Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS va finalement de l’avant et louera des salles d’opération dans des cliniques privées pour y délocaliser certaines chirurgies d’un jour.
Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS va finalement de l’avant et louera des salles d’opération dans des cliniques privées pour y délocaliser certaines chirurgies d’un jour.

Le CIUSSS loue des salles d’opération dans des cliniques privées

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS va finalement de l’avant et louera des salles d’opération dans des cliniques privées pour y délocaliser certaines chirurgies d’un jour. L’objectif est d’alléger les listes d’attente alors que 11 700 Estriens sont présentement en attente pour subir une chirurgie élective.

Il y a plusieurs années que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS fait face à un déficit important de salles d’opération dans ses deux hôpitaux universitaires. Plusieurs solutions sont présentement sur la table pour permettre aux Estriens de se faire opérer plus rapidement. La location d’heures dans des blocs opératoires privés était la solution la plus rapide à mettre en place.

« La construction de nouvelles salles d’opération dans les hôpitaux de Sherbrooke n’est pas un projet qui se règle en quelques mois. En attendant, la délocalisation temporaire de certaines de nos activités, dans les locaux de nos partenaires, nous permettra de faire davantage de chirurgies », mentionne la Dre Colette Bellavance, directrice des services professionnels (DPS) au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Environ 2500 chirurgies de la cataracte seront effectuées chaque année à la clinique OculoVision de Sherbrooke. Le contrat s’élève à 3,7 millions $ pour trois ans.

Le second contrat a été lié avec Services chirurgicaux des Cantons, une clinique aussi située à Sherbrooke. « On y fera quelques chirurgies générales et des chirurgies de plastie », précise la Dre Bellavance.

Ce contrat est d’une valeur de 2,6 millions $ pour trois ans et on estime qu’on y fera 360 chirurgies par année.

Les chirurgies qui seront effectuées dans ces blocs opératoires privés ont été choisies en tenant compte notamment des installations disponibles dans les cliniques qui ont remporté l’appel d’offres.

« Par exemple, en délocalisant les chirurgies de la cataracte qui se faisaient avant dans les salles d’opération de l’Hôtel-Dieu, nous libérons ces salles pour permettre d’autres types de chirurgies », indique Dre Bellavance.

Cette location de salles d’opération ne créera pas un système de santé à deux vitesses, car une seule et même liste sera utilisée pour offrir les chirurgies aux patients.

« Les patients n’ont rien à faire. Ils sont inscrits sur la liste d’attente, et quand ce sera leur tour, ils recevront un appel de la centrale de rendez-vous et de la clinique préparatoire à la chirurgie. La seule différence, c’est qu’on leur précisera alors de se rendre à telle adresse au lieu de se rendre à l’hôpital », précise Dre Bellavance.

Sur place, ils seront opérés par leur chirurgien qu’ils ont déjà rencontré et seront placés sous les soins des anesthésiologistes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Autrement dit, les deux médecins qui veilleront sur eux durant la chirurgie seront les mêmes que s’ils avaient été opérés à l’Hôtel-Dieu ou à l’Hôpital Fleurimont.

Les médecins toucheront exactement le même salaire en opérant à l’hôpital ou en clinique et les patients ne débourseront rien du tout, puisque les chirurgies délocalisées sont toutes couvertes par la Régie de l’assurance-maladie du Québec.

« Toutefois, le reste du personnel sera celui de nos partenaires », indique la directrice des services professionnels.

Autrement dit, les infirmières et les autres membres du personnel gravitant autour des chirurgies seront fournis par les cliniques privées et cette main-d’œuvre est incluse dans les contrats qui ont été signés entre les deux cliniques et le CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Un élément très important en contexte de pénurie de personnel. Le CIUSSS ne souhaitait pas transférer ses infirmières de bloc vers les salles d’opération privées.

« C’était un élément clairement indiqué dans les appels d’offres », ajoute la Dre Bellavance.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS va finalement de l’avant et louera des salles d’opération dans des cliniques privées pour y délocaliser certaines chirurgies d’un jour.

Besoin de plus de salles à Sherbrooke

La pandémie a augmenté le nombre de personnes en attente d’une chirurgie au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Toutefois, ce n’est pas du mois de mars dernier que datent les problèmes d’accessibilité aux salles d’opération dans les hôpitaux de Sherbrooke.

« Ça fait maintenant deux ans que nous avons débuté un chantier d’amélioration sur l’accès aux chirurgies. Nous avons démontré clairement qu’il y a des besoins dans les deux hôpitaux du CHUS pour plus de salles d’opération », indique Colette Bellavance.

Or dans les hôpitaux, l’espace est tout trouvé pour construire d’éventuelles salles d’opération. Mais il s’agit d’un projet complexe et onéreux. La démarche se poursuit toutefois.

« On a complété les évaluations de nos besoins. Il reste des étapes à traverser pour présenter notre projet au ministère de la Santé et des Services sociaux. Évidemment, en contexte de pandémie, c’est plus difficile de faire avancer ce type de projet. Mais ça avance », insiste Mme Bellavance.

Un autre problème demeure : celui du manque chronique de personnel infirmier.

« La formation d’une infirmière de bloc est de six à neuf mois. Cet automne, nous avons procédé à un affichage de postes pour combler des besoins, mais la transition des infirmières vers leur nouveau poste se fera graduellement, en fonction des autres besoins dans l’organisation », mentionne la DSP.

Rappelons que la réalité des deux hôpitaux universitaires de Sherbrooke est unique au Québec, car les blocs opératoires sont utilisés de la première jusqu’à la quatrième ligne dans un seul centre universitaire et sur un territoire très vaste.

Les besoins spécialisés pour les chirurgies oncologiques (quatrième ligne), par exemple, entrent en compétition avec les chirurgies courantes de la première et de la deuxième ligne et toutes les urgences quotidiennes qui doivent être traitées rapidement, comme les césariennes, les saignements intracrâniens à drainer, les appendicites, les fractures, etc.

Les chirurgies complexes, comme celles du cerveau et du cœur, doivent nécessairement être réalisées dans des blocs opératoires possédant des équipements spécialisés et avec du personnel infirmier formé.