La Société d’histoire du Canton d’Orford estime que la « maison blanche » doit recevoir une vocation durable, et demande à la municipalité de reprendre la première version du projet de pavillon communautaire qui avait été déposée en 2015, et qui intégrait la vieille demeure.
La Société d’histoire du Canton d’Orford estime que la « maison blanche » doit recevoir une vocation durable, et demande à la municipalité de reprendre la première version du projet de pavillon communautaire qui avait été déposée en 2015, et qui intégrait la vieille demeure.

La Société d’histoire du Canton d’Orford veut plus pour la « maison blanche »

 La Société d’histoire du Canton d’Orford (SHCO) n’est toujours pas satisfaite du traitement que recevra la « maison blanche », sise aux abords du Parc de la Rivière-aux-Cerises. Alors que le Conseil municipal annonçait lundi sa décision de réviser le projet de pavillon communautaire pour laisser la vieille résidence intacte et distincte, la SHCO croit plutôt que la meilleure façon de rendre justice à sa valeur historique est de lui donner une vocation durable et en l’intégrant au projet.

La SHCO partageait sa position vendredi matin par le biais d’une conférence de presse virtuelle, durant laquelle elle dévoilait également le rapport d’une étude historique détaillée sur le passé de la « maison blanche ». Les spécialistes derrière cette étude, les citoyens d’Orford Gilles Lauzon et Denis Tremblay, disent être allés de « surprise en surprise » quant à l’importance de la maison dans l’évolution historique de Cherry River et à ses anciens occupants. 

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L’arbre généalogique de la maison réalisé par les chercheurs démontre une longue présence ininterrompue dans la résidence de trois familles pionnières de Cherry River, soit les Rider, les Buzzell et les Baird, résume M. Lauzon. 

« Pour être plus précis, de 1896 à 1940, il y a toujours eu un personnage clé, femme ou homme, qui avait vécu la colonisation, le défrichement, les petites maisons de bois rond des années 1850, 1860 et 1870. [...] Le lien entre l’histoire de Cherry River et l’histoire de la maison est absolument enraciné », explique Gilles Lauzon.  

L’étude démontre également que le terrain où se situe le Parc de la halte faisait autrefois partie du terrain de la demeure. 

« Avec la richesse de cette histoire, nous sommes encore plus convaincus que jamais de la nécessité de la conserver, de la mettre en valeur et de l’intégrer au pavillon communautaire », ajoute M. Tremblay.  

« Inconséquent » 

Rappelons que lundi, à la lumière du rapport qui avait été commandé à l’architecte Daniel Quirion, les élus municipaux du Canton d’Orford ont pris la décision de séparer le projet de pavillon communautaire de la « maison blanche », laissant celle-ci intouchée sans toutefois lui accorder de statut particulier. Son avenir doit plutôt être déterminé dans le cadre d’une plus large réflexion englobant plusieurs autres bâtiments patrimoniaux du cœur villageois, et pour laquelle l’échéancier demeure indéterminé. 

Une séance spéciale est prévue le 19 mai pour mandater une firme d’architecture pour ce retour à la table à dessin. 

« [La grande réflexion], c’est une très bonne idée, mais pour le moment, ça ne règle pas le sort de la petite maison, et ça pourrait prendre des années avant qu’un tel rapport sorte, commente Marc Bigué, président de la SHCO. La maison se dégraderait. Il y a quelque chose d’inconséquent : elle est à quelques pieds du nouveau projet, et on fait semblant qu’on va y penser plus tard. » 

Denis Tremblay, qui suggère d’ailleurs que la résidence du 19e siècle pourrait être idéale pour la tenue des activités de la SHCO, cite également un passage du rapport Quirion pour justifier le désir de la SHCO de voir la maison recevoir une vocation rapidement : « D’emblée, il est reconnu en patrimoine que la meilleure façon de préserver ce dernier est qu’un bâtiment possède une vocation, un usage durable pour lui conférer un sens. L’idée de muséifier un édifice qui ne possède pas d’usage ou que ce dernier est incompatible avec le bâtiment ne va pas dans le sens d’une conservation soucieuse », a écrit l’architecte dans son document de 35 pages.  

Louise Gagné administratrice à la SHCO, assure également que ce choix serait bénéfique sur d’autres plans. 

« Je suis en contact depuis deux ans avec un architecte très connu au niveau mondial, qui fait beaucoup de transformation et de réhabilitation d’anciens bâtiments, dit-elle. Il dit que depuis deux décennies, en Europe, on préfère réutiliser et réhabiliter les anciens bâtiments parce que ça coûte moins cher et que c’est un comportement architectural majeur au niveau du développement durable. Puis, le projet intégrant la maison existe déjà. La municipalité a déjà payé pour ce projet. Nous demandons que la municipalité reprenne le projet qui existait dans le plan de 2015, peut-être avec certaines modifications. » 


Historique du projet 


  • En 2011, la municipalité du Canton d’Orford acquiert la « maison blanche », située au 2304, chemin du Parc, afin de permettre l’aménagement du Parc de la halte de la Rivière-aux-Cerises.  

  • En 2015, la municipalité démarre un projet visant la construction d’un centre communautaire et d’un pavillon de services dans le parc. La firme d’architecture ADSP propose un projet en deux étapes qui s’amorce par la construction du bâtiment de services, et qui permet plus tard la construction d’un pavillon communautaire dans lequel s’intègre le premier bâtiment. Les deux versions proposées par la firme suggéraient l’intégration de la « maison blanche », avec ou sans altérations majeures. Seul le bâtiment de service est ainsi construit.

  • En novembre 2019, le projet est remis sur la table, mais avec un nouveau concept de la firme Cimaise. Celui-ci n’inclut plus la « maison blanche » dans son architecture et suggère sa démolition. La SHCO et plusieurs citoyens signifient leur mécontentement pour ce projet, et demandent à ce qu’une étude de la valeur patrimoniale de la résidence soit réalisée avant qu’une décision soit prise. La mairesse Marie Boivin se montre à l’écoute.

  • En mai 2020, à la lumière du rapport Quirion, le Canton d’Orford décide de séparer les deux projets et de laisser la « maison blanche » intacte et distincte du nouveau bâtiment. Elle prévoit dans un deuxième temps réaliser une réflexion sur ses bâtiments patrimoniaux, élargie à un ensemble de cinq « maisons blanches” au cœur du village de Cherry River.