Maura Murray a disparu en 2005 au New Hampshire.

Le centre-ville en vedette dans un documentaire de CrimeCon

Maura Murray, une jeune Américaine disparue en 2004, pourrait-elle se trouver à Sherbrooke? C’est l’une des pistes qu’ont explorées Lance Reenstierna et Tim Pilleri en réalisant leur documentaire, The Disappearance of Maura Murray.

Une première version du film a été présentée au public le 4 mai à l’événement CrimeCon, une convention où amateurs de crimes réels et des enquêtes qui les accompagnent se réunissent annuellement aux États-Unis. Cette année, celle-ci se tenait à Nashville (Tennessee), et plusieurs centaines de personnes ont assisté à la projection, qui mettait notamment en vedette le centre-ville de Sherbrooke.

On pouvait voir les deux réalisateurs se promener sur la rue Wellington, accompagnant l’écrivain James Renner, qui enquête sur l’affaire. Ce dernier collait des affiches de recherche arborant la photo de Maura Murray sur des poteaux, et abordait des gens sur la rue, leur demandant s’ils croyaient reconnaître la jeune femme.

Ces séquences ont été tournées à l’hiver 2013, et le trio s’est même rendu jusqu’au bar Le Magog – qui a brûlé en décembre dernier –, où ils croyaient que la disparue travaillait peut-être. Aucune piste concluante n’a toutefois été trouvée à Sherbrooke, et les trois hommes ont ensuite visité Montréal, Québec et Beauharnois avec le même objectif, avant de rentrer aux États-Unis.

Chances infimes

Maura Murray a disparu le 9 février 2004, après avoir apparemment perdu le contrôle de son véhicule sur la route 112, dans l’État du New Hampshire. Un résidant du secteur a contacté les policiers après avoir aperçu la jeune fille dans sa voiture, mais quand ceux-ci sont arrivés moins de dix minutes plus tard, elle avait disparu, et n’a jamais été retrouvée depuis.

Cette histoire est devenue très populaire chez les détectives amateurs, qui ont élaboré toutes sortes de théories pour expliquer sa disparition, allant de l’égarement en forêt à la disparition volontaire pour refaire sa vie au Canada, en passant par la rencontre avec un prédateur. Des centaines de pages sont consacrées à son cas sur des forums en ligne, et une série de podcasts réalisés à son sujet par MM. Reenstierna et Pilleri a récemment dépassé le cap des 75 épisodes.

Aujourd’hui, cinq ans après leur tournage à Sherbrooke, les réalisateurs croient que les chances que Maura Murray s’y trouve sont minces, « probablement entre 0 et 1 % ». Mais ils ne regrettent pas leur voyage : après tout, leur documentaire s’intéresse autant aux obsessions qui sont nées de cette disparition qu’à l’événement en tant que tel. « C’était un voyage vraiment bizarre rétrospectivement, mais à l’époque, on croyait qu’il y avait de bonnes chances qu’elle soit là. Si c’était à refaire, on le referait », disent-ils de concert.

Des approches aléatoires comme celles qu’ils ont faites sur la rue Wellington, ils en avaient mené d’autres avant, surtout au New Hampshire et au Massachusetts, où la jeune fille allait à l’université.

Aux États-Unis, la fascination pour les crimes réels – ce qu’on appelle le true crime – est plus répandue qu’au Québec, si on se fie à tous les livres, documentaires et podcasts produits à ce sujet. Il est donc arrivé aux réalisateurs de se trouver à Sherbrooke face à des gens un peu perplexes quant à leurs recherches. « Je crois que James ne s’attendait pas à recevoir des questions comme celle de cette femme, qui lui a demandé si Maura était sa fille! Ça le surprenait, et il a répondu que non, qu’il était un écrivain. »

Il faut dire que la barrière linguistique n’a pas dû aider leurs recherches : les trois hommes ne parlent pas français, et n’avaient pas pensé à faire traduire leurs affiches. Quelques mois plus tard, en 2014, un avis de recherche pour Maura Murray était publié en anglais dans le journal Sherbrooke Record, mais on ne trouve rien à son propos dans les archives de La Tribune.

« Quand James approchait les gens avec une affiche de disparition, je ne crois pas qu’il avait anticipé qu’il y aurait une telle barrière linguistique. Par exemple, quelqu’un croyait qu’il cherchait une fille de 10 ans, et non pas une femme qui avait disparu depuis 10 ans! » racontent les réalisateurs.

Le montage final du documentaire n’est pas encore terminé, mais les deux hommes confirment que les séquences sur Sherbrooke sont là pour rester. Pour plus d’information, on peut visiter leur site web www.mauramurraydoc.com.