« La voiture individuelle est un facteur d'appauvrissement »

Pour encourager la mobilité durable, il faudra « une vision politique rare. Ça prendra une volonté politique pour faire des modifications législatives, par exemple en établissant des zones où nous ne permettrons plus l'usage de véhicules autres qu'électriques. Il faudra des mesures ostracisantes ». Tel était le discours de l'homme d'affaires Alexandre Taillefer, associé principal de XPND Capital et administrateur de Mishmash.
M. Taillefer exposait sa vision dans le cadre du Forum sur la mobilité intelligente, au Club de golf de Sherbrooke mercredi.
La mobilité durable était donc au coeur des discussions pour quantité d'intervenants sherbrookois, mais également pour des représentants de villes comme Trois-Rivières, Saint-Jean-sur-Richelieu et Montréal.
Le président de la Société de transport de Sherbrooke et du Centre de mobilité durable de Sherbrooke, Bruno Vachon, a plaidé que la volonté politique est bien présente à Sherbrooke. Son opinion divergeait quant à la nécessité d'employer des mesures ostracisantes.
« Tout ce qu'on fait pour les réaménagements dès qu'on refait une rue, on parle du boulevard Jacques-Cartier l'année dernière, du boulevard René-Lévesque où des aménagements ont été faits : je pense que la Ville de Sherbrooke répond présente. Dans ce qui était existant, on ne peut pas refaire le passé, mais dans tous les nouveaux projets, la mobilité durable est prise en considération de façon systématique », commente-t-il.
Le projet-pilote de piste cyclable sur le pont Jacques-Cartier l'été dernier n'a-t-il pas permis d'observer l'impact de ces mesures sur les automobilistes? Le retranchement temporaire d'une voie avait soulevé un tollé important. « Nous n'avons pas mis fin au projet-pilote parce que les gens criaient. Nous savions dès le départ que des choses étaient imparfaites parce qu'il y aurait des aménagements à faire. Il n'était pas question que nous investissions des sommes importantes pour un projet-pilote. Le but n'est pas de nuire à la voiture pour encourager le transport en commun. Je crois beaucoup à aider le transport durable. Nous n'avons pas de problèmes de congestion à Sherbrooke. En créerons-nous pour favoriser le transport en commun? Je n'en suis pas là. »
Dans sa conférence, Alexandre Taillefer affirmait croire qu'il était possible d'éliminer tous les véhicules non électriques de la route d'ici 2025. « Mais l'électrification ne règlera rien si nous ne nous attaquons pas au problème fondamental. Il y a une surpopulation de voitures. » M. Taillefer plaide que le parc automobile croît plus vite que la population. « La voiture individuelle est le premier facteur d'appauvrissement collectif et individuel. Le dictat de l'automobile a un impact majeur sur l'appauvrissement de la société. »
L'homme d'affaires estime qu'il faudra réinventer le transport collectif, notamment en combinant le transport scolaire avec d'autres clientèles à desservir. « Il faut réinventer le matériel roulant. Celui qui existe ne répond pas aux besoins. Pourquoi n'utiliser un véhicule que pour le transport d'écoliers? On s'en sert 3,5 heures chaque jour, 180 jours par année. » Il propose des autobus au plancher bas qui pourraient à la fois transporter les enfants et servir au transport adapté. « Le transport adapté est le secteur où les coûts augmentent de façon importante en raison de départ à la retraite des baby-boomers. »
Parmi les autres solutions? « L'interopérabilité des modes de transport. » Si une carte de membre permet à la fois de prendre l'autobus, de louer une bicyclette ou de prendre le taxi, le consommateur pourra choisir son mode de transport en fonction de ses besoins.
« Une étude montre les impacts des incitatifs à utiliser le vélo. Il y a des effets positifs sur l'économie locale. » Dans le même sens, M. Taillefer ajoute que le prix des titres de transport devrait être réduit pour les ménages à faible revenu.
Enfin, Alexandre Taillefer estime qu'aucune solution durable n'est possible tant que le ministère des Transports et les sociétés de transport ne seront pas sur la même longueur d'onde. « Tant qu'il y aura deux têtes pensantes, nous n'irons nulle part. »