Si le maire Steve Lussier souhaite respecter sa promesse de se départir de la place Nikitotek, la Ville devra obtenir l'approbation du ministre des Affaires municipales et rembourser une partie des subventions obtenues des gouvernement fédéral et provincial.

La vente de la place Nikitotek poserait un défi

Vendre la place Nikitotek serait plus difficile que de simplement y apposer une pancarte « à vendre ». Si le maire Steve Lussier souhaite respecter sa promesse de se départir de la scène extérieure du centre-ville, il devra obtenir l’approbation du ministre des Affaires municipales et rembourser une partie des subventions obtenues des gouvernements provincial et fédéral.

Selon le protocole d’entente entre le ministère des Affaires municipales et des Régions et la Ville de Sherbrooke, la Ville devrait rembourser 10 % des subventions obtenues pour l’ensemble du projet de revitalisation de la gorge de la rivière Magog. 

Les subventions étant de 4,4 M$, divisés en parts égales entre Québec et Ottawa, la somme à rembourser totaliserait 440 000 $. C’est sans compter l’approbation du ministre.

Amélie Boissonneau, coordonnatrice aux communications à Destination Sherbrooke, explique que la construction de la place Nikitotek, amorcée en 2010, fait partie intégrante d’un projet de revitalisation de la gorge de la rivière Magog de 6,6 M$. « La place Nikitotek ne vient pas toute seule. Elle faisait partie d’un projet global de revitalisation de la gorge qui comprend l’éclairage de la promenade des Rapides et l’aménagement d’une promenade près du bureau d’information touristique », résume-t-elle.

Le coût de la place Nikitotek s’élevait à 1,8 M$.

« À partir du moment où la Ville veut changer la vocation de la scène ou s’en départir, il faut entamer des démarches auprès du ministère des Affaires municipales. »

Selon le protocole d’entente, la « contribution gouvernementale est conditionnelle à ce que le bénéficiaire [...] demeure propriétaire de l’infrastructure pour une période d’au moins dix ans suivant la date de la fin du projet, soit la date de réception définitive de l’infrastructure subventionnée ».

Si cette contrainte n’est pas respectée, les gouvernements peuvent exiger le remboursement de leur contribution, en tout ou en partie, à 100 % dans les deux premières années suivant la fin du projet, à 55 % dans les deux à cinq ans suivant la fin du projet, et à 10 % dans les cinq à dix ans suivant la fin du projet.

La date de fin des travaux, selon l’addenda numéro 1 au protocole d’entente, est fixée au 31 mars 2012, ce qui laisse croire que la Ville devrait demeurer propriétaire de la place Nikitotek jusqu’au 21 mars 2022.

Dans le même sens, si la Ville souhaitait déménager la place Nikitotek ailleurs que dans le périmètre de la gorge de la rivière, pour le déplacement éventuel du pont des Grandes-Fourches, par exemple, elle devrait obtenir une approbation écrite du ministre. Les derniers plans rendus publics faisant état du possible déplacement du pont déménageaient toutefois la scène au centre-ville, au confluent des deux rivières.

Le producteur de Québec Issime, Robert Doré, ne s’est par ailleurs pas posé la question des conséquences de la vente possible de la place Nikitotek. S’il dispose d’une entente de dix ans pour y produire ses spectacles, il a aussi accepté de payer un toit recouvrant les gradins de la salle, pour la somme de 900 000 $, qu’il rembourse à la Ville sur la même période de dix ans. « Je vais respecter mon entente. Pour le reste, que ça change de propriétaire ou non, je ne me suis pas posé la question. »

Steve Lussier admet ne pas avoir eu le temps de se pencher sur le dossier de la place Nikitotek pour le moment. « Ça dépendra aussi de savoir si on déplace le pont des Grandes-Fourches ou non. Peut-être qu’on va la gérer encore et la déménager. J’aime mieux ne pas trop m’avancer parce que je n’ai pas trop regardé le dossier. » Il n’est toutefois pas exclu qu’il accepte de payer la pénalité pour se départir de l’infrastructure qui, selon lui, n’offre pas de rentabilité. Comme pour le Centre de foires, qu’il pourrait vendre également, il mentionne que la vente est une option qu’il se garde « comme porte de sortie » pour assurer la rentabilité.

M. Lussier pourrait rencontrer Robert Doré dans les prochaines semaines.

Quel projet d’éclairage des murales ?

Steve Lussier a promis en campagne électorale de mettre fin au projet d’éclairage des murales, ce qui lui permettrait de générer des économies de 1,2 M$ qu’il pourrait réinvestir dans les productions artistiques d’ici. À Destination Sherbrooke, toutefois, on ne compte aucune demande budgétaire pour un projet d’éclairage de murales.

« Les murales feront peut-être partie du projet international, mais l’éclairage, c’est autre chose. On parle d’un peu plus de 1,2 M$. On va attendre d’avoir un événement grandiose à Sherbrooke et après on regardera pour la dépense. C’est ça bien gérer la Ville. C’est aller chercher chaque petit coin pour le redistribuer de la bonne façon », a dit M. Lussier en campagne électorale, le 30 octobre.

Deux jours plus tard, alors qu’il promettait d’investir 500 000 $ supplémentaires, en quatre ans, pour les créateurs et les artistes d’ici, il expliquait que cette somme serait récupérée à même les 1,2 M$ prévus pour l’éclairage des murales.

Le problème, c’est que Destination Sherbrooke ne comprend pas de quel projet il s’agit. « Nous n’avons aucune information à ce sujet et il faudrait voir avec le maire à quel projet il fait référence. Nous n’avons aucune demande budgétaire formulée pour l’éclairage des murales », explique Amélie Boissonneau, coordonnatrice aux communications à Destination Sherbrooke.

L’éclairage des murales a pourtant été abordé au cours de la dernière année. Le projet initial d’animation des murales qu’envisageait Destination Sherbrooke prévoyait la mise en lumière de ces œuvres en plein air. Une demande budgétaire de 1,5 M$ avait alors été refusée et réduite à 500 000 $, une somme qui a permis la création de Muralis, le circuit des murales.

C’est probablement là que se trouve la réponse.

« Au budget de l’an dernier, il y avait quelque chose d’annoncé. C’était inscrit dans les dépenses à venir. Je vais tenir mes promesses électorales », commente le maire Steve Lussier.

Au moment du dépôt du budget, on prévoyait effectivement 200 000 $ pour la réalisation d’une nouvelle murale et 500 000 $ pour le circuit nocturne des murales. Pour ce dernier projet, on trouvait des dépenses projetées de 500 000 $ pour 2018 et 2019 dans le programme triennal. Ces sommes n’étaient pas engagées et les demandes budgétaires doivent être renouvelées année après année. Devant la réponse des élus l’an dernier, il était déjà entendu qu’aucune demande ne concernerait le circuit nocturne des murales pour le budget 2018.