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Pierre McCann a vécu 2020 en deux temps. Le premier, très sombre. Et le deuxième, rempli de renouveau.
Pierre McCann a vécu 2020 en deux temps. Le premier, très sombre. Et le deuxième, rempli de renouveau.

Le bonheur malgré tout : 2020 en deux temps

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
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Sherbrooke – Si vous demandez à Pierre McCann comment a été son année, il vous répondra « magnifique ». Pour la deuxième moitié. Pour la première partie, 2020 a été atroce.

Déjà avant le confinement, il y avait des signes. Père d’un jeune garçon, employé à temps plein et impliqué dans mille et un projets communautaires, Pierre brûlait peut-être la chandelle par les deux bouts. Le confinement l’a achevé. Ou presque.

« Je suis tombé en télétravail avec mon fils de trois ans qui n’allait plus à la garderie. Mon chum est psychologue dans le système de santé, alors il était hors de question qu’il reste à la maison. C’était notre effort de guerre qu’il aille travailler chaque matin. »

« Mon fils est très actif, il ne regarde pas la télé plus de 15 minutes et il sollicitait mon attention à tout moment, surtout quand j’étais le plus occupé. Par exemple, lors de vidéoconférences avec des cadres », poursuit celui qui travaillait au département des communications de l’Université de Sherbrooke au printemps.  

Au fil des semaines, la patience et l’énergie de Pierre se sont effritées. Il souriait quand il était en rencontre virtuelle, mais quand la caméra s’éteignait, le sourire disparaissait.  « Je suis de nature anxieuse et la situation a amplifié le phénomène. Ma famille ne me reconnaissait plus, j’étais impulsif, je faisais de l’insomnie et je me sentais souvent invalidé. Un jour, j’ai écrit un peu comment je me sentais sur les réseaux sociaux et quelqu’un a répondu que je n’avais pas à me plaindre. Qu’il y avait des gens qui partaient à la guerre sur d’autres continents. Et toutes ces arcs-en-ciel qui signifiaient que ça allait bien aller. J’avais envie de dire oui, mais moi, je ne vais pas bien là, aujourd’hui. »

« J’étais aussi frustré de nos choix de société. Même en temps de pandémie, on continuait à surconsommer et négliger l’environnement. Je trouvais incohérent le message qui disait : restez chez vous, mais continuez de magasiner. J’étais vraiment rendu loin », poursuit-il.

Pierre ne savait plus à qui parler de son état d’esprit. « Mon chum écoutait déjà les problèmes des gens liés à la pandémie toute la journée et je n’allais pas en parler à ma mère de plus de 70 ans qui était encore plus isolée. C’est pour ça que lorsque la Dre Mélissa Généreux a rendu publics les résultats de son étude, ça m’a fait du bien. Un Canadien sur quatre est durement affecté psychologiquement. C’est alarmant, mais ça m’a fait du bien de savoir que je n’étais pas seul. »

Puis, un samedi matin de mai, à 5h30, incapable de dormir, Pierre a eu un déclic. « Je déprimais. Je me disais que mon chum allait me laisser si ça continuait de même et je trouvais que j’étais un mauvais père et un mauvais travailleur. Finalement, je me suis dit : c’est assez. Je dois faire quelque chose. Je suis sorti courir quelques kilomètres et je n’ai jamais arrêté depuis! Je sais, ça sonne comme Forrest Gump », lance-t-il en riant.

Depuis ce matin de printemps, il court cinq fois par semaine, il fait de la méditation, il a monté en randonnée un sommet dans chaque MRC de l’Estrie, il a changé de poste et il a fait du ménage dans ses relations et dans ses implications. 

« Je n’ai pas ressenti les bienfaits immédiatement. Au début, ça m’a permis de survivre et après quelques semaines, voire des mois, je me suis mis à mieux aller. »

Le mois passé, il a couru son premier demi marathon. Seul, mais avec la même satisfaction que s’il avait eu une foule pour l’applaudir.

« Mon défi, ce sera de ne pas trop m’éparpiller à l’avenir et de réussir à trouver un équilibre entre me dépasser, m’impliquer et respecter mes limites », souligne Pierre, ajoutant qu’il choisira des implications qui sont en phase avec lui et qui lui procure du plaisir.

« J’ai aussi compris que je ne peux pas être le père de l’année, l’employé du mois et un athlète qui fait du triathlon en même temps. J’apprends à faire une chose à la fois et apprécier des petites choses comme l’odeur d’un bon repas ou le son de mon fils quand il part à rire », conclut le nouvel homme. 


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Pierre McCann travaille maintenant à la Fondation de l’Université de Sherbrooke et il a été très inspiré par les histoires de donateurs et donatrices.

Un des nouveaux projets de Pierre McCann et son conjoint Marc-André Raymond, en collaboration avec la Fondation de l’Université de Sherbrooke, est de créer une bourse pour soutenir la persévérance et la résilience d’étudiants de premier cycle appartenant à un groupe minoritaire.  Le couple s’est engagé à verser 1000$ pour les prochains 5 ans. 

« On a à cœur la diversité. Donc les bourses seront versées à des personnes s’identifiant à l’un ou plusieurs des groupes suivants : diversité sexuelle et de genre, peuples autochtones, communautés culturelles et en situation de handicap », souligne le cofondateur du Gris Estrie, un organisme favorisant une meilleure connaissance des réalités des personnes de minorités sexuelles et facilitant leur intégration dans la société.

Pour le couple, cette initiative est une façon de redonner au suivant puisque sans bourse, Marc-André Raymond ne serait pas psychologue aujourd’hui.

« L’idée est d’aller solliciter d’autres instances afin d’aller chercher 50 000$ qui nous permettra de pérenniser la bourse », note-t-il, spécifiant que la première bourse sera versée à l’automne 2021.

Ceux qui veulent y contribuer peuvent le faire en se rendant sur le site de la Fondation de l’UdeS.

Tourner la page sur 2020. Le plus rapidement possible. C’est le souhait de bien du monde. Mais pour certains, les douze derniers mois ont été marqués par le bonheur. Par des réflexions qui se sont imprégnées. Par du beau. Avec sa série Le bonheur malgré tout, La Tribune vous présente le récit de personnes qui posent un regard bienveillant sur 2020. La suite demain.