Marie-Ève Bergeron (au centre) est la directrice de la Résidence santé globale qui héberge des personnes avec des troubles de santé mentale. L’activité de Noël de son équipe et ses résidants avait lieu au restaurant Auguste, un peu avant le jour de Noël. Elle est accompagnée à gauche par l’intervenante Cindy German Neal et par Anik Beaudoin, propriétaire du Auguste.

Le Auguste pour leur soirée de Noël

Les résidants de l’établissement tenu par Marie-Ève Bergeron passent devant le restaurant Auguste tous les jours. La rue Wellington fait partie de leur quartier. Le problème, c’est qu’ils ne prennent pas le temps de regarder par la vitrine pour voir ce qui y grouille. Pourquoi? Parce qu’ils ne pensent pas que l’endroit est pour eux, ils se disent que ça doit être réservé aux gens aisés, du moins pas pour des gens « comme eux ».

C’est que la Résidence santé globale de Mme Bergeron est un établissement privé en santé mentale. Les 32 pensionnaires y sont installés pour qu’un certain suivi ou qu’un encadrement soit donné à leur état de santé.

« Les commerçants de la Wellington ont choisi le centre-ville pour le meilleur et pour le pire. On va se le dire, une problématique de santé mentale, c’est une problématique de santé mentale. Ma clientèle est quand même stable, les gens qui sont chez nous ont eu la chance d’aboutir dans une résidence comme la nôtre. Mais ils n’ont quand même pas la chance de venir manger dans un restaurant comme celui-là », partage Mme Bergeron, qui voit ses résidants passer rapidement devant le Auguste lorsqu’elle s’y trouve pour l’heure du dîner.

« Je me suis dit que ça serait le fun que, le temps d’un souper, tous les colocs de la Wellington se réunissent autour d’une table. Parce qu’on est tous des usagers de la Wellington, ces gens qui fréquentent le Auguste parce qu’ils ont les moyens, et les autres qui n’entrent jamais parce qu’ils ne les ont pas. »

De là est née son idée d’un souper de Noël au Auguste, une idée un peu plus spéciale qu’à l’habitude. Étant donné les besoins financiers pour une telle activité, Mme Bergeron a commencé par approcher la propriétaire du restaurant Anik Beaudoin.

« Je connais Marie-Ève beaucoup, elle vient souvent. Et je trouve ça admirable ce qu’elle fait. On s’entend que la santé mentale, il faut s’en occuper. On commence à en parler plus, mais je trouve que c’est bien de donner de la chaleur humaine et d’ouvrir d’autres portes qui peuvent sembler inaccessibles pour cette clientèle-là », commente la propriétaire du Auguste, emballée à l’idée d’offrir ce cadeau aux résidants.

Mme Bergeron a ensuite sollicité de nombreux partenaires financiers avec qui elle a déjà fait affaire et a réussi à amasser les fonds pour rendre l’activité possible.

« Je ne suis pas un organisme communautaire, je n’ai pas de subvention... je suis privée. Mais il faut que j’aie beaucoup d’imagination », souligne-t-elle.

Ses démarches ont porté fruit : elle, son équipe et ses résidants ont pu profiter d’un joyeux souper de Noël au Auguste dans la dernière semaine.

« Ils sont tous tellement contents. On a chacun nos niveaux de stress! Ils avaient un petit trac, je suis contente qu’ils vivent ça. Ça nous rend vivants, de sortir de sa zone de confort. Ça l’air drôle à dire, mais il y a des résidants qui ont fait beaucoup d’efforts pour être ici », ajoute Mme Bergeron.

Briser les frontières

Au départ, l’idée était née en pensant simplement à ses résidants, à leur bonheur et à ce que ça leur apporterait. Par la suite, la présence de la députée solidaire Christine Labrie lors du souper s’est confirmée, et Mme Bergeron s’est dit que c’était le temps idéal pour passer un message.

« Je me suis dit que j’allais en profiter pour lancer des idées. Quand vous allez travailler et peut-être vouloir développer des choses au niveau de la santé mentale, si vous avez des questions à me poser, bien je suis là. Pour moi c’était important. Ils vont être venus une fois, pis après quand ils vont passer devant la vitrine du Auguste, ils vont pouvoir se dire qu’ils sont déjà venus manger là, comme tout le monde. J’ai toujours voulu normaliser. La Wellington, c’est à tout le monde », insiste la directrice de la Résidence santé globale.

« C’est vraiment une belle initiative pour permettre à ces personnes-là de se sentir dans la société, souligne Mme Labrie. Je suis venue parce que la santé mentale, c’est une priorité pour moi et je veux saisir toutes les occasions pour discuter avec les personnes qui travaillent déjà dans ce réseau-là. On veut continuer de mettre de l’avant le centre de crise dont j’ai parlé pendant la campagne électorale. On veut s’assurer que tout le monde ait en tête que c’est une priorité. »

Mme Labrie a profité du souper pour discuter de son projet d’un centre de crise avec les intervenants de la résidence de Mme Bergeron qui étaient présents. Elle a pu prendre le pouls de la situation et a pu connaître les défis qui se dressent devant eux au quotidien.

« C’est pour briser les frontières entre les classes sociales, entre les différents types de personnes. Moi je trouve l’activité vraiment intéressante pour ça. J’ai l’intention d’organiser ce même genre d’activités pour briser ces frontières-là. Je pense qu’à Sherbrooke le contexte s’y prête vraiment bien. Les gens sont ouverts à ça. Ça ne veut pas dire que c’est toujours facile, mais je pense qu’il y a une bonne volonté de favoriser la cohabitation dans le respect. On veut accentuer cette ouverture d’esprit là », termine la députée.