Le plafond des crédits de taxes pour les entreprises passera de 28 à 75 M$.
Le plafond des crédits de taxes pour les entreprises passera de 28 à 75 M$.

La Ville a eu recours à une firme de communication pour le dossier des crédits de taxes

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
La direction générale de la Ville de Sherbrooke a embauché une firme de communication externe pour élaborer une stratégie dans le dossier des crédits de taxes accordés aux entreprises. Selon le maire de Sherbrooke, cette décision s’explique parce que le sujet arrivait en plein été et qu’il était impossible de le confier au Service des communications de la Ville. On estime qu’il a fallu 40 heures de travail, qui seront payées moins de 10 000 $ selon M. Lussier.

La Ville de Sherbrooke avait prévu accorder un maximum de 28 M$ en congé de taxes pour les entreprises qui s’installaient à Sherbrooke ou qui agrandissaient leurs installations. Or, pas moins de 29 entreprises étaient toujours en attente d’un crédit alors que ce maximum était atteint. La Ville propose donc de faire passer le plafond de 28 M$ à 75 M$, ce qui représente plus de 1 % du budget municipal. Dans ces circonstances, l’approbation de la population est nécessaire. 

Sur Facebook, la conseillère Évelyne Beaudin a dénoncé le recours à une firme de communication privée. « J’ai l’impression que certaines personnes avaient peur de perdre le contrôle du message. Ou encore, voulaient-ils à tout prix éviter que des citoyens décident de contester le règlement, comme c’est leur droit de le faire? » écrit-elle.

Elle souligne que la Ville a misé sur les retombées des entreprises qui s’installent à Sherbrooke pour justifier la nécessité d’étirer le programme de crédit de taxes. 

« Une stratégie évidente de faire passer une bourde de 4[7] millions de dollars en une " réussite ", en une ville " victime de son succès ". »

La semaine dernière, certains élus avaient indiqué qu’ils auraient aimé pouvoir comparer le programme de crédit de taxes de Sherbrooke avec celui des autres villes.

Le maire Steve Lussier précise que ce n’est pas le cabinet de la mairie, mais bien la direction générale qui a octroyé le contrat en question. « Ce n’est pas nécessairement rare qu’on voit ça quand un dossier est très sensible, qu’il y a plusieurs intervenants. Il y a des entreprises dont le nom ne devait pas sortir. C’est arrivé dans la période estivale, où nous avons moins de monde au Service des communications. »

Steve Lussier

L’argument semble bien mince pour Évelyne Beaudin, qui se demande si on oserait avoir recours au privé aussi rapidement si une urgence survenait en été dans un autre département.

Comment justifier le mandat donné en période estivale alors que la situation a été apportée au cabinet de la mairie en mars? « En mars, j’ai demandé à la direction générale de faire des vérifications et de me revenir. On ne parlait pas nécessairement des mêmes montants. On m’est revenu en juin avec les montants projetés. »

Steve Lussier ajoute qu’il était nécessaire de s’assurer que l’information serait bien véhiculée dans les médias. « Il y avait beaucoup de données. »

Le maire estime qu’il a fallu une quarantaine d’heures de travail pour un contrat « qui ne dépassera pas 10 000 $ ».

« C’est un bon travail qui a été rendu. Lorsque je vois le travail qui a été exécuté, je ne suis pas mal à l’aise. »

M. Lussier assure qu’il ne se trouvait pas en gestion de crise. « Il faut comprendre qu’il n’y a pas d’impact sur les taxes des citoyens par rapport à ça et dans cinq, dix ans, ça nous rapportera. »

Évelyne Beaudin est convaincue du contraire. « Le fait qu’il dise qu’il n’y a pas d’impact est une révélation de sa gestion des finances de la Ville. Soit les industriels contribuent à payer des taxes, soit les citoyens compensent. Peut-être que ces entreprises se seraient installées à Sherbrooke sans congé de taxes. Peut-être pas non plus. Mais le boom s’est produit à partir de 2016, quand on a modifié le programme et quand on a ouvert le nouveau parc industriel. Est-ce que c’est à cause du programme ou parce qu’on avait des terrains à vendre? » 

Pour la chef intérimaire de Sherbrooke Citoyen, le recours à une firme privée « révèle une erreur administrative monumentale », soit l’ajout de 47 M$ au plafond des crédits de taxes, et « donne l’impression qu’il a fallu appeler quelqu’un à la rescousse pour maquiller la réalité ». « Il aurait été pertinent d’évaluer si nous sommes trop généreux et à quoi ressemblent les programmes des autres villes. On n’a jamais d’étude indépendante sur le sujet, mais on nous dit que les autres villes sont agressives. 

Le règlement modifié doit entrer en vigueur le 3 octobre. La date limite pour déposer une demande de tenue de registre est le 24 septembre.