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Céline Guéguen, professeure du département de chimie de l'UdeS, et Jean-Pierre Perreault, vice recteur à la recherche et aux études supérieures de l’UdeS, ont expliqué le fonctionnement des bouées flottantes.
Céline Guéguen, professeure du département de chimie de l'UdeS, et Jean-Pierre Perreault, vice recteur à la recherche et aux études supérieures de l’UdeS, ont expliqué le fonctionnement des bouées flottantes.

La santé du lac Memphrémagog surveillée en continu par l’UdeS

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
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Source d’eau potable de 175 000 personnes à Sherbrooke et à Magog, le lac Memphrémagog sera bientôt surveillé en continu par des chercheurs multidisciplinaires de l’Université de Sherbrooke.

L’institution d’enseignement a annoncé mercredi, en présence de plusieurs élus municipaux et fédéraux, la mise en place d’un observatoire permanent pour documenter la qualité des eaux et la santé de ce lac de 42 kilomètres qui s’étend de Magog jusqu’à Newport au Vermont.

Cet observatoire permanent reposera sur une demi-douzaine de bouées flottantes équipées d’instruments de mesure qui relaieront des données en continu comme la température de l’eau, l’oxygène, le PH, la chlorophylle et plusieurs autres paramètres.

Les bouées seront déployées dans la portion québécoise du lac, depuis sa frontière avec le Vermont jusque dans la baie de Magog, et seront en fonction 12 mois par année.

«Jusqu’à aujourd’hui, la surveillance du lac se faisait essentiellement en été pour des raisons logistiques et pratiques, mais on a l’expertise à l’UdeS pour le faire aussi en hiver », explique la professeure Céline Guéguen, du département de chimie de la Faculté des sciences de l’UdeS, qui sera responsable de l’observatoire et de la constitution de l’équipe multidisciplinaire qui réunira des collègues en génie chimique, en sciences et en environnement, bien sûr, mais aussi en droit de l’environnement et en politique appliquée internationale par exemple.

«À terme on veut que les données de cette sonde nous arrivent directement à l’université d’où on pourra les communiquer en direct à tous nos partenaires. On aura également un site internet sur lequel les citoyens vont pouvoir consulter les différents paramètres.»

Plusieurs menaces

La santé du lac Memphrémagog, on le sait, est menacée par plusieurs facteurs, dont des apports excessifs de phosphore, la présence d’espèces envahissantes, le développement des algues bleu-vert, les activités récréatives, l’agrandissement du dépotoir de Coventry au Vermont et les rejets de produits toxiques, sans oublier les impacts des changements climatiques, a mis en contexte le vice-recteur à la recherche et aux études supérieures de l’Université de Sherbrooke, le professeur Jean-Pierre Perreault. 

Et s’il y a déjà beaucoup d’efforts de recherche qui sont faits, c’est de façon individuelle, sans véritable cohésion. 

« Il est urgent de mettre sur pied un programme permanent de surveillance en continu de la santé du lac afin de protéger ce joyau régional de façon durable et écoresponsable et d’intervenir rapidement en cas de besoin», dit celui qui se démène depuis plusieurs mois pour monter le projet. 

« Pour l’Université de Sherbrooke, cela s’inscrit tout naturellement dans sa mission ainsi que dans ses priorités de recherche pour répondre aux enjeux sociaux.»

Le lancement de l’observatoire arrive quelques mois après qu’on ait détecté pour la première fois la présence de contaminants de type perfluorés (PFAS) à la source d’eau potable de la ville de Sherbrooke dans le lac, dont on soupçonne qu’ils pourraient émaner du Vermont. 

«C’est une menace importante, reconnaît le professeur Perreault, qui est biochimiste de formation. On peut voir du côté américain que certains niveaux ont été détectés dans plusieurs lacs. Les enjeux sont très sérieux et plutôt que d’attendre d’avoir des enjeux trop sérieux, il vaut mieux prendre les choses en main. C’est aussi l’importance de l’annonce d’aujourd’hui de déployer une première bouée qui va être la ligne zéro dans le temps. À partir de là on va savoir exactement ce qui se passe dans le futur.»

Urgent, mais complexe

«C’est urgent d’agir, mais en même temps c’est hypercomplexe, parce que ça touche les trois paliers de gouvernement», a renchéri la mairesse de Magog Vicki-May Hamm en rappelant aussi la place importante du lac comme moteur récréotouristique.  

«D’avoir un suivi rigoureux et scientifique, ça va venir nous appuyer dans nos démarches comme politiciens. Quand on va au front pour défendre la qualité de l’eau, ce ne sera pas juste une perception ou une inquiétude, ce sera appuyé sur des données scientifiques probantes», ajoute Mme Hamm.

Chaque bouée avec ses instruments de mesure coûte plus de 75 000 $. La première doit être installée dans les prochaines semaines et permettra à l’Observatoire de produire ses premiers résultats pour convaincre les partenaires d’investir dans le projet, entrevoit-on.

Ces municipalités, MRC, ministères, organismes environnementaux et associations de riverains seront également réunis à l’automne avec l’intention d’instaurer un forum de dialogue et d’échange d’information et y intégrer les travaux de recherche, souligne la professeure Guéguen.

«Nous commencerons par les organismes et institutions et nous rejoindrons par la suite les citoyens », annonce-t-elle.

Quant au financement des opérations, il est question d’adresser des demandes dans les différents fonds de recherche concernés au pays.

«Il y a une trentaine de lacs transfrontaliers comme le Memphrémagog au Canada et aucun n’a une surveillance comme celle qu’on va faire ici, termine le professeur Perreault. On va faire banc d’école pour l’ensemble du Canada à partir du Memphrémagog.»

Jean-Pierre Perreault, vice-recteur à  l’UdeS, Lyne Bessette, députée de Brome-Missisquoi, Vicki-May Hamm, mairesse de Magog, Céline Guéguen professeure à l'UdeS, et Steve Lussier, maire de Sherbrooke, ont participé à la conférence de presse tenue près du lac Memphrémagog mercredi.