Dimanche, une trentaine de membres de la communauté algérienne en Estrie ont manifesté leur soutien à la révolution du sourire, ce mouvement de contestations qui fait rage en Algérie depuis février 2019.
Dimanche, une trentaine de membres de la communauté algérienne en Estrie ont manifesté leur soutien à la révolution du sourire, ce mouvement de contestations qui fait rage en Algérie depuis février 2019.

La révolution du sourire a des échos jusqu’en Estrie

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
L’impasse démocratique à laquelle fait face l’Algérie depuis février a eu des échos jusqu’à Sherbrooke, dimanche, alors qu’une trentaine de personnes issues de la communauté algérienne en Estrie se sont rassemblées pacifiquement devant l’hôtel de ville. À quatre jours des redoutées élections présidentielles du pays, les manifestants ont exigé que les cris du cœur de leurs semblables soient écoutés.

« On veut leur montrer que les gens qui ne sont pas dans le pays sont touchés aussi bien que les Algériens et les supportent dans ce combat, explique la citoyenne d’origine algérienne Soraya Mahiout. Il y a un dialogue de sourds en ce moment : le peuple crie à la démocratie, à un vote représentatif et à une réelle transition, et on ne l’écoute pas. On fait fi de la volonté du peuple et on monte une mascarade. C’est carrément une mascarade que montent les gens au pouvoir là-bas. »

La campagne électorale pour la présidentielle prévue jeudi en Algérie, afin de remplacer l’ex-président déchu Abdelaziz Bouteflika, a pris fin dimanche après trois semaines marquées par un rejet massif du scrutin par la population.

Les cinq prétendants ont eu le plus grand mal à faire passer leur message face au « Hirak », le mouvement de contestation qui ébranle l’Algérie depuis le 22 février, au point qu’il est difficile de désigner un favori. « Les candidats qui sont présentés ne représentent pas le peuple », commente Mme Mahiout.

« Le peuple ne veut pas ces élections. Ce seront des élections trafiquées, falsifiées », renchérit Nadia Choubane, qui a quitté l’Algérie pendant la décennie noire.

Vendredi encore, des foules immenses ont défilé à Alger et dans le reste du pays contre le pouvoir et la présidentielle de jeudi. Après avoir obtenu en avril la démission de M.Bouteflika, président pendant 20 ans, le peuple réclame désormais le démantèlement du « système », au pouvoir depuis l’indépendance en 1962.

« Les manifestations ne sont pas juste en Algérie, c’est partout dans le monde, note Mme Choubane. Le peuple en a marre de vivre dans ces conditions-là. L’Algérie est un pays riche et les gens souffrent parce qu’ils n’ont pas le moyen de se nourrir adéquatement. Les gens en Algérie sont les plus instruits en Afrique du Nord et ils n’arrivent pas à trouver du travail pour pouvoir vivre dignement, parce que c’est tout ce qu’ils veulent : vivre avec dignité. »

Dimanche, les manifestants sherbrookois ont entonné l’hymne national de l’Algérie, brandissant des panneaux écrits « non au vote » ou « non aux élections de la honte ». Des gestes bien cohérents avec cette « révolution du sourire », qui se caractérise par son pacifisme, comme l’avancent les deux citoyennes.

« Ça fait longtemps que le peuple se révolte, mais c’est la première fois depuis l’histoire de l’Algérie où tous les Algériens dans toutes les villes ont le même discours depuis la guerre d’indépendance, indique Mme Choubane. Je suis allée en Algérie cet été et j’ai participé à deux marches. C’est la première fois où j’ai été aussi fière de mon peuple. Ils se taisent en passant devant les hôpitaux, et, après la marche, des bénévoles viennent tout ramasser. C’est remarquablement respectueux. »

Selon elle, le gouvernement canadien aurait intérêt à intervenir, « puisque ce que défend le gouvernement ici, ce sont les valeurs démocratiques ».

En Estrie, la communauté algérienne représenterait au moins 1000 personnes, en incluant les étudiants et les enfants, indique Mme Choubane, qui est membre de l’Association algérienne de l’Estrie. Avec Agence France-Presse