La santé psychologique de milliers d’étudiants des cégeps et des universités de Sherbrooke se retrouve sous la loupe du Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale de l’Université de Sherbrooke. Ci-dessus, la directrice du Centre RBC, Julie Lane, aussi professeure à l’Université de Sherbrooke, et Félix Guay-Dufour, consultant interne en psychologie organisationnelle.

La santé mentale des étudiants sous la loupe

PRIMEUR / La santé psychologique de milliers d’étudiants des cégeps et des universités de Sherbrooke se retrouve sous la loupe du Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale de l’Université de Sherbrooke. Le centre veut entre autres recenser les initiatives qui améliorent le bien-être des jeunes.

« On le voit de plus en plus dans les médias, il y a de plus en plus d’enjeux d’anxiété et de stress chez les étudiants », rappelle la directrice du Centre RBC, Julie Lane, aussi professeure à l’Université de Sherbrooke.

Selon des données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) de 2016-2017, « le nombre d’élèves au secondaire ayant un niveau élevé de détresse psychologique s’élève à 29 %, contre 21 % en 2010-2011 ».

Dans un document détaillant le projet, le centre cite une étude selon laquelle les jeunes de 15 à 24 ans correspondent au groupe d’âge avec le plus haut taux de détresse psychologique. Les impacts se reflètent notamment par la hausse des demandes d’aide dans les cégeps et les universités.

Un portrait de la situation sera d’abord tracé dans chacun des établissements, voir quels sont les enjeux existants et les initiatives en place. Un sondage est mené à l’UdeS pour avoir un portrait de la situation des étudiants. Un autre sondage provincial mené par l’Union étudiante du Québec (UEQ) servira également à documenter la situation.

« Il y a tellement de données et de rapports qui documentent la situation actuelle (...) que l’on est plus dans la recherche de solutions que de faire l’état de la situation », commente Félix Guay-Dufour, consultant interne en psychologie organisationnelle.

« On va s’appuyer sur ce qui se fait déjà dans les établissements, sur ces portraits-là, et en parallèle, on fait une recension de ce qui existe un peu partout dans le monde, d’initiatives inspirantes et probantes qui font l’objet d’évaluations et qui ont entraîné des retombées positives auprès des étudiants. Tout ça va permettre à chacun des établissements d’identifier des initiatives qui apparaissent plus prometteuses que d’autres. On va discuter avec les étudiants pour voir si ça fait du sens pour eux », indique Mme Lane.

« Dans ce projet-là, on va vraiment travailler dans une approche où on va mobiliser les étudiants, dans le choix des initiatives qui seront mises en place, dans leur adaptation. »

Le but est d’agir sur certains facteurs de risque, dont la faible estime de soi et l’intolérance à l’incertitude.

« Les étudiants qui arrivent à l’université sont dans une période de transition à l’âge adulte. Ça génère beaucoup d’émotions... » commente Mme Lane.

Une des préoccupations est d’évaluer les pratiques mises en place et les retombées, voir si elles contribuent réellement à faire diminuer le stress ou l’anxiété des étudiants.

L’objectif est que des initiatives soient implantées à compter de la prochaine rentrée scolaire.

Le « Projet innovant de promotion de la santé psychologique et du bien-être de la communauté étudiante de l’Estrie » englobera les universités de Sherbrooke et de Bishop’s, de même que le Cégep de Sherbrooke, l’ordre collégial du Séminaire de Sherbrooke et le campus de Lennoxville du Collège régional Champlain.

Le projet a récemment reçu un appui financier de 50 000 $ du nouveau Pôle régional en enseignement supérieur de l’Estrie. Le Centre RBC entend investir le même montant et souhaite également dénicher d’autres partenaires financiers.

De la prévention du primaire à l’université

Un projet-pilote sera lancé dans une école primaire pour outiller les élèves à composer avec le stress et l’anxiété. « Notre souhait, c’est qu’on puisse avoir un continuum de projets qui permettent d’outiller les jeunes à développer leurs compétences psychosociales (...) tout au long du parcours scolaire », indique Julie Lane, directrice du Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale.

Un programme de prévention des troubles anxieux et d’autres troubles d’adaptation a été déployé dans des écoles secondaires de la région, dont au Collège du Mont Notre-Dame, au Triolet et à Mitchell-Montcalm, mais aussi dans d’autres régions. Il offre une série d’ateliers en première et deuxième secondaire, et la suite est en développement pour les autres niveaux. Le programme pourrait aussi être lancé à l’école internationale du Phare.

Le programme permet de développer les compétences psychosociales et compte deux volets, soit la prévention universelle et un volet d’intervention précoce pour les élèves plus vulnérables. 

« À partir de septembre, c’est 25 écoles à travers le Québec qui l’implantent. L’année d’après, ce sont 45 écoles. On va faire un déploiement progressif pour l’implanter dans l’ensemble des écoles », commente Mme Lane.

« Ce programme-là suscite un engouement auprès des écoles, mais aussi auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux qui l’a dans sa mire, pour éventuellement en faire un programme provincial, en collaboration avec le ministère de l’Éducation. »    

L’approche sera différente au primaire. « On va outiller des enseignants volontaires à s’approprier une sorte de guide avec plusieurs activités très courtes que les enseignants peuvent faire à travers leur journée d’enseignement. »

« Malheureusement au Québec, dans les dernières années, ce n’est pas une donnée qu’on a assez prise en considération, mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suggère de développer des compétences psychosociales chez les élèves et les étudiants. Quand on parle de compétences psychosociales, on inclut là-dedans la régulation des émotions et du stress. On voit dans d’autres pays comment ces compétences-là sont développées beaucoup plus précocement, même au primaire, à la maternelle. Ici, au Québec, on n’est pas très avancé à ce niveau-là », remarque Julie Lane. Certaines des initiatives du centre, notamment avec le nouveau projet, viseront à développer ce type de compétences