Des propriétaires de terrains menacent de retirer le droit de passage des motoneiges si la Ville ne leur accordent pas un changement de zonage.

La saison de motoneige compromise pour une question de zonage?

Les sentiers de motoneige reliant Magog à Sherbrooke pourraient être bloqués pour la saison hivernale qui approche. Des propriétaires de terrains situés près de l’autoroute 10, dans le secteur du chemin Laliberté, songent à interdire le droit de passage sur leur propriété si la Ville de Sherbrooke leur refuse un changement de zonage. Or, les élus ont rejeté la modification proposée lundi dernier.

Les promoteurs Mario Beauchesne et Michael Laroche souhaitaient retrouver les usages qui leur étaient permis sur leur terrain avant la révision du règlement de zonage pour l’ensemble de la ville. Quand ils sont devenus propriétaires, y étaient permis les commerces de gros, les commerces de service, le commerce de détail et l’industrie légère. Sur les terrains voisins, on retrouve une compagnie de toiture, une compagnie de pieux et un commerce de gros de machines.

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Une fois le nouveau zonage approuvé, les terrains ne pouvaient servir qu’à l’agriculture, aux habitations unifamiliales, aux activités récréatives ou aux activités de conservation.

Les lots concernés sont situés à l’extérieur du périmètre d’urbanisation. La modification souhaitée « va à l’encontre des orientations et attentes gouvernementales déjà exprimées par le passé » et « irait à l’encontre des stratégies du [schéma d’aménagement] visant à optimiser l’occupation du territoire urbanisé », lit-on dans les documents municipaux.

« C’est une recommandation défavorable de nos services et du comité consultatif d’urbanisme (CCU). Les promoteurs voulaient passer de l’affectation rurale forestière à rurale. Ce que ça leur permettait, c’était une plus grande possibilité d’usages. Après vérification avec le ministère des Affaires municipales, parce que c’est à l’extérieur du périmètre urbain, il n’était pas recommandé d’aller de l’avant avec ce changement », résume le conseiller Vincent Boutin, président du CCU.

Le maire Steve Lussier ne souhaite pas mélanger les dossiers du changement de zonage et du passage des motoneigistes. « Je me rallie à mes collègues par rapport aux explications. En parallèle, de mon côté, nous sommes intervenus au bureau du ministre des Transports, M. [François] Bonnardel. Au Québec, on se retrouve avec des impasses année après année quand on essaie de repasser les sentiers de motoneige. Les propriétaires doivent donner un droit de passage. Ça devient compliqué quand le terrain est vendu : le droit de passage tombe. Dans le cas présent, le sentier passait exactement là où on avait une demande de changement de zonage. Nous avons interpellé le gouvernement pour trouver une solution pour passer la motoneige dans ce secteur. »

Ne pas se laisser intimider

Marc Denault dénonce la stratégie des promoteurs. « C’est malheureux. Les gens veulent se servir d’un changement d’usage pour avoir leur objectif. Ils disent qu’ils vont bloquer le sentier de motoneige. C’est la première fois que je vois une négociation se faire de cette façon-là. C’est particulier. Je suis d’accord avec la situation. Il ne faut pas se laisser intimider. »

Un des propriétaires, Michael Laroche, se dit déçu du verdict de la Ville. Il doit s’entretenir avec ses voisins pour convenir de la suite des choses. « Nous étions tous à la même réunion et les représentants de la Ville nous avaient donné leur parole qu’ils recommanderaient le changement de zonage. Personne n’ira construire une maison unifamiliale sur le bord de l’autoroute. Nous avions agi de bonne foi en débloquant les sentiers l’an dernier parce que la Ville nous avait donné sa parole qu’elle recommanderait le zonage. »

M. Laroche dit ne pas en vouloir aux motoneigistes, dont le sentier passe principalement sous la ligne de transport électrique appartenant à Hydro-Québec. Mais il convient qu’il s’agit du seul levier dont il dispose. « Nous avons une bonne collaboration avec les motoneigistes. Nous les rencontrerons sûrement bientôt pour voir ce qui se passera et nous redemanderons certainement une rencontre avec le maire. »

Au bureau du ministre François Bonnardel, on confirme avoir été avisé de la situation. M. Bonnardel est entré en contact avec le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, pour qu’il analyse le dossier. Des démarches sont en cours, dit-on, pour bien comprendre la situation et arriver avec une solution rapidement. Le dossier est qualifié de prioritaire.