.

« En Ontario, les ministres ont pris acte de ces situations-là et eux (...) ont pris des actions concrètes et mis en place des mécanismes de rencontres et des comités de travail pour trouver des solutions », commente M. Laurion.

La FSSS-CSN compte plus de 110 000 membres dans les secteurs publics et privés.