La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants Marguerite Blais discute avec l’infirmier Randy Nadeau au sujet de la démarche OPUS-AP.

L’A.P.E.S. presse Québec de recruter plus de pharmaciens dans les CHSLD

SHERBROOKE — L’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec profite du lancement de la phase 2 de la démarche Optimisation des pratiques, des usages, des soins et des services – Antipsychotiques (OPUS - AP) pour souligner l’urgence de voir au recrutement de pharmaciens dans les établissements de santé.

« En étroite collaboration avec d’autres professionnels, les pharmaciens des établissements de santé ont un rôle central dans la réalisation de ce projet, qui vise notamment à évaluer la médication des patients ciblés et à réduire l’usage ou déprescrire, dans la mesure du possible, des antipsychotiques. Or en raison de la pénurie de pharmaciens qui perdure depuis plus de 15 ans dans le réseau hospitalier, plusieurs établissements ne parviennent pas à affecter des pharmaciens dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée », indique-t-on dans un communiqué.  

« Déjà pour la phase 2, qui étendra le projet de 24 à 134 CHSLD (331 unités de soins), le manque de pharmaciens pose un défi certain. La suite, qui visera à implanter la démarche dans les 317 CHSLD
publics du Québec, nécessitera la création de postes et l’ajout d’effectifs.

« On ne peut pas retirer des pharmaciens des unités de soins aigus des hôpitaux, où il en manque déjà plus de 250, pour mener le projet et répondre aux besoins, bien réels, en CHSLD. La seule solution consiste à former plus de pharmaciens à la maîtrise pour les préparer à travailler en établissement, et à pourvoir de nouveaux postes en CHSLD », soutient la directrice générale de l’A.P.E.S. Linda Vaillant.  

Un sondage éclair de l’A.P.E.S. mené à l’automne 2017 a montré que les aînés en CHSLD prennent, en moyenne, quatorze médicaments différents par jour, soit onze médicaments réguliers et trois au besoin. 

« Quand mon beau-père me voit, il me reconnait »

« Quand mon beau-père me voit, il me reconnait. Il ne peut pas dire mon nom, mais il a les larmes aux yeux. Je vois qu’il est conscient de ma présence dans son regard. Il est plus émotif dorénavant. »

Ginette Turcotte a remarqué de beaux changements chez son beau-père, résident au centre d’hébergement D’Youville, depuis qu’il participe à la démarche d’Optimisation des pratiques, des usages, des soins et des services - Antipsychotiques (OPUS-AP).

« Le changement majeur est dans toutes les émotions qu’il exprime, mais j’ai remarqué qu’il avait changé sa façon de manger. Avant il mangeait tout ce que le personnel lui apportait, c’est un gourmand. Maintenant, il dit qu’il n’aime pas tel ou tel aliment. Ces goûts sont beaucoup plus affirmés. J’étais très surprise lorsque j’ai remarqué ça », rigolait Mme Turcotte, qui participait à l’annonce des résultats de la phase 1 de l’OPUS-AP, vendredi à Sherbrooke.  

« Mon beau-père est plus émotif, mais moi aussi. Les visites sont plus plaisantes qu’avant puisqu’il y a un échange. Je reste plus longtemps avec lui, c’est plus humain », commentait avec le sourire la Sherbrookoise.

Nouvelle façon de travailler

Randy Nadeau est infirmier à D’Youville. La mise en place de la démarche OPUS-AP a forcé son équipe à modifier leur façon de travailler. Pour le mieux.

« On apprend à mieux connaitre nos patients puisque pour être capable d’intervenir avec eux, sans médicament. Nous avons dû apprendre à mieux interagir avec eux, apprendre des choses qu’ils aiment dans la vie, puisqu’une façon d’intervenir avec untel ne fonctionne pas nécessairement avec un autre. Nous sommes plus impliqués auprès d’eux et ça nous fait plaisir », affirmait le jeune infirmier.

Au fil des semaines, le personnel soignant a constaté des changements significatifs chez leurs résidents.

« Ils sont moins somnolents, plus réactifs aux soins. Ils participent plus et il y a moins de risques de chute. Au départ on avait peur qu’il soit plus agressif puisque c’est souvent pour cette raison qu’ils ont des antipsychotiques, mais finalement c’était très positif », soulignait M. Nadeau.

Phase 2 en Estrie

La phase 2 de la démarche OPUS-AP fera l’objet d’une collecte de données de mars à décembre et s’étendra sur 331 unités dans 134 CHSLD, soit environ 30 % des résidents au Québec. En Estrie, la deuxième phase sera déployée dans 19 unités des CHSLD de Granby, Farnham, Coaticook, Magog, Asbestos et Sherbrooke.