Le père Michel Bouffard estime qu’il serait difficile pour le Sanctuaire de Beauvoir de joindre les deux bouts s’il lui fallait payer des taxes municipales.
Le père Michel Bouffard estime qu’il serait difficile pour le Sanctuaire de Beauvoir de joindre les deux bouts s’il lui fallait payer des taxes municipales.

La taxation risque de forcer la fermeture de certains lieux de culte

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
Si les Villes obtenaient le pouvoir de taxer les lieux de culte, plusieurs d’entre eux n’auraient pas les moyens de poursuivre leurs activités. Si le vice-président de l’Union des municipalités du Québec, Daniel Côté, l’évoquait dans nos pages mardi, l’Archidiocèse de Sherbrooke confirme qu’une telle mesure placerait les institutions catholiques sherbrookoises dans une drôle de position.

Rappelons que la conseillère municipale Nicole Bergeron, devant le constat que la taxation actuelle ne suffit plus à renflouer les coffres des municipalités, suggérait lors du dépôt du budget en décembre de lancer le débat sur la possible taxation des lieux de culte. À Sherbrooke, la taxation des lieux de culte permettrait d’engranger 1,5 M$ supplémentaires.

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Éliane Thibault, responsable des communications pour l’Archidiocèse de Sherbrooke, estime qu’il est sain pour une société de se remettre en question et de lancer des débats. « Il faut voir les conséquences qui viendraient avec une telle idée. Il est difficile de dire combien d’églises fermeraient, parce qu’on ne connaît pas le niveau de taxation qui serait imposé, mais plusieurs bâtiments seraient remis à la Ville pour défaut de paiement de taxes. »

Selon Mme Thibault, on compte 18 lieux de culte sherbrookois dans le giron de l’Archidiocèse.

« Il faut aussi comprendre que certains de ces immeubles font partie d’un patrimoine hautement spécialisé. Pour cette raison, il faut parfois compter beaucoup de temps avant de vendre une église et ce sont des constructions qui sont difficiles à convertir. »

Tissu social à préserver

Éliane Thibault se demande aussi si la population gagnerait à taxer les églises. « Si les églises devaient payer des taxes, nous n’aurions pas le choix de nous conformer, mais ce sont nos actions d’entraide qui écoperaient. Nous avons souvent affaire à des gens qui ont passé entre les mailles du filet social. Nous sommes entre autres à l’origine de visites auprès de personnes âgées. Si personne n’y va, c’est le tissu social qui se brisera. Nous nous occupons aussi de dossiers de parrainage auprès d’immigrants et nous avons une ressource gratuite spécialisée dans le deuil. Nous offrons des services concrets et directs qu’il faudrait peut-être couper. »

Mme Thibault ajoute que plusieurs établissements ont déjà fermé parce que la communauté n’arrivait plus à les entretenir.

« Nous suivrons les discussions de près. Si nous pouvons participer, nous prendrons part au débat. »

Au Sanctuaire de Beauvoir, le père Michel Bouffard confirme qu’il serait impossible de payer les taxes municipales. « Nous n’avons aucun salaire. Si nous n’avions pas le soutien des Pères Maristes nous ne pourrions déjà pas arriver. Comme les autres lieux de pèlerinage, nous avons connu une baisse de l’achalandage. Le tourisme a baissé beaucoup avec les années. Juste à voir la situation de l’église Sainte-Praxède à Brompton, on comprend que beaucoup de communautés n’arriveraient pas. Les revenus ne suivent plus les dépenses. »


« Toutes nos activités ouvertes au public sont gratuites. »
Jacques Audet

Le père Alain Rodrigue, des missionnaires de Marianhill, estime lui aussi que c’est le tissu social qui souffrirait de cette forme de taxation. « Les organismes sociaux recevront moins d’aide puisque ce qui sera versé en taxes ne sera pas disponible pour le milieu. C’est probablement la raison pour laquelle, jusqu’à maintenant, le raisonnement du gouvernement était celui-là. »

Le responsable des communications au Centre Eckankar, Jacques Audet, voit lui aussi des inconvénients à une taxation des lieux de culte. « Nous sommes un organisme à but non lucratif. Toutes nos activités ouvertes au public sont gratuites. Nous ne touchons aucun salaire. Nous fonctionnons avec le salaire de nos membres et des visiteurs et tout l’argent sert à la publicité et à l’entretien du bâtiment. »

M. Audet estime que la communauté devrait réfléchir à un plan B si le paiement de taxes devenait impossible. « Nous ne sommes toutefois pas alarmés par la situation, puisque Mme [Nicole] Bergeron indiquait qu’un changement pourrait prendre du temps avant d’être implanté. Nous faisons confiance au bon jugement des élus. »