Lorsque le son monte ou l'énergie grimpe un peu trop en classe, les élèves de Mélanie Bell peuvent faire résonner le bol tibétain, ce qui a pour effet de calmer tout le monde.

L'anxiété, « le mal du siècle »

Les jeunes sont de plus en plus anxieux, et les parents qui demandent de l'aide sont plus nombreux, estime François Aubin, un psychologue spécialisé auprès de la clientèle de 5 à 17 ans. « C'est vraiment le mal du siècle, l'anxiété! »
« La vie moderne va beaucoup plus vite. Le rythme est de plus en plus adapté aux machines et de moins en moins aux humains », commente le psychologue. Résultat : tout le monde s'essouffle. « Les parents courent tout le temps, les petits doivent suivre. C'est la course... »
Les motifs de consultation sont multiples. Des enfants vivent du stress à l'école, certains vivent de l'anxiété de performance. Si certains enfants se mettent eux-mêmes la barre haut, d'autres ressentent la pression de leurs parents sur leurs épaules.
« Il y a des milieux où ça vient des parents, qui sont eux-mêmes très performants. Ils ont tendance à s'attendre à des performances plus élevées. »
Dans sa clientèle, on retrouve aussi des jeunes qui souffrent de la séparation de leurs parents et, du même coup, de passer d'un milieu à l'autre.
« Les parents sont nombreux à en parler. Le jour avant le départ (chez l'autre parent), les enfants sont plus fébriles... Les routines sont différentes, les pratiques parentales le sont aussi... Les petits arrivent dans une famille qu'ils n'ont pas vue grandir. »
On le consulte aussi beaucoup pour des manifestations d'opposition et des crises.
Quand ils vivent des séparations, les parents se sentent très coupables, relate le psychologue. Ceux-ci ont leur enfant une semaine sur deux et ils ont parfois de la difficulté à mettre leurs limites.
« Ça fait en sorte que les parents font face à des enfants qui n'acceptent pas les limites... Les parents sont dépourvus, ils n'ont pas la capacité de gérer le stress et la crise des enfants... On assiste à une escalade. » Alors que consulter fait maintenant partie des moeurs, les gens semblent se tourner de plus en plus vers les psychologues pour accompagner leurs enfants.
François Aubin travaille à la fois en clinique privée et en CLSC, en santé mentale. Il voit non seulement une augmentation de la demande, mais aussi une aggravation des cas.
Les gens qu'il voit au CLSC sont beaucoup des familles vulnérables, qui n'ont souvent pas les moyens de consulter au privé.
Pas tous égaux
On n'est pas tous égaux devant l'anxiété, explique François Aubin. « Il y a des enfants qui présentent des vulnérabilités à l'anxiété. Ils ont des tempéraments anxieux », dit-il en précisant que la génétique peut jouer un rôle.
Comment peut-on le percevoir? Ce sont des enfants qui éprouvent des difficultés de sommeil, qui ont tendance à pleurer beaucoup, des « enfants velcros » qui ont peur de tout.
Comment les aider? « Le nerf de la guerre, dans l'anxiété, c'est l'exposition », répond-il.
Il estime qu'il faut exposer les enfants à des situations anxiogènes, mais pas trop, voire un peu plus que ce qui est tolérable pour eux.
Si on les surprotège, on risque de leur confirmer « qu'ils ne sont pas capables, qu'ils n'ont pas les ressources qu'il faut pour affronter les difficultés... »
M. Aubin plaide pour un ralentissement de notre rythme. Les gens devraient intégrer certaines pratiques dans leur quotidien, comme les exercices de respiration.
« Il faut revenir à des pratiques beaucoup plus humaines, à un mode de vie beaucoup plus adapté à la mesure de l'humain (...) C'est important d'aménager du temps pour relaxer, se calmer, de ralentir le rythme. »
« On n'apprend pas aux parents à apprendre à leurs enfants comment se calmer, comment respirer. »
« Il faut aussi faire la part des choses. Il faut apprendre à différencier ce qui est grave de ce qui est plate. Souvent, tout apparaît grave dans un premier temps. Il faut mettre en perspectives que des choses graves, dans une vie, il n'y en a pas tant que ça dans une vie : la mortalité, la maladie... Le prochain examen, ça peut être bien plate, mais ce n'est pas grave! »