La liaison entre Sherbrooke et Québec fait l’objet d’une analyse par les Autobus La Québécoise.
La liaison entre Sherbrooke et Québec fait l’objet d’une analyse par les Autobus La Québécoise.

Labrie veut nationaliser le transport interurbain

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Devant un service de transport interurbain par autobus entre Sherbrooke et Québec qu’elle juge inintéressant pour les usagers, dont elle fait partie et qui a été en plus interrompu pendant cinq mois en raison de la pandémie de la COVID-19, la députée de Sherbrooke estime qu’il faudrait le nationaliser.

« C’est un service essentiel qui n’est pas rentable entre certaines villes. Le transport interurbain répond cependant à un besoin de mobilité des populations, particulièrement dans les régions. Ce n’est pas normal que la liaison entre Sherbrooke et Québec prenne près de quatre heures. Il faut être bien préparé pour faire le trajet parce que le réseau sans fil n’est pas toujours adéquat et qu’il n’y a pas toujours de prises électriques pour les ordinateurs des personnes qui veulent profiter de ce temps pour travailler. Ça n’a rien à voir avec l’horaire et le service de la ligne Sherbrooke-Montréal qui est vraiment intéressante pour les usagers », explique Christine Labrie qui fait régulièrement le trajet entre sa circonscription et la capitale nationale en autobus.

Interpellée par La Tribune notamment sur la qualité de cette liaison interurbaine, la députée de Québec solidaire a remis de l’avant la proposition de son parti de nationaliser le transport interurbain.

« Les liaisons entre les villes ont été confiées à l’entreprise privée qui a tardé à reprendre le service même s’il n’y avait plus de points de contrôle entre les régions. Il y a une grosse réflexion à faire afin que le transport entre les régions ne soit pas qu’une question de rentabilité », estime Christine Labrie.

Elle déplore que le service ne se soit jamais amélioré même si la situation perdure depuis plusieurs années entre Sherbrooke et Québec. Les deux autobus par jour entre Sherbrooke et Québec font la tournée des municipalités de l’Estrie et des Bois-Francs sans même de liaison express vers la Capitale nationale.

« Je compte à peine trois ou quatre personnes qui font le trajet en entier. Il ne faut pas négliger les petites localités, mais ce n’est pas normal qu’il n’y ait pas de liaison directe entre Sherbrooke et la Capitale nationale. Il n’est pas surprenant que les gens se tournent vers les services de covoiturage pour se rendre à Québec, ce que ne peuvent se permettre les personnes qui ont des engagements. Sans compter que nous ne pouvons pas non plus nous tourner vers le train alors que la gare la plus proche pour aller à Québec se trouve à Drummondville. Assez ironique de penser que Sherbrooke a été fondé autour du train et que plus aucun train de passagers n’y passe », soulève Christine Labrie.

En analyse

Pierre Tremblay des Autobus La Québécoise, qui assure le transport entre Sherbrooke et Québec, confirme que la liaison est en analyse.

« Depuis la reprise des activités après le confinement, l’achalandage n’est pas au rendez-vous. Nous n’avons pas repris le service vers Drummondville ou Trois-Rivières. L’école n’est pas recommencée non plus. Il y a une compétition de la part des services de covoiturage. Trouver une solution est assez embêtant parce que c’est en faisant la tournée des villages que nous réussissons à avoir un certain volume de clientèle. Le transport des colis nous permet aussi de rentabiliser la ligne sinon nous ne ferions vraiment pas nos frais », indique M. Tremblay qui ne veut pas commenter l’idée de nationaliser le transport en commun.

Le directeur des communications à la Fédération des transporteurs par autobus du Québec, Martin Bureau, explique qu’il ne peut commenter la situation de la liaison Sherbrooke-Québec étant donné qu’Autobus la Québécoise n’en est pas membre.

Cependant, il signale que le transport interurbain n’est pas rentable pour certaines liaisons.

« Il faut comprendre que certaines compagnies ont des exclusivités sur certaines liaisons, mais qu’elles doivent en desservir d’autres qui ne sont pas rentables », dit-il, en citant notamment Keolis qui a l’exclusivité de la liaison Montréal-Québec, mais qui doit offrir le transport vers la Gaspésie. 

Il reconnaît que le transport interurbain traverse des heures difficiles.

« Des investissements ont été réalisés pour améliorer le réseau il y a une dizaine d’années. Une nouvelle réflexion doit être faite et le modèle doit être repensé. Sans complètement nationaliser, un certain partenariat public-privé pourrait être possible. À part une aide d’urgence récente pour reprendre le service à la suite du confinement, le transport interurbain par autobus n’est pas subventionné de façon récurrente », signale Martin Bureau.