Les deux arcades représentent les colonies francophones et anglophones qui s’unissent pour bâtir la ville et évoquent un tipi, un symbole qui rappelle la présence des Abénaquis sur ce site.

La Ville opte pour un pont « signature » sur Grandes-Fourches

Le pont des Grandes-Fourches deviendra un point de repère unique en raison de ses haubans qui rappelleront un tipi. Les élus ont confirmé sur division (voir autre texte) mardi qu’ils optaient pour un concept architectural plus dispendieux (19,7 M$) mais plus soigné pour l’infrastructure à construire au centre-ville de Sherbrooke.

Le concept retenu est celui intitulé « pont des Abénaquis » et soumis en 2016 par trois étudiants de l’Université Laval, Bernardo Baldissera, Joël Bertrand et Tiphaine Le Bellec. Le trio avait remporté un concours d’architecturalisation du nouveau pont organisé avec des finissants du baccalauréat en architecture de l’Université Laval.

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26 M$ de Québec pour le pont des Grandes-Fourches

Le pont « signature » coûterait 5,4 M$ de plus qu’un pont architecturé sans haubans. Il constituerait toutefois un emblème qui rappellerait l’histoire de Sherbrooke. Les deux arcades représentent les colonies francophones et anglophones qui s’unissent pour bâtir la ville et évoquent un tipi, un symbole qui rappelle la présence des Abénaquis sur ce site. Ces arcades supportent le pont et évitent de construire une pile au centre de la rivière, lit-on dans le sommaire décisionnel présenté par la Ville de Sherbrooke. 

La rivière exempte d’obstacles pourrait permettre les explorations récréatives et touristiques du site.

Les câbles, qui servent aussi à supporter le pont, rappelleront un capteur de rêves.

Dans l’évaluation des coûts présentée aux élus, un pont standard avec pilier central coûterait 10,7 M$. Il faut ajouter 1,4 M$ pour un pont plus large qui prévoit la présence du transport actif. Un pont sans pilier central serait pour sa part évalué à 12,7 M$ ou 14,3 M$ si on ajoute le transport actif. Le pont à haubans coûterait 19,7 M$.

En ajoutant les travaux urbains et d’urbanisation, l’ensemble de la relocalisation du pont des Grandes-Fourches, avec l’option retenue, coûterait 36,6 M$.

Cette somme inclut l’acquisition de terrains, la déconstruction de trois structures existantes, l’aménagement du nouveau carrefour giratoire des rues Terrill et des Grandes-Fourches Nord, la construction de la nouvelle rue des Grandes-Fourches, l’aménagement d’un nouveau passage à niveau et le réaménagement de la rue Frontenac et du stationnement de la Grenouillère.

Des dépenses supplémentaires pourraient survenir si la scène extérieure de la place Nikitotek est déplacée, si la bâtisse du Club de curling de Sherbrooke doit être modifiée ou si les utilités publiques sont enfouies.

Dans une lettre d’intention, le vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes de l’Université Laval, Robert Beauregard, confirme que l’institution ne demande aucune redevance financière pour le concept du pont « signature » et qu’en contrepartie, la Ville s’engage à reconnaître le travail des étudiants dans ses communications.

L’échéancier prévoit une signature finale de l’entente avec le ministère des Transports en 2018, de même que la réalisation d’une étude du milieu aquatique et d’une étude archéologique. Le schéma d’aménagement devra être modifié et la Ville devra obtenir un certificat d’autorisation environnementale. Rappelons qu’une espèce menacée, le fouille-roche gris, est présent au confluent des rivières Magog et Saint-François.

En 2019 serait lancé l’appel d’offres avant le début des travaux de construction du nouveau pont. Un plan d’aménagement des berges de la rivière Saint-François serait élaboré. Une consultation publique est prévue à cet effet.

La fin des travaux de construction est attendue pour 2020.

La contribution du gouvernement du Québec au déplacement du pont des Grandes-Fourches est de 26 M$. Le nouveau pont aurait une durée de vie de 75 ans.

Cinq conseillers muncipaux ont enregistré leur discidence sur le projet de pont signature au centre-ville.

Une chance de marquer l’histoire

Le choix d’ouvrir un peu plus grand le portefeuille pour offrir aux Sherbrookois un pont des Grands-Fourches à l’architecture soignée n’a pas fait l’unanimité au conseil municipal. Si plusieurs conseillers ont comparé le projet à celui de Cité des rivières, cinq élus ont voté contre cette proposition. 

Chantal L’Espérance, conseillère du district du Lac-des-Nations, n’avait pas de doute sur la pertinence d’un pont « signature » au centre-ville. « S’il y a une place où ça prend un pont signature, c’est bien à cet endroit-là, au confluent des deux rivières, un endroit qui a vu naître Sherbrooke. Le beau, c’est toujours gagnant. Les villes d’Europe l’ont compris bien avant nous. »

Mme L’Espérance prend le pari que les retombées d’un pont comme celui-là permettront de rembourser les investissements municipaux. « Quand on pense au tour du lac des Nations, ça fait longtemps que les Sherbookois ont été remboursés pour les quatre ou cinq millions investis. Sur 40 ans, c’est un bien petit investissement. C’est une chance ou jamais de marquer le coup pour l’histoire. »

Vincent Boutin a invité ses collègues à faire preuve d’audace. « Il y a une quinzaine d’années, avec Cité des rivières, les élus avaient raison de faire preuve d’audace et nous aurions raison de créer cette richesse au centre-ville. On peut faire un Cité des rivières numéro deux. D’un côté de la rue Wellington, nous aurons un pont signature. De l’autre, le Quartier Well Sud. C’est sûr que c’est beaucoup d’argent, mais le pont sera là pour 75 ans. Je pense que le temps nous donnera raison. Les Sherbrookois s’attacheront à ce pont. »
Rémi Demers y voit une façon d’envoyer un signal sur le sérieux de la Ville pour revitaliser le centre-ville. Le maire Steve Lussier croit que le pont donnera une identité au secteur.

Parmi les dissidents, Pierre Avard a déploré que le pont ferroviaire soit placé devant le pont de Grandes-Fourches. « De l’Est, c’est le pont ferroviaire qui ressortira. J’apprécierais plutôt un pont signature au pont Jacques-Cartier. Il serait visible de partout. Un pont architectural sans haubans aurait été suffisant. »

Julien Lachance a parlé de l’importance de doser les investissements. « On va peut-être trop loin. »

Évelyne Beaudin aurait souhaité une consultation publique. « Chaque fois qu’on fait de gros projets à Sherbrooke, on va en consultation. La population n’a pas pu se prononcer sur ce qu’elle veut dans ce secteur. Je ne suis pas en mesure de me prononcer au nom des Sherbrookois parce que le débat n’a pas eu lieu. »

Pierre Tremblay a voté contre le pont signature même s’il y voyait une occasion unique pour la Ville de se démarquer. Il proposait de retrancher 5 M$ des fonds accordés aux organismes paramunicipaux pour financer l’architecture soignée de l’infrastructure.
Paul Gingues a été le cinquième dissident.