L’utilisation de l’application Netlift pourrait réduire la pression sur des stationnements comme ceux du site Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

La voiture comme transport en commun

PRIMEUR / La Ville de Sherbrooke pourrait bien avoir trouvé la solution pour désengorger certains de ses parcs de stationnement tout en offrant de nouvelles occasions de covoiturage. Un projet-pilote serait lancé en janvier avec l’application montréalaise Netlift, qui permet le covoiturage sur de courtes distances. Les services obtenus pourraient même être payés directement avec la carte Vermeilleuse.

« Au campus de l’Université de Sherbrooke et aux centres hospitaliers, les stationnements sont saturés. Les employés doivent partir de plus en plus tôt de chez eux dans l’espoir de trouver un endroit où se garer. Nous nous spécialisons dans le transport du domicile vers le travail pour les gens qui jugent que le transport en commun ne leur suffit pas », explique le président de Netlift, Marc-Antoine Ducas. 

Avec ce projet, des cases de stationnement seraient réservées strictement pour les utilisateurs du covoiturage. « On commencerait avec une cinquantaine de cases et on augmenterait avec le temps. Le fait d’intégrer cette forme de covoiturage avec le système de transport en commun, entre autres avec la carte Vermeilleuse, ça ne s’est jamais fait ailleurs. Sauf peut-être à Nantes, en France. Sherbrooke pourrait réussir là où Montréal a échoué. Plusieurs villes européennes s’intéressent aussi aux résultats qu’obtiendra Sherbrooke pour potentiellement adopter un modèle semblable. »

Un deuxième transport en commun

L’objectif de l’application : permettre à un plus grand nombre de personnes de se déplacer pour chaque espace de stationnement disponible. 

En géolocalisant votre lieu de travail ou d’autres entreprises à proximité de votre destination, elle vous proposera des partenariats pour du covoiturage. « L’application trouvera des collègues ou des employés d’autres entreprises près de votre lieu de travail qui font un trajet semblable au vôtre. Vous seriez surpris de voir combien de gens font le même trajet à peu près à la même heure. Autrement dit, nous transformons le parc automobile en deuxième transport en commun. »

À l’heure actuelle, certains usagers du transport en commun doivent adapter leur horaire à celui des autobus. D’autres prennent leur voiture parce que les autobus ne desservent pas le secteur où ils habitent. « Certains aimeraient ne pas conduire leur voiture, mais le service n’est pas offert. Avec l’application, nous pouvons aller jusqu’à tripler le nombre de personnes pour le nombre de cases de stationnement. »

Concrètement, les passagers paieront un abonnement mensuel d’environ 60 $. « L’abonnement est toujours calqué sur le prix du laissez-passer pour l’autobus. Ensuite, nous prenons l’argent recueilli et nous le redistribuons aux conducteurs en fonction de la distance parcourue et du prix défrayé pour le stationnement. En début de semaine, les passagers entrent leurs intentions de déplacements et notre algorithme propose des gens qui se déplacent aux mêmes heures. »

Contrairement aux applications de covoiturage de longue distance, le conducteur ne fixe pas le prix de la course. À l’opposé de Uber, les conducteurs et les passagers doivent approuver leur covoiturage.


« Sherbrooke pourrait réussir là où Montréal a échoué. Plusieurs villes européennes s’intéressent aussi aux résultats qu’obtiendra Sherbrooke pour potentiellement adopter un modèle semblable. »
Marc-Antoine Ducas, président de Netlift

Préanalyses concluantes

« Selon nos préanalyses avec l’Université et le centre hospitalier, le potentiel de covoiturage est très élevé. J’ai beaucoup résisté au début en énumérant tout ce qui pouvait ne pas fonctionner, mais les données ont prouvé que j’avais tort. Avec les tests que nous avons réalisés à Mexico, nous nous sommes rendu compte que beaucoup de gens sont prêts à faire des compromis pour covoiturer avec des gens qui leur ressemblent. »

Outre le choix mutuel du conducteur et du passager, la validation du permis de conduire, de l’immatriculation et du dossier de conduite permet d’assurer la sécurité des usagers. « En six ans, je n’ai enregistré aucun cas de harcèlement », dit M. Ducas. 

Si le projet cible d’emblée les gros employeurs comme l’Université, le CIUSSS, et éventuellement la Ville de Sherbrooke, tous les citoyens pourront y participer.

Le président du Centre de mobilité durable de Sherbrooke, Marc Denault, sent déjà un engouement important de la part des partenaires institutionnels. « C’est une belle façon de stimuler le covoiturage en offrant des places de stationnement réservées. Nous avions approché plusieurs fournisseurs, mais Netlift répondait davantage aux attentes du milieu. Ce ne sera qu’une première de plusieurs interventions pour améliorer le transport en commun. L’aspect de la sécurité était très important. Tout se fera pratiquement à coût nul pour la Ville et nous pourrons pallier l’offre de transport en commun dans les endroits moins desservis. »

Netlift est déjà utilisé dans une trentaine de villes à travers le monde.