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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron

La théorie du complot rattrapée par la réalité

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Chronique / On savait déjà que des gens allaient s’essayer. Se réunir et faire la fête, peu importe les consignes sanitaires, peu importe les mesures légales temporaires. Je dois bien avouer que j’ai été fasciné, ces derniers jours, par ces histoires.

Il y en a qui ont essayé de la jouer subtilement, en se cachant dans un restaurant normalement fermé. D’autres l’étaient pas mal moins. Quand tu fais la fête à 14 dans un appartement d’un bloc mal insonorisé, c’est sûr que le voisinage s’en rend compte.

Quelques histoires de la région de Québec ont fait plus de bruits dans les médias – à L’Île-d’Orléans, L’Ancienne-Lorette ou Vanier. Une quarantaine d’amendes ont d’ailleurs été distribuées dans la région de la Capitale-Nationale. Mais Sherbrooke n’était pas en reste avec sept constats d’infraction pour des rassemblements illégaux. Du monde de Sherbrooke était aussi parmi les personnes dénoncées à L’Île-d’Orléans. 

Les faux arguments

Quelques vidéos ont d’ailleurs circulé sur le cas de L’Île-d’Orléans. À un moment, presque tout le monde dans la maison filmait l’intervention policière, cellulaires à la main. Une des vidéos dure 91 minutes.

Je ne reviendrai pas sur les arguments mis de l’avant par les anti mesures sanitaires, je n’ai pas envie d’embarquer là-dedans, mais je salue le calme des policiers et de la policière pendant toute l’intervention. Je ne peux qu’espérer ce même calme lors des interactions avec les communautés noires ou autochtones. Ce qui m’a particulièrement fasciné est le décalage entre l’argumentaire des personnes récalcitrantes et la réalité. 

Plusieurs de ces complotistes invitaient les policiers à s’ouvrir l’esprit et à s’informer, pour mieux comprendre le contexte « géopolitique » de la crise sanitaire. Avec l’assurance d’un plaidoyer devant la cour, on citait tel paragraphe de telle page de tel document qui était la preuve que les mesures actuelles étaient contre la Charte des droits et libertés ou contre la constitution. Un argumentaire gonflé à l’hélium, se pensant bien au-dessus de la situation. 

Pourtant, tout le monde a été surpris par la procédure de l’intervention. Surpris par le mandat. Frappés qu’un adolescent de 16 ans soit assez vieux pour recevoir une contravention. Étonnés par le montant des amendes. Désorientés par l’obligation de se disperser après la remise des tickets, peu importe ce que ça signifie comme coût ou logistique pour ces personnes. Visiblement, toute la maisonnée croyait vraiment pouvoir continuer leur fête après avoir reçu les contraventions. Depuis quand la police laisse-t-elle un acte illégal continuer? Si tu es trop saoul pour conduire, prends un taxi, vas à l’hôtel et reviens chercher ton char après. C’est chiant? Bien oui, mais ce n’est jamais le fun de se faire attraper par la police. C’est ça le risque de se faire pincer quand on commet un acte illégal.

Finalement, ces personnes qui prétendaient pendant plus d’une heure mieux comprendre ce qui se passe que tout le monde ne savaient même pas ces éléments assez basiques de la loi, de la simple application du règlement. La réalité a vite rattrapé les belles théories du complot. La mine défiante du début faisait soudainement place à des visages dépités. Comme si chaque personne se demandait, tout d’un coup : est-ce que ça valait la peine de se mettre dans la chnoute comme ça? 

Pourquoi, au fait?

Je me demande si ces personnes ont vraiment l’impression d’avoir « préservé l’esprit de Noël ». Ces rassemblements étaient-ils vraiment nécessaires pour perpétuer la tradition? Est-ce que ces personnes croient que Noël était en danger? Fêter coûte que coûte, malgré le contexte, était-il un sacrifice utile pour « sauver » le temps des Fêtes?

Moi qui a toujours cru que l’essence des Fêtes était une forme d’amour à la fois collective et familiale. J’ai l’impression qu’un couple qui décide de s’offrir une soirée chaleureuse, douce et remplie d’attentions envers l’autre représente plus cet esprit de Noël que faire le party à 14 dans un 4 et demi. 

Ça me fait penser à ces gens qui croient que Noël ne peut exister sans une tonne de cadeaux. Me semble que ce n’est pas ça, les Fêtes. Ce n’est pas l’alcool ni les cadeaux ni la grosseur des rassemblements. C’est juste de s’aimer et de s’ouvrir aux autres, c’est un moment de communion. Même le Grinch et Scrooge ont compris ça!

Oui, les mesures sont cruelles pour les personnes seules, mais Noël est toujours une période atroce pour les personnes seules, pandémie ou non. La seule différence, c’est qu’habituellement, les gens ne se servent pas d’elles pour camoufler leur égoïsme. 

Je ne peux m’empêcher de me dire que toutes ces personnes auraient eu un bien meilleur temps des Fêtes si elles avaient mis autant d’énergie à juste se gâter dans leur cocon, au lieu de s’obstiner avec la police et d’avoir une amende de 1546 $. Si leur Noël a été gâché, ce n’est pas la faute à François Legault, Horacio Arruda ou Bill Gates, mais à leur orgueil.