La Ville de Sherbrooke souhaite se doter d’un bureau des événements majeurs.
La Ville de Sherbrooke souhaite se doter d’un bureau des événements majeurs.

La Ville rapatrie la gestion des parcs industriels et les événements majeurs

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
SHERBROOKE — La volonté de la Ville de Sherbrooke de rapatrier la gestion des parcs industriels, jusque-là confiée à Sherbrooke Innopole, et de créer une division des événements majeurs a suscité de vifs débats lundi au conseil municipal. Ces deux mesures font partie de la nouvelle gouvernance proposée pour le développement économique. 

Dans une présentation de plus d’une heure en atelier de travail public, le directeur du Bureau de coordination du développement économique, Philippe Cadieux, et la directrice générale adjointe Marie-France Delage ont présenté l’aboutissement de tous les travaux liés à la nouvelle gouvernance. Les élus devaient se prononcer en soirée sur les mandats délégués à Destination Sherbrooke, Sherbrooke Innopole et Commerce Sherbrooke notamment. Faute de consensus, le sujet a été reporté. 

« Les grandes villes du Québec ont toutes un bras interne pour la planification et la gestion des terrains industriels : c’est un levier de développement économique stratégique pour une municipalité. L’entrepreneur doit être accompagné de façon proactive par les ressources internes de la Ville », a fait valoir Mme Delage. 

« L’objectif est d’assurer une plus grande cohérence dans les efforts financiers de la Ville en lien avec les terrains industriels, pour en assurer un développement qui correspond à la capacité de payer des municipalités. » Une saine gestion des parcs industriels est d’autant plus nécessaire, dit-elle, que les terrains disponibles se font plus rares.

En conséquence, la Ville créerait trois postes, soit un urbaniste coordonnateur, un agent négociateur et un technicien de gestion de données, pour des coûts de 319 542 $.

Pour les événements, la Ville souhaite structurer l’offre avec les partenaires régionaux et locaux. « Il y a toute la coordination de l’offre qui devra s’arrimer avec la vision de développement économique quant aux liens avec les secteurs commercial, culturel, événementiel et sportif. Il faudra structurer l’offre. Sherbrooke est généreuse en termes d’événements. La division aura une plus grande responsabilité pour s’assurer que le nombre d’événements qu’on accueille est le juste nombre en termes de bénéfices qu’on souhaite rencontrer. »

La Ville prévoit l’ajout d’un poste de chef de division et d’un poste d’agent de liaison contractuel pendant deux ans. En salaires et bénéfices, il faudra prévoir un budget de 244 124 $.

Toutes les embauches prévues font partie du budget déjà octroyé au Bureau du développement économique.

Plusieurs élus ont manifesté un inconfort important devant la création de la division des événements. Évelyne Beaudin est allée encore plus loin, mentionnant que la longue présentation de lundi s’apparentait à un omnibus qui aurait facilement pu être divisé en six sujets différents.

Chantal L’Espérance craint que les événements fassent les frais de la réorganisation. « J’aurais préféré un bureau qui allie la fonction publique et Destination Sherbrooke pour aller chercher le meilleur de nos événements. J’aurais aimé qu’on mette plus à profit Destination Sherbrooke et j’espère que ce ne sont pas les événements qui en feront les frais. » 

Pierre Tremblay abonde dans le même sens. « C’est le travail de Destination Sherbrooke, les événements! »


« Je constate qu’il s’agit d’une forme de mainmise globale sur l’ensemble de l’activité économique. »
Paul Gingues

Marc Denault a parlé d’une perte d’autonomie des organismes, de centralisation et de dirigisme. « Est-ce vraiment le rôle de la Ville d’être dans l’organisation des événements? La municipalisation, la centralisation et l’internalisation, ce n’est pas ce que les gens veulent voir. Ils veulent que la Ville soit facilitatrice. »

Annie Godbout a précisé que la Ville n’organiserait pas les événements, mais qu’elle agirait en accompagnement.

Paul Gingues n’a pas été tendre non plus. « Je constate qu’il s’agit d’une forme de mainmise globale sur l’ensemble de l’activité économique. On propose d’ajouter un étage de fonctionnaires pour le développement économique. Les organismes auront très peu de marge de manœuvre. Ils devront constamment rendre des comptes. Cette réforme va trop loin et je crains que le résultat net soit qu’elle coûtera beaucoup plus cher pour moins d’efficacité. »

Julien Lachance avait des craintes d’alourdir les démarches des entrepreneurs. « J’aurais préféré qu’on laisse le travail dans les paramunicipales : elles ont des structures plus légères, sont plus proches de l’entrepreneur. »

Devant le tollé, il a été proposé de scinder la résolution pour reporter le débat sur la création d’une division des événements. Danielle Berthold a été la première à proposer de retirer complètement le sujet et Évelyne Beaudin a demandé un vote sur la question.

Malgré les réticences du maire Steve Lussier et de la présidente Nicole Bergeron, le vote s’est tenu dans la cacophonie alors que certains élus n’étaient plus certains de la proposition sur laquelle ils se prononçaient. La majorité a finalement convenu de reporter le dossier. 

Philippe Cadieux a néanmoins précisé que les nouvelles conventions des organismes paramunicipaux doivent être entérinées avant la fin de l’année pour que des budgets soient transférés dans ces organisations. Il faudra donc y venir lundi prochain, dans la même séance que le budget municipal, ou dans une séance extraordinaire du conseil.