Daniel Rouillard est enseignant à l'école secondaire du Triolet.

L'amputation du cours Monde contemporain fait des mécontents

La décision du ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, d'amputer le cours Monde contemporain au profit du nouveau cours d'Éducation financière, qui sera offert à compter de la rentrée 2017 en cinquième secondaire, fait des mécontents.
Le ministre Proulx a annoncé officiellement sa décision par voie de communiqué, vendredi.
Deux unités obligatoires d'Éducation financière seront introduites en modifiant le nombre d'unités obligatoires pour le cours Monde contemporain en cinquième secondaire.
Ainsi, deux unités de Monde contemporain seront obligatoires (l'équivalent de 50 heures) tandis que deux unités deviendront optionnelles (une autre portion de 50 heures). Cela signifie que les écoles qui le souhaitent pourront intégrer une deuxième portion de 50 heures en option.
« Cette solution offre une flexibilité aux écoles et respecte leur volonté de disposer de l'autonomie nécessaire pour la réalisation de projets particuliers. Elle permet également l'enseignement des thèmes abordés dans le cours Monde contemporain, au choix des enseignants », a fait valoir le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, également ministre de la Famille.
Daniel Rouillard n'en a pas contre l'idée d'offrir la matière d'éducation financière, mais l'idée de réduire de façon substantielle Monde contemporain, un cours qui permet aux élèves de se forger une pensée critique à l'heure où les fausses nouvelles pullulent sur l'internet. Il déplore aussi que cela se fasse de façon précipitée.
La décision de Québec soulève différentes questions, dont la façon de présenter Monde contemporain.
« Est-ce que c'est le ministre qui va décider si l'on ne parle plus de changements climatiques ou de relations internationales, si c'est plus important que de parler de la crise en Syrie et de mouvements migratoires? Tout ça a été réfléchi de façon globale, articulé autour d'une démarche de renseignements... » commente M. Rouillard au sujet des choix à faire.
En entrevue avec La Tribune vendredi, M. Rouillard envisageait la possibilité de lancer une pétition.
Fâché de la décision, il estime que plusieurs de ses collègues partagent son avis.
Dans un communiqué émis vendredi, le ministère de l'Éducation rappelle que le ministre s'était engagé à rendre obligatoire, dès septembre prochain, le cours d'éducation financière actuellement offert en option aux élèves de cinquième secondaire dans certaines écoles.
Daniel Rouillard et ses collègues enseignants en histoire et en monde contemporain, Viviane Arpin, Mathieu Cayer. Mario Lambert, André Viens et Patricia Vaillancourt avaient fait part de leurs craintes dans une lettre ouverte parue jeudi dans Le Devoir, une journée avant que le ministre ne fasse connaître sa décision.
Des analystes qui dressent le bilan de la dernière campagne électorale aux États-Unis soulèvent « un problème inhérent à leur système d'éducation, à savoir, une carence en matière d'éducation citoyenne »; « bon nombre d'électeurs américains ne seraient pas arrivés à départager adéquatement le vrai du faux, le fait authentique de l'opinion », notent d'entrée de jeu les six enseignants dans leur missive.
Ils estiment que les heures pourraient être prises dans les périodes dévouées au cours Projet intégrateur ou encore dans la « panoplie de cours maison », dont la « qualité est extrêmement variable » d'une école à l'autre. « En récupérant les heures ainsi distribuées aléatoirement par des directions d'établissement, vous feriez d'une pierre deux coups : préserver intégralement le cours Monde contemporain, cours fort apprécié des élèves québécois ET ajouter un cours d'éducation financière... »
« Dans notre enseignement de ce cours, nous visons notamment à doter nos élèves de clés de lectures ou d'intelligibilité leur permettant graduellement de mieux saisir la complexité du monde dans lequel ils vivent de même qu'à développer leur sens critique... » expliquent les enseignants.