Dr Alain Poirier
Dr Alain Poirier

La Santé publique de l’Estrie débordée

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
La Santé publique de l’Estrie est complètement débordée. Avec l’augmentation importante du nombre de cas positifs en Estrie depuis un peu plus d’une semaine, l’équipe doit appliquer son plan de contingence afin de rattraper le retard accumulé.

« Comme ça se fait dans d’autres secteurs d’activités quand il y a des débordements, on doit mettre en place notre plan de contingence », souligne le directeur de la Santé publique de l’Estrie, le Dr Alain Poirier.

Par exemple, les enquêteurs de la Santé publique demandent aux personnes déclarées positives à la COVID-19 d’aviser eux-mêmes leurs contacts étroits qu’ils doivent s’isoler immédiatement.

« On va demander aux gens qui sont des cas positifs d’aviser eux-mêmes leurs contacts étroits quand ils le peuvent, quand ce sont des contacts très étroits, de la même famille, des gens qu’ils connaissent bien. On va fournir des outils dans l’enquête par téléphone, mais aussi par courriel, pour qu’ils puissent relayer l’information », indique le Dr Poirier.

« Pour tous les autres milieux, les milieux de garde, milieux scolaires, les entreprises, on va continuer de travailler pour retrouver les contacts. Et les gens qui auraient d’autres difficultés, que ce soit au niveau de la langue, de la compréhension des consignes, on va aussi continuer de le faire. Mais autant que faire se peut, nos enquêteurs vont demander la collaboration des contacts pour qu’ils rejoignent leurs contacts les plus étroits », ajoute le Dr Poirier.

Dans la dernière semaine (du 1er au 7 décembre), l’Estrie a enregistré 730 nouveaux cas positifs. Un record absolu : le précédent record était de 495 nouveaux cas en une semaine.

Mais le Dr Poirier insiste : « Les cas sont toujours enquêtés. Nos nouvelles mesures sont transitoires », assure-t-il.

Ces délais inhabituels ont provoqué de la tension dans certains milieux au cours de la dernière semaine. Michelle, qui préfère taire son identité, est éducatrice en milieu familial. Une enfant fréquentant son milieu a été testée positive jeudi dernier. 

Lors de l’enquête, le père de l’enfant a donné les coordonnées de l’éducatrice de son enfant parce que celle-ci est un contact rapproché de la petite, ainsi que les autres enfants de la garderie. Mais le téléphone est resté muet jusqu’à lundi après-midi, après que Michelle ait fait de multiples démarches pour tenter d’avoir des éclaircissements de la Santé publique.

« Qui doit être en quarantaine dans mon service de garde, dans ma propre famille, combien de temps? Et c’est sans compter qu’il faut avoir une lettre ou une preuve de la Santé publique pour avoir droit aux prestations canadiennes pour combler notre perte de revenus », soutient l’éducatrice qui dit avoir vécu beaucoup de stress durant cette période « dans le néant ».

« Avec toute notre charge de travail des derniers jours, oui, il est possible qu’il y ait eu des délais comme celui-ci. Mais on est en train de tout calibrer de nouveau pour réduire ces délais », admet le directeur de la Santé publique de l’Estrie.


« On a du nouveau personnel qui est en formation, il y en a déjà qui sont à l’œuvre pour nous aider à rattraper notre retard. »
Alain Poirier

« Il faut savoir que nos enquêtes sont séparées en étapes : l’appel initial, l’enquête détaillée et la recherche des contacts. La première étape, c’est d’aviser quelqu’un qu’il est positif, qu’il doit s’isoler, et maintenant qu’il doit aviser ses contacts. Ça, on ne prend jamais de retard. »

« Ensuite, c’est l’enquête détaillée, pour connaître l’histoire, et là, oui, on a pris du retard. On a du nouveau personnel qui est en formation, il y en a déjà qui sont à l’œuvre pour nous aider à rattraper notre retard », ajoute le Dr Poirier.

« Dans le plan de contingence, nous avons aussi établi que nos équipes d’éclosions vont travailler avec des organisations plus larges. Par exemple, dans le milieu scolaire, au lieu de parler avec les directions et avec tous les professeurs, on monte au niveau du centre de services scolaire. Ça va faire bientôt 10 mois qu’on travaille avec certains milieux, comme le milieu scolaire, alors ils sont capables de faire une partie de ce qu’on faisait pour nous aider », mentionne-t-il.