Justin Trudeau discutant avec une étudiante à l'Université Bishop's à Sherbrooke, mercredi

Lac-Mégantic espère une voie de contournement en 2019

Non seulement le premier ministre Justin Trudeau est sensible à la détresse des Méganticois, mais il entend tout mettre en oeuvre pour accélérer le processus d'étude de faisabilité d'une voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic.
On espère ainsi gagner deux ou trois ans sur le processus en cours pour entreprendre la construction en 2019 plutôt qu'en 2022, en conclut le maire de Lac-Mégantic, Jean-Guy Cloutier, qui a pu s'entretenir en privé avec M. Trudeau mercredi matin.
«J'ai vu que M. Trudeau était entièrement d'accord avec nous sur le fait que c'était nécessaire et que les délais actuels sont déraisonnables. On va se mettre au travail pour gagner deux ou trois ans. Si on réussit, on pourrait entreprendre la construction en 2019», résume M. Cloutier.  
Engagement répété
Plus tard en point de presse à l'Université Bishop's, le premier ministre a répété l'engagement pris la veille devant les 600 personnes qui participaient à son assemblée citoyenne à Sherbrooke.
«Nous travaillons très fort pour accélérer le processus, a dit M. Trudeau. J'ai demandé il y a plusieurs mois déjà à notre ministre des Transports Marc Garneau de travailler avec la municipalité et avec la province aussi pour voir si on peut avoir un processus plus rapide et plus efficace que prévu. Mais c'est important de le faire d'une façon responsable et de le faire correctement. [...] J'ai eu une très bonne conversation avec le maire Cloutier ce matin [mercredi] sur les façons de travailler ensemble et avec le gouvernement du Québec pour accélérer le dossier. On est optimiste que ça s'en vient dans la bonne direction, mais il y a encore beaucoup de travail. On va avoir des choses à annoncer dans les mois à venir sûrement, mais pour l'instant c'est trop tôt pour en parler. »
Rappelons que la firme AECOM a entrepris cette étude de faisabilité en 2015. On parle d'un tracé de 12 kilomètres évalués à 115 millions $. L'échéancier préliminaire faisait alors état d'une étude d'avant-projet définitif en 2018, de plans et devis en 2019-2020 et de travaux de construction sur deux saisons en 2021 et 2022, soit neuf ans après la tragédie ferroviaire qui a fait 47 victimes.
Santé psychologique
La rencontre avec le maire Cloutier, qui devait durer 20 minutes mais qui s'est étiré pendant 45 minutes, a d'ailleurs été l'occasion pour le premier ministre de s'informer de la santé psychologique de la communauté de Lac-Mégantic. À cet effet, la Direction de la santé publique de l'Estrie a fait savoir que les résultats de la troisième phase de son enquête sur le rétablissement de la population seront rendus publics le 24 janvier.
Trudeau admet qu'il aurait pu parler en anglais lors de l'assemblée
Le premier ministre Justin Trudeau a mis fin à sa tournée du Québec, mercredi après-midi, et il s'est retrouvé sur la sellette pour avoir parlé uniquement en français lors d'une assemblée citoyenne, la veille.
M. Trudeau répondait aux questions des citoyens de la région de Sherbrooke, mardi soir, et bien que plusieurs d'entre eux lui aient parlé en anglais, le premier ministre, lui, a toujours opté pour le français. Une femme l'a notamment interpellé sur l'accès aux services en anglais et elle n'aurait apparemment pas compris la réponse de M. Trudeau.
Interrogé sur ce sujet en conférence de presse alors que la nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, le premier ministre a admis qu'il aurait pu répondre en anglais.
«Sur réflexion, ça aurait été une bonne chose à faire», a-t-il concédé lors d'un point de presse à l'Université Bishop's, à Sherbrooke.
Il a indiqué qu'il avait fait la chose inverse à Peterborough, en Ontario, vendredi, alors qu'il avait reçu une question en français, à laquelle il avait répondu en anglais.
À ce moment, sa décision de traduire une question française et d'y répondre seulement en anglais n'avait fait sourciller personne. Une femme de Peterborough lui avait demandé pourquoi la capitale, Ottawa, ne se déclarait pas bilingue. Elle lui avait aussi demandé ce que son gouvernement faisait pour aider les citoyens les plus démunis.
Aux deux questions, M. Trudeau n'a répondu qu'en anglais sans que la chose lui soit reprochée par qui que ce soit.
«Les prochaines fois, je vais m'assurer d'amener un peu plus de bilinguisme», a-t-il déclaré mercredi matin.
«Je suis très conscient qu'au Québec, c'est la langue de Molière qui prend le dessus. Mais il faut toujours respecter la réalité et les difficultés auxquelles font face les communautés linguistiques en situation minoritaire», a-t-il ajouté.
Excuses exigées
Un groupe de défense des droits des anglophones, le Quebec Community Groups Network, ne semble pas avoir été satisfait des explications de M. Trudeau; il demande des excuses au premier ministre.
«Nous sommes consternés, déçus et particulièrement ébranlés du fait que le premier ministre a fait la sourde oreille», a soutenu Geoffrey Chambers, vice-président de l'organisme, qui réclame une rencontre avec le premier ministre.
En entrevue avec La Presse canadienne, le président du Mouvement impératif français s'est dit «étonné» de la controverse.
«Quand un premier ministre répond à une question, il s'adresse à tout le monde, pas seulement à celui qui a posé la question. La réponse appartient au public. Hier, il était en territoire québécois. La question lui a été posée en anglais et il a répondu à tout le monde en français», a-t-il fait remarquer.
Relations avec l'administration Trump
M. Trudeau s'est aussi prononcé, mercredi, sur les relations du Canada avec le prochain président des États-Unis, Donald Trump, qui prêtera serment ce vendredi. Le premier ministre a rappelé que le gouvernement fédéral, notamment par la voie de son ambassadeur, était en communication avec les représentants de la nouvelle administration.
Il a affirmé que beaucoup d'emplois aux États-Unis dépendaient du commerce avec le Canada et que le pays était le premier lieu d'exportation pour 35 États américains.
M. Trudeau n'a pas précisé s'il avait eu des demandes spécifiques de l'administration Trump.
«Nous nous sommes impliqués avec la nouvelle administration sur un éventail d'enjeux, nous travaillons fort d'une manière constructive qui bénéficiera à nos deux pays», a-t-il expliqué.  La Presse canadienne