La future construction du pont des Grandes-Fourches est un des éléments qui ont poussé le propriétaire de la boutique Glori.us à chercher un nouveau site pour sa boutique.

«La Ville va tuer le centre-ville», dit le patron de Glorius

Glori.us envisage de quitter le centre-ville. Le fondateur et ancien président de l’Association des gens d’affaires du centre-ville de Sherbrooke, Jean-François Bédard, croit que « la Ville va tuer le centre-ville à petit feu ». Il aimerait rapprocher sa boutique de l’intersection de la rue King Ouest et de l’autoroute 410.

« Je suis un éternel défenseur du centre-ville. Je pense que j’ai donné beaucoup au centre-ville, mais honnêtement, je pense que la vision que j’avais du centre-ville, que d’autres avaient avec moi, n’est pas partagée par les gens de l’hôtel de ville. Malheureusement, la Ville va tuer le centre-ville, alors moi je n’attendrai pas qu’il soit mort, je vais partir avant. C’est une décision d’affaires », résume M. Bédard.

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Well Sud reporté de deux mois

« C’est plate, car j’aime les centres-ville. Quand on s’est installé à Saint-Lambert, on s’est installé sur la rue Victoria dans le centre-ville. Pas au centre commercial Dix-30. Quand je visite des villes comme New York, je vais pas à Times Square, je vais à Soho. Parce que j’aime les petits commerces indépendants », ajoute le propriétaire de la boutique.

Est-ce possible que Glori.us s’installe aux Promenades King? « Non, je ne suis pas un gars de centre d’achats. L’expérience nous a appris que nous sommes une boutique de destination, les gens se déplacent pour venir à la boutique. Nos clients ne sont pas des passants qui arrêtent par hasard alors on peut déménager. On trouvera un endroit stratégique. En plus, pour nos clients d’habits sur mesure qui viennent de Victoriaville, Drummondville, de Québec, de la région Memphrémagog, venir au centre-ville, c’est un projet. Si on est près de la 410, ce sera très facilitant », note-t-il.   

Pas de vision

Le refus des commerçants du centre-ville de se doter d’une société de développement commercial lors du référendum de janvier 2016, une défaite crève-cœur par seulement deux voix, avait mené M. Bédard à prendre ses distances par rapport à l’Association des gens d’affaires de Sherbrooke. La mort du projet Well inc. l’a convaincu que la Ville n’avait pas de vision pour le développement du centre-ville.

« Après le référendum, je me suis dit que l’énergie que je mettais dans l’Association, je la mettrais maintenant dans ma business. Et le projet Well inc. n’était peut-être pas parfait, mais ça aurait été un tremplin hallucinant. Là, son annulation envoie un message bizarre. Tu dis non, sans trouver de solution, de plan B. »

« Le stationnement pendant le temps des Fêtes, on entend qu’à Granby et à Magog, c’est gratuit. Ça fait cinq ans qu’on dit qu’on devrait, à la limite, avoir la gratuité les jeudis et vendredis soirs, samedis et dimanches pour encourager le commerce local. La Ville fait la sourde oreille. Ça a pris trois ans avoir l’application mobile. Il faut toujours se battre pour avoir un pouce. Alors qu’à mon avis, il y a des promoteurs qui ont une vision qui ressemble plus à Glori.us », mentionne M. Bédard.

La future construction du pont des Grandes-Fourches est un des éléments qui a poussé M. Bédard à chercher un nouveau site pour sa boutique. « Il y a le défilé du père Noël et la Ville a de la difficulté à rediriger le trafic. J’ai un client qui s’est ramassé sur le chemin des Écossais. Alors qu’est-ce que ce sera lors de la construction? » demande-t-il.

Le bail de Glori.us se termine en avril 2020. « Peu importe quand le bail finit, ça ne m’empêchera pas de partir si c’est pour le mieux de la business », assure M. Bédard.

« Nous progressons avec le même souffle qu’avant l’échec de Well inc. »

« La volonté politique de revitaliser le centre-ville n’a jamais été aussi grande. Il y a une concertation entre la Ville et tous les acteurs du milieu que je ne voyais pas avant. »

À l’invitation de La Tribune, le président de l’Association des gens d’affaires du centre-ville de Sherbrooke(AGACVS), Alexandre Hurtubise, a réagi aux propos de Jean-François Bédard. Le propriétaire de la boutique Glori.us et fondateur et ancien président de l’AGACVS croit que « la Ville va tuer le centre-ville à petit feu ».

Alexandre Hurtubise

D’emblée, M. Hurtubise tient à rappeler que la revitalisation du centre-ville est un dossier prioritaire à l’hôtel de ville depuis deux ans.

« Malgré l’échec de Well inc., on peut dire que le projet a le mérite d’avoir mis en lumière l’importance du centre-ville. Depuis deux ans, le spotlight est sur le centro et le conseil municipal continue à travailler sur le dossier. Je continue de sentir le même intérêt qu’avant l’abandon de Well inc. de la part de la Ville. Il y a des fonctionnaires qui suivent de près le dossier et travaillent très fort », affirme le président de l’AGACVS.

Les commerçants, les restaurateurs et les usagers du centre-ville attendent avec impatience l’ouverture des propositions liées au Quartier Well Sud prévue le 8 janvier. Ils sont toutefois confiants que la reconstruction du pont des Grandes-Fourches amènera d’importants investissements au centre-ville et par le fait même un nouveau souffle.

« C’est un projet majeur à court terme, dès 2019. Il s’agit d’importantes sommes d’argent. Il y a plusieurs terrains appartenant à des promoteurs privés de l’autre côté de la rivière qui devraient être développés. Au centre-ville, nous croyons que la reconstruction du pont va amener des investissements et un nombre d’emplois considérable », soutient M. Hurtubise.

Rappelons qu’en incluant la démolition des structures, le nouveau pont et les travaux urbains, le projet total est estimé à 36,4 millions de dollars. Le ministère des Transports a promis une aide de 26 M$, la part de la Ville de Sherbrooke s’élève à 10,4 M$. 

« Il y a également le stationnement du côté de Well Sud qui va devoir être refait sous peu. Ça implique beaucoup d’argent de ce côté-là aussi. La Ville a des investissements majeurs à faire et tant qu’à les faire, elle veut les faire intelligemment », poursuit celui qui est également directeur général de la Maison du cinéma. 

Selon M. Hurtubise, la Ville désire toujours mettre sur un pied un pôle en entrepreunariat sur la Wellington Sud.

« La volonté de densifier le secteur est toujours là. Nous progressons avec le même souffle qu’avant l’échec de Well inc. Toutes les démarches ne sont pas publicisées, mais il y a plusieurs dossiers en cour et j’ai espoir de les voir aboutir. Il y a un vent de positivisme », assure M. Hurtubise.

Finalement, le président de l’AGACVS soutient que la Ville et les acteurs du centre-ville entretiennent une communication constante.

Avec Chloé Cotnoir