La situation « sous contrôle » au Manoir Sherbrooke

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
« Nous prions tous très fort et nous déployons tous les efforts, jour et nuit, afin de passer rapidement et tous ensemble à travers cette crise planétaire. » L’administration des Résidences Soleil a assuré que la situation était « sous contrôle », dimanche, plusieurs heures après que la Santé publique eut déclaré l’état d’urgence au Manoir Sherbrooke en raison d’une éclosion de la COVID-19.

Le Manoir Sherbrooke a déjà commencé à faire tester tous ses résidents présentant « les moindres symptômes », procédure pour laquelle les employés emboîteront bientôt le pas. Une mention « urgente » sera demandée afin d’accélérer le processus d’analyse des résultats, indique l’organisation, qui a ordonné à tous ses résidents de demeurer dans leur appartement. 

« Depuis ce matin, les repas sont tous livrés aux appartements des résidents mangeant habituellement à la salle à manger », écrit-on par voie de communiqué. Or, les proches d’une résidente concernée indiquaient à La Tribune, dimanche après-midi, que celle-ci n’avait pas reçu de repas depuis le soir précédent. Le personnel lui aurait indiqué être débordé lorsqu’elle a réclamé son déjeuner.

Les Résidences Soleil ont également tenu à confirmer qu’à travers l’ensemble de ses établissements au Québec, aucun cas de décès lié au coronavirus n’avait été déclaré jusqu’à maintenant. 

Plusieurs résidents et employés seraient cependant en isolement préventif. 

« Évidemment, toutes les visites sont interdites et nous avons tout mis en place à l’aide des familles et de nos collaborateurs (épicerie, pharmacie, etc.) afin qu’aucun résident n’ait à sortir. Nous contrôlons ces deux volets de façon sévère grâce à nos réceptionnistes en poste 24/7 et nos employés en renfort. Toutes les mesures demandées par le gouvernement, et bien plus, sont en place », assure-t-on. 

Inquiétude au Manoir du musée

Depuis l’annonce d’un foyer de propagation de COVID-19 au Manoir Sherbrooke, une certaine inquiétude plane au Manoir du Musée, une autre résidence pour aînés de Sherbrooke appartenant aux Résidences Soleil. Michel Marier, un résident des lieux, craint que le virus se fraie un chemin jusque dans son milieu de vie.

La Tribune lui apprenait la nouvelle, dimanche matin, alors que celui-ci venait de sortir pour sa promenade en triporteur. « Ici, c’est pas fort sur la communication. Ce n’est pas drôle ça, ça veut dire que ça pourrait rentrer ici aussi. C’est à surveiller. Ici, il y a beaucoup de gens à risque, avec l’âge et différentes maladies. »

Si celui-ci craignait notamment que des employés puissent effectuer des quarts de travail dans les deux résidences, l’administration assure que ce n’est pas le cas. « Le seul est notre directeur régional et il ne s’y est pas rendu depuis trois semaines au minimum », affirme Katarina-Darkise Marcil, vice-présidente Expérience Client. 

Interrogé sur son niveau de stress en ces temps de pandémie, M. Marier s’est montré rationnel.  

« Il faut que nous soyons allumés là-dessus, mais pas pour m’empêcher de dormir. Il ne faut pas se mettre à risque, et il ne faut pas que ça rentre dans la bâtisse. Je sais ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Je suis une personne à risque, je n’ai pas l’intention d’aller dans des endroits où ce serait dangereux. Je vais me promener sur une piste cyclable ou des choses comme ça, juste pour avoir de l’air frais. » 

Dimanche matin, M. Marier pouvait toujours recevoir d’autres visiteurs dans son appartement, affirmait-il.

Également croisée à l’extérieur du Manoir du Musée, Rita Brin se disait pour sa part peu préoccupée par les événements. « On écoute, et on laisse faire. Ça ne m’intéresse pas et ça ne m’inquiète pas. Si je dois mourir, je mourrai », avance celle qui soufflera bientôt 92 bougies. 

Des conditions déjà « sévères » étaient appliquées aux résidents depuis plusieurs jours, fait-elle remarquer. 

« Depuis hier [samedi], on peut venir marcher ici juste un peu, dans le stationnement. Mais s’il y en a qui vont au magasin, c’est 48 heures où ils seront enfermés dans leur logement », explique-t-elle. 

 

Si le virus a rapidement réussi à infecter plusieurs personnes au Manoir Sherbrooke, Michel Marier craint que la même chose se produise au Manoir du Musée, là où il vit.