Le professeur Félix Berrigan de l’Université de Sherbrooke.

La sédendarité a des impacts

Quels peuvent être les impacts pour un enfant de se retrouver complètement sédentaires pendant la période estivale?

Un enfant qui ne bouge pas pendant des semaines trouvera plus difficile de recommencer à faire des activités lorsqu’il devra s’y remettre, note Félix Berrigan, professeur à la faculté d’éducation physique et sportive de l’Université de Sherbrooke.

« Ce que ça a comme effet, c’est que c’est moins plaisant, donc on a moins le goût de continuer. C’est vrai pour tout le monde. Plus on est régulier dans notre pratique, plus ça devient facile, plus ça devient ancré dans nos habitudes. »

Certains parents ont l’impression qu’« envoyer » leurs enfants jouer dehors s’avère presque une punition, ceux-ci ne sachant pas trop quoi faire.

Le jeu libre existe-t-il encore en 2018? « Ce n’est pas facile à mesurer... Mais ce qu’on se rend compte, c’est que si on commence à développer en bas âge des habiletés motrices assez variées chez les jeunes, ils ont une facilité plus grande à être actifs dans différents contextes. Si on a des jeunes qui ont été peu ou pas actifs en bas âge, quand on les prend dans la même situation, ils ont plus de difficultés. Les jeunes sont quand même attirés plus par ça (les activités libres, entre amis...) que les ligues sportives. »

Période charnière

À quel point le fait d’être sédentaire pendant l’enfance ou l’adolescence pourra influencer la forme physique plus tard?

« Il existe une relation : moins je suis actif étant jeune, plus j’ai de chances d’être inactif quand je suis à l’âge adulte. Dépendamment des études, le lien est plus ou moins fort parce que ça n’explique pas tout en soi. Je peux me découvrir une passion pour le sport beaucoup plus tard... À l’inverse, on a des jeunes très actifs, jusqu’à l’université, et tout d’un coup quand la structure disparaît, la vie familiale embarque, beaucoup diminuent leur pratique et ça repart vers 45, 50 ans, quand les enfants sont plus grands. Il y a vraiment une multitude de facteurs qui entrent en ligne de compte... Ça explique une partie, mais ce n’est pas tout. »

Il existe aussi une période charnière pour le développement. « Entre 0 et 12 ans, c’est la période de développement des habiletés motrices fondamentales (..) À partir de 3-4 ans, on parle d’activités motrices fondamentales comme sauter, courir, lancer, attraper. Il y a vraiment une période charnière dans le sens où ces habiletés-là s’acquièrent plus facilement avant l’âge de 12 ans. »

D’ailleurs, fait remarquer Félix Berrigan, de pratiquer une multitude de sports jusqu’à l’âge de 12 ans favorise la performance à un haut niveau. Pourtant, les gens qui se spécialisent dans une discipline, comme un futur joueur de hockey, se mettent souvent à pratiquer un seul sport. Il souligne d’ailleurs qu’au dernier repêchage de la Ligue de football américaine NFL, dans tous les choix de première ronde, une forte majorité des joueurs ont un parcours multisport jusqu’à l’âge de 13 ou 14 ans. isabelle pion