Membre fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire au début du millénaire, Dominique Boisvert vient ainsi à faire don de l’ensemble de ses archives personnelles au groupe de Québec au cours du mois de mars.
Membre fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire au début du millénaire, Dominique Boisvert vient ainsi à faire don de l’ensemble de ses archives personnelles au groupe de Québec au cours du mois de mars.

La simplicité volontaire du nouveau maire

Maxence Dauphinais-Pelletier
Maxence Dauphinais-Pelletier
La Tribune
Depuis son élection en novembre dernier, le nouveau maire de Scotstown épluche les dossiers qu’il devra mener de front pour sa municipalité d’adoption. Et même s’il est à la tête d’un tout petit village de moins de 500 personnes, ils sont nombreux, ces dossiers. Dominique Boisvert a donc fait du ménage dans ses classeurs. On pourrait presque parler d’une œuvre... de simplicité volontaire.

Venu s’établir en Estrie pour profiter d’une retraite bien méritée, Dominique Boisvert est avocat, il a principalement œuvré en milieu communautaire, en solidarité internationale et en défense des droits humains, il a longtemps agi comme conférencier reconnu et a été l’auteur en 2005 aux éditions Écosociété de l’ABC de la simplicité volontaire.

Membre fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire au début du millénaire, il vient ainsi à faire don de l’ensemble de ses archives personnelles au groupe de Québec au cours du mois de mars.

Devant l’ampleur de ses nouvelles tâches de maire, Dominique Boisvert donnera aussi le 9 mai prochain à la Grande Bibliothèque de Montréal sa dernière conférence sur le sujet, lui qui a propagé le mouvement aux quatre coins de la province au début des années 2000, entre autres après la parution de L’ABC de la simplicité volontaire, devenu un véritable livre de référence.

« J’ai consacré près d’une vingtaine d’années à faire avancer cette cause qui m’est encore très chère. Je suis moins impliqué que je l’ai déjà été, évidemment, et je m’apprête à aller donner ce qui sera probablement ma dernière conférence liée à la simplicité volontaire », fait savoir celui qui espère laisser la place à la relève pour mener de front cette bataille de conscientisation, qui lui tient toujours autant à cœur.

De nouvelles formes de simplicité

Le principe de la simplicité volontaire est ancré dans la mémoire des Québécois plus que partout ailleurs dans le monde, selon Dominique Boisvert. Cependant, la forme que prend le mouvement a quelque peu changé avec la montée en popularité de la simplicité fiscale, un concept qui fut prêché à profusion par les avocats de la simplicité volontaire.

« Au début des années 2000, ça a frappé l’imaginaire des gens et les médias s’y intéressaient activement. L’engouement a beaucoup diminué depuis, à l’exception de la région de Québec, où il y a encore un groupe de simplicité volontaire qui s’implique activement. Ça a été remplacé d’une certaine façon par le livre de Pierre-Yves McSween, qui a connu un succès commercial phénoménal. »

« Ça démontre que l’attention s’est déplacée vers cette branche de simplicité », explique l’auteur de L’ABC de la simplicité volontaire.

« L’expression « en as-tu vraiment besoin ?» a beaucoup été utilisée tout au long de la période forte de la simplicité volontaire, c’était un message qu’on relayait souvent. C’est une manière efficace de distinguer un désir d’un besoin, ce qui accomplit un de nos buts principaux. Dans cette optique-là, on est reconnaissant du travail qu’il a accompli avec son ouvrage à succès. »

Place à l’amélioration

Quant aux comportements de consommation des Québécois, M. Boisvert croit que malgré certains signes de progrès non négligeables, il est temps de passer de la parole aux actes.

« Quand on regarde les chiffres, les Québécois ne sont pas plus environnementaux qu’ailleurs au pays. On se dit soucieux, mais nos comportements ne suivent pas toujours nos paroles. Je crois que nos valeurs fondamentales de société n’ont malheureusement pas changé, ce qui explique que la consommation de masse reste au cœur de nos vies. Le point de bascule est encore très loin, l’économie étant encore axée sur les valeurs de croissance et de consommation, comme partout en Occident. »

Un sentiment d’urgence devrait se développer à mesure que l’environnement se dégrade, soutient le nouveau maire de Scotstown, en faisant allusion à un éventuel manque de ressources.

« Les réserves naturelles sont surexploitées de manière plus importante chaque année. L’eau potable est en train de devenir une ressource rare qui pourrait être au centre de nombreux conflits militaires dans le futur, ce qui démontre l’importance de bien l’utiliser. Il ne faut pas s’accaparer les ressources et les exploiter à outrance. »

Le précurseur québécois de la simplicité volontaire n’a peut-être plus le temps de mener ce combat, mais le mouvement perdure, par sa nécessité et son adaptabilité.

« Ça prend toute sorte de formes maintenant au-delà des expressions de simplicité volontaire. Les gens sentent le besoin d’apprendre à se comporter différemment par rapport à la planète et la consommation », conclut-il avec espoir.