Évelyne Beaudin estime que l’ex-présidente de Destination Sherbrooke Annie Godbout a caché de l’information à la population et aux élus avec des justifications douteuses.
Évelyne Beaudin estime que l’ex-présidente de Destination Sherbrooke Annie Godbout a caché de l’information à la population et aux élus avec des justifications douteuses.

La Ville a retenu des procès-verbaux pendant un an

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
Les procès-verbaux de Destination Sherbrooke qui faisaient référence à l’analyse de Raymond Chabot Grant Thornton de l’impact du tourisme à Sherbrooke ont été rendus publics lundi, certains près d’un an après avoir été produits. La conseillère Évelyne Beaudin a fustigé l’ex-présidente de Destination Sherbrooke, Annie Godbout, pour son manque de transparence.

Celle-ci a admis avoir craint que les journalistes obtiennent les documents avant que les élus en fassent une analyse fine et convient que le rapport, livré en mai 2019, n’a jamais été présenté dans son intégralité aux élus.

Ce sont sept procès-verbaux, datant d’avril, mai, juin et août 2019 qui ont été publiés lundi.

« Je l’ai dit et je le répète. Je trouve inacceptable qu’on cache de l’information à la population et aux élus avec des justifications douteuses », a lancé Évelyne Beaudin.

La conseillère avait déjà fait une sortie semblable en février alors que le comité consultatif d’urbanisme avait retenu des procès-verbaux concernant un projet résidentiel controversé dans le secteur du chemin Rhéaume. 

« L’explication qu’on nous a donnée à huis clos était loin d’être satisfaisante. Il a été avoué ouvertement que les procès-verbaux ont été retenus volontairement. Ce geste a été posé à l’encontre de la volonté du C.A. de Destination Sherbrooke qui, lui, souhaitait faire connaître les résultats de l’étude sur l’impact économique du milieu touristique. C’est d’autant plus scandaleux que ce geste s’inscrivait en pleine période de révision de la gouvernance en développement économique, qui incluait une révision de la gouvernance en tourisme », ajoute Mme Beaudin.

« Ce qui me choque le plus, c’est qu’on porte atteinte à l’intelligence des élus et de la population. Les gens ont jugé qu’on n’était pas assez intelligents pour distinguer l’importance économique du tourisme et la nécessité pour un nouveau modèle de gouvernance en développement économique. Ils ont préféré ne pas prendre de chance et nous cacher l’information. » 

Annie Godbout se défend d’avoir voulu cacher de l’information aux élus et aux citoyens en retenant des procès verbaux de Destination Sherbrooke. Elle dit avoir craint que des journalistes fassent des demandes d’accès à l’information vant que le élus aient terminé leur analyse du dossier.

Entre l’arbre et l’écorce

Annie Godbout, qui était présidente de Destination Sherbrooke et qui pilotait aussi le comité pour la révision de la gouvernance en développement économique, dit s’être sentie prise entre l’arbre et l’écorce. Elle craignait entre autres que des journalistes fassent des demandes d’accès à l’information pour obtenir le rapport avant que les élus aient terminé leur analyse du dossier. « Je voulais présenter un dossier complet sur les impacts économiques du tourisme, mais aussi sur la gouvernance. J’étais inquiète qu’il y ait des demandes d’accès alors qu’il restait du travail à faire et qu’on mélangerait les choses en sortant un rapport positif pour le tourisme et en annonçant ensuite des coupes. »

Après coup, Mme Godbout se demande à quel moment il aurait été préférable qu’elle délaisse la présidence de Destination Sherbrooke. « Ce n’était pas fait dans un but de manquer de transparence. Le rapport dit que le tourisme est performant à Sherbrooke, mais il ne dit pas que Destination Sherbrooke l’est... »

La conseillère admet que le rapport de Raymond Chabot Grant Thornton sur les impacts économiques du tourisme n’a jamais été présenté dans son intégralité aux élus. « J’en ai parlé du rapport. Certains éléments ont été repris par des experts que nous avons consultés, mais il n’y a pas eu de présentation intégrale au conseil. Rien n’a été caché. Et je ne pense pas que ça aurait changé quelque chose. »

Annie Godbout ajoute que tous les rapports des experts seront rendus publics en temps et lieu. « Il y avait une séquence dans l’information qu’on devait présenter. Il fallait avoir une certaine logique. J’ai agi avec toute ma candeur et ce que j’ai comme bagage. Désolée d’avoir froissé la population ou les membres du C.A. de Destination Sherbrooke. » 

Évelyne Beaudin se demande si la Ville a même le droit de retenir volontairement des procès-verbaux. « Peut-on poser des gestes aussi contraires aux principes fondamentaux de la démocratie? »

Outre les procès-verbaux de Destination Sherbrooke et du comité consultatif d’urbanisme, notons que ceux de Commerce Sherbrooke, déposés en mars, couvraient la période d’avril à novembre 2019. 

Le maire Steve Lussier demande pour sa part que les procès-verbaux soient déposés rapidement. « Dans ce cas-ci, je pense qu’il y avait de bonnes raisons. Mme Godbout a tenu le fort de bonne façon. » Il confirme que tous les élus n’avaient pas en main le rapport sur l’impact économique du tourisme.