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La directrice générale de Moisson Estrie, Geneviève Côté, réussit à voir de bons côtés à l’année 2020. Le volontariat de la population en est un exemple.
La directrice générale de Moisson Estrie, Geneviève Côté, réussit à voir de bons côtés à l’année 2020. Le volontariat de la population en est un exemple.

Le bonheur malgré tout : du beau dans la misère

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
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Sherbrooke — Moisson Estrie a observé une hausse de demandes de dépannage alimentaire, mais l’an 2020 a aussi amené ses bienfaits, soit une équipe de bénévoles plus engagés que jamais, de nouvelles méthodes de collecte de dons qui demeureront au-delà de la pandémie et le constat d’une générosité certaine des Estriens.

« Il y a vraiment du beau qui a émergé dans les derniers mois et moi, je me plais à dire que pour Moisson Estrie, cette pandémie aura amené beaucoup plus de positif que de négatif. Je le dis avec grande précaution, parce qu’il y a de la misère humaine et un écart qui se creuse entre richesse et pauvreté, mais à Moisson Estrie, la situation nous a permis de peser sur pause, de nous questionner et, comme plusieurs, de revenir à l’essentiel », souligne Geneviève Côté, directrice générale de Moisson Estrie.

L’écoute a pris beaucoup d’importance dans les activités de l’organisme au cours de 2020. « La situation financière de chaque personne qui se présente est étudiée pour être certain qu’elle est admissible et le temps d’écoute, avant d’arriver à l’évaluation, a vraiment augmenté. Les gens souffrent d’isolement et ont besoin de parler, de raconter ce qu’ils vivent. Juste pour prendre un rendez-vous, ce qui est rapide normalement, on peut passer 15 minutes à écouter », note Mme Côté, précisant qu’elle a trois personnes dédiées aux appels téléphoniques. 

Au besoin, l’organisme de dépannage alimentaire redirige les gens vers des organismes pouvant les aider selon leurs besoins. « L’essentiel est peut-être là. Bien écouter, bien entendre et bien référer en fonction des difficultés vécues », résume-t-elle, précisant que Moisson Estrie ne fait pas, par exemple, de thérapie ou d’accompagnement pour équilibrer un budget.

Moisson Estrie se réjouit du volontariat de la population. « Ce qui est beau aussi, c’est tout notre nouvel inventaire de bénévoles. Autant on a été déçu de voir partir de fidèles bénévoles de 70 ans et plus qui devaient se confiner, autant on a pu observer un nouveau vent de bénévoles. Beaucoup d’enseignants, de dentistes, d’arpenteurs. Des nouveaux retraités dont les projets de voyage sont tombés à l’eau. Et quand les écoles ont rouvert, on a perdu des enseignants, mais ils sont revenus avec leurs enfants à l’été », mentionne la directrice générale, ajoutant que Moisson Estrie détient une liste d’appels contenant 260 noms de bénévoles réguliers.

« Ils s’investissent vraiment, arrivent avec de nouvelles idées, de nouvelles méthodes de tri. Un bénévole n’aimait pas notre table de tri, il est arrivé un matin avec un nouveau module sur mesure qui correspond mieux à nos besoins », donne pour exemple Mme Côté.

L’an dernier, au début décembre, Moisson Estrie réalisait entre 60 et 80 dépannages alimentaires par jour. « Depuis le début du mois de novembre, ça n’arrête pas d’augmenter. On est à 100 et même 110 dépannages quotidiennement. »

Bien sûr les brunchs mensuels, la soirée casino, les tournois de golf ont été annulés et la section resto de Moisson Estrie a dû être fermée. Autant de moyens de financement qui sont disparus. Mais en mai avait lieu la première guignolée sans contact en parallèle avec l’événement Le Grand Cœur de Sébastien Roulier, qui a couru un trajet de 300 Km en forme de cœur touchant les sept MRC desservies par Moisson Estrie. Les 5000 sacs laissés sur le perron des Estriens et récupérés par des bénévoles ont permis d’amasser pour 136 730 $ de denrées.

« Les bénévoles ont aimé cette formule, car elle ne nécessite pas qu’ils sollicitent les gens en frappant à la porte. Ils sont plus à l’aise », souligne la directrice précisant que beaucoup d’adolescents ont contribué au succès de la guignolée.

En octobre dernier, l’ultramarthonien Sébastien Roulier a complété un deuxième trajet en cœur sur les routes de la région. Son parcours de 422 km a permis aux bénévoles de l’organisme de recueillir 12 000 sacs laissés sur les perrons pour 213 104 $ de denrées. Ses courses printanières et automnales ont permis d’amasser plus de 46 000 $ en argent.

Cet automne, Moisson Estrie a récidivé avec une deuxième édition de ces deux activités. Cette fois le coureur a fait un trajet en cœur de 422 km. Les 12 000 sacs laissés sur le perron ont permis de récolter pour 213 104 $ de denrées. Et les deux éditions ont permis d’amasser plus de 46 000 $ en argent.

« Grâce à ces événements, on a des denrées pour se rendre au moins jusqu’à Noël. »

Depuis le début de la pandémie, un nombre important de personnes se sont tournées vers Moisson Estrie pour leur demander ce qu’elles pouvaient faire pour aider.

« Récemment, un employeur de la région a décidé de nous verser le budget réservé à son party de Noël de bureau, puisqu’il ne pourra pas avoir lieu », se réjouit Mme Côté, qui commence déjà à planifier la prochaine édition de la guignolée sans contact qui aura lieu en mai 2021.

Tourner la page sur 2020. Le plus rapidement possible. C’est le souhait de bien du monde. Mais pour certains, les douze derniers mois ont été marqués par le bonheur. Par des réflexions qui se sont imprégnées. Par du beau. Avec sa série Le bonheur malgré tout, La Tribune vous présente le récit de personnes qui posent un regard bienveillant sur 2020. La suite demain.