La population de Lac-Mégantic se relève tranquillement de la tragédie ferroviaire de 2013 même si elle en porte encore des séquelles importantes, amplifiées par le contexte de la reconstruction du centre-ville et par les procédures de recours collectif.

Lac-Mégantic se relève tranquillement

La population de Lac-Mégantic se relève tranquillement de la tragédie ferroviaire de 2013 même si elle en porte encore des séquelles importantes, amplifiées par le contexte de la reconstruction du centre-ville et par les procédures de recours collectif.
La directrice de santé publique au CIUSSS de l'Estrie-CHUS Dre Mélissa Généreux et la professeure-chercheuse Danielle Maltais, titulaire de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, la santé mentale et la résilience de l'Université du Québec à Chicoutimi, ont dévoilé mardi les résultats de la troisième enquête sur le rétablissement de la population de Lac-Mégantic.
C'est ce qui se dégage de la troisième enquête de santé menée à Lac-Mégantic l'automne dernier par la Chaire de recherche sur les événements traumatiques de l'Université du Québec à Chicoutimi en collaboration avec la Direction de santé publique de l'Estrie.
Les symptômes anxieux et dépressifs sont assez stables depuis trois ans, les manifestations de stress post-traumatique ont diminué légèrement chez les citoyens fortement exposés à la tragédie, tandis que les personnes qui souffrent semblent de plus en plus enclines à aller chercher de l'aide.
Il n'en demeure pas moins que 40 pour cent des personnes fortement exposées à la tragédie continuent de présenter une détresse psychologique et que la consommation de médicaments (anxiolytiques), qui avait diminué de 2014 à 2015, a presque doublé au cours de la dernière année, pour atteindre 29 pour cent des Méganticois fortement exposés contre 11 pour cent chez les autres Estriens.
« Nos résultats sont semblables aux recherches qu'on a recensées au niveau des catastrophes naturelles ou technologiques, explique la Pre Danielle Maltais, titulaire de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, la santé mentale et la résilience, qui a entre autres étudié le déluge du Saguenay de 1996 et la crise du verglas de 1998.
« Avec le temps, certains symptômes diminuent et d'autres vont s'accentuer en fonction des différents stress que vont vivre les individus. Les recherches nous disent aussi que le soutien social est un aspect très important pour faire face aux difficultés, mais que ce n'est pas nécessairement le seul élément. Il faut donc intervenir à différents niveaux. »
« Une fois qu'on a fait le lien avec les recherches antérieures, on trouvait aussi important de faire le lien avec ce qui se passe à Lac-Mégantic, parce qu'il y a encore beaucoup de sources de stress qui découlent directement de la tragédie et qu'on observe sur le terrain », renchérit la directrice de santé publique au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Dre Mélissa Généreux.
Parmi ceux là la question du recours collectif, alors qu'on sait que plusieurs personnes ont reçu une compensation financière au cours de la dernière année, que la fin des versements est arrivée et que plusieurs ont peut-être déjà dépensé les sommes reçues ou sont tentés de comparer les sommes reçues, selon ses observations.
« Ensuite toute la question de la démolition et de la reconstruction du centre-ville, qui créent des sentiments mitigés dans la population, et finalement, l'éternelle question de la voie de contournement (...) et le fait de ne pas savoir si ça va arriver et quand ça va arriver », énumère Dre Généreux, qui n'hésite pas à parler d'une deuxième onde de choc collective.
« Le train n'a plus du tout la même signification qu'avant pour plusieurs personnes, intervient à ce propos la Pre Maltais. (...)Aujourd'hui c'est malheur, décès et morts et tant qu'il n'y aura pas de voie de contournement et que les gens vont être exposés au bruit de ce train-là, ça va être très difficile d'avoir une diminution significative des manifestations de stress post-traumatique. »
À la lumière de ces résultats, les deux chercheuses principales ont formulé trois recommandations à l'intention des décideurs, soit de placer l'humain avant l'économique au coeur des enjeux, de favoriser le sentiment de contribution chez les citoyens et de privilégier des projets rassembleurs qui font un peu plus l'unanimité.
« Être exposé à une catastrophe, que ce soit naturelle ou technologique, ça vient perturber la vie des individus sous plusieurs aspects. Il y a des aspects positifs parce que des gens constatent qu'ils ont été capables de faire face à ces différents stress-là (...), mais il reste que les gens seront marqués psychologiquement pendant probablement de nombreuses années. Il y a des études qui ont démontré des différences significatives entre sinistrés et non-sinistrés jusqu'à 28 ans après des catastrophes. Donc l'aide qu'on peut donner aux gens de Lac-Mégantic et de la MRC du Granit, je pense qu'elle va être nécessaire longtemps », conclut Danielle Maltais.
Cette troisième enquête a été menée auprès de 800 adultes de la MRC du Granit, dont la moitié de Lac-Mégantic, par entrevue téléphonique ou web. Elle est financée par le Conseil canadien de recherche en sciences humaines.