La semaine de la dignité se déroule jusqu’à vendredi. Une soirée est d’ailleurs prévue jeudi dès 17 h au Carrefour Accès Loisirs. Des échanges et des témoignages sur la réalité de l’aide sociale sont au programme. Sur la photo, Geneviève Bouchard, coordonnatrice de Action Plus et Danielle Bergeron, bénévole.

L’aide sociale dans la dignité

Les préjugés sont encore très nombreux face à l’aide sociale. « Crosseurs », « profiteurs », « parasites », les prestataires ont entendu toutes les insultes. C’est pour cette raison que se déroule cette semaine la 46e édition de la semaine de la dignité qui vise à sensibiliser la population à la réalité des gens sur l’aide sociale.

La vision que les gens ont de l’aide sociale n’est pas représentative de la réalité, souligne Geneviève Bouchard, coordonnatrice de Action Plus à Sherbrooke, lors d’un entretien avec La Tribune.

« Ce sont seulement 6 % des gens sur l’aide sociale qui sont aptes au travail et qui ne travaillent pas, indique-t-elle. Assurons-nous d’aider les 94 % qui ont réellement besoin de l’aide sociale, c’est un besoin, c’est une aide de dernier recours. Habituellement, les gens qui viennent nous voir veulent travailler et se retrouvent un emploi. »

Pour quelqu’un qui est apte au travail, le chèque d’aide sociale est de 669 $ par mois. Pour quelqu’un avec une contrainte temporaire (805 $) ou une contrainte sévère (1061 $), les montants augmentent. Les personnes sur l’aide sociale peuvent gagner jusqu’à 200 $ par mois sans être pénalisées sur leur chèque.

Mme Bouchard mentionne que la plupart des gens qui passent dans son bureau ne sont pas aptes au travail, mais ont de la difficulté à le faire reconnaître.

« Parfois ils vont recevoir un chèque lié à une contrainte temporaire alors qu’ils devraient être sous une contrainte sévère. On fait des révisions et on travaille avec des avocats pour les aider dans ces démarches. C’est très long parce qu’il faut avoir le rapport médical. On a des recours, mais il faut reconnaître le diagnostic du médecin. Parfois ça peut prendre plusieurs années avant que l’aide sociale le reconnaisse. J’ai une madame qui a la maladie de lyme, mais elle n’est pas reconnue par l’aide sociale. C’est la réalité. »

Retrouver sa dignité

Danielle Bergeron vit de l’aide sociale depuis plusieurs années. Elle est en mesure aujourd’hui d’en parler ouvertement.

« Au début je n’étais pas bien dans ma tête de tomber là-dessus, avoue-t-elle. Mon mari a fait un ACV, il est devenu invalide et je suis tombée en dépression. Ensuite, je me suis brisé le dos en travaillant. Je n’avais plus le choix, l’aide sociale était mon dernier recours. Ça m’est arrivé, je n’ai pas choisi d’avoir un accident. Ça change une vie. Ça peut arriver à n’importe qui. »

« Mais je peux vous dire qu’aujourd’hui, je l’ai ma dignité, ajoute-t-elle. Je veux que les gens l’entendent. J’étais orgueilleuse, mais ça ne me dérange pas qu’on me voie. Je suis rendue que je suis capable d’en parler, mais ce n’est pas tout le monde. »

En vertu d’une contrainte sévère à l’emploi, Mme Bergeron reçoit un peu plus que 1000 $ par mois. Un montant insuffisant selon elle.

« Je suis obligée d’aller chercher de la nourriture dans les banques alimentaires parfois, souligne-t-elle. Il faut que je calcule avec mon loyer. Mon mari est handicapé, j’ai besoin de la télé. »

Geneviève Bouchard tient à rappeler que ce n’est pas parce que les gens qui bénéficient de l’aide sociale sont en mesure de s’offrir des « luxes » qu’ils ne sont pas dans le besoin.

« Les gens me disent que les personnes sur l’aide sociale ont une auto et internet. Un instant, l’internet aujourd’hui est un besoin essentiel pour tout le monde et si le seul plaisir qu’il reste à la personne, c’est d’écouter la télévision, est-ce qu’on peut lui laisser? »

La semaine de la dignité se déroule jusqu’à vendredi. Une soirée est d’ailleurs prévue jeudi dès 17 h au Carrefour Accès Loisirs. Des échanges et des témoignages sur la réalité de l’aide sociale sont au programme.