Julie Myre-Bisaillon
Julie Myre-Bisaillon
Julie Myre-Bisaillon.
Julie Myre-Bisaillon.

La rentrée, la rentrée

CHRONIQUE / Pour moi, l’objectif de l’école devrait être de former des humains les plus complets possible. Pas juste des p’tits bolés en math, des futurs écrivains, des Mozart ou des Duvernay-Tardif (on mettrait la barre un peu haute ici). Leur permettre de s’ouvrir sur le monde en expérimentant des trucs (j’utilise volontairement le mot trucs pour rester floue) dans plusieurs domaines (bis).  

La rentrée de cette année sera particulière.  Il n’y a pas eu de fin d’année, il y a eu une petite fin du monde. Une pandémie qui nous a obligés collectivement à mettre pause. Maintenant, il faut reprendre peu à peu. Et, pour être honnête, j’en ai un peu marre d’entendre que les enfants seront en retard. En retard sur qui? En retard sur quoi?

Tout le monde s’est arrêté. Tout le monde, comme dans la planète au complet.

Le programme? En retard sur le programme? Le programme est un guide qui ne doit pas être guidé par un manuel scolaire. Donc, si collectivement on a mis pause, peut-être qu’on doit reprendre collectivement aussi, sans capoter, sans tomber dans le piège de vouloir rattraper ce retard qui dans les faits n’existe peut-être pas. Certains auront eu la chance d’être mieux accompagnés que d’autres, certains auront eu davantage de moyens que d’autres. C’est comme ça dans la vie, Pandémie ou non. Ça porte à réfléchir sur l’égalité des chances pour tous. Ben non. On ne naît pas tous égaux, on ne grandit pas tous égaux. Mais l’école devrait tendre à développer les enfants également.

Je dis toujours à mes étudiants qui deviendront enseignants plus tard que la principale compétence à développer c’est leur capacité d’adaptation. Les enseignantes et les enseignants font preuve d’adaptation tous les jours. Du jour 1 à leur retraite. C’est difficile enseigner. Monsieur le ministre de l’Éducation, on n’a pas juste besoin davantage de tablettes et ordinateurs à la maison, on a besoin de soutien pour le corps enseignant dans les écoles. Ça aurait été une belle occasion pour faire des plus petits groupes, mais on n’a pas assez de locaux, pas assez d’enseignants et d’enseignantes, on n’a jamais assez pour avoir les moyens de nos ambitions pis être fous de nos enfants pour vrai.

Alors, il faut aimer nos enfants, c’est la première condition pour vivre cette rentrée le plus sereinement possible, à l’école comme à la maison. Pis arrêter de capoter. Se reposer la question sur les essentiels qui, pour moi, ne trouvent pas seulement réponse dans le français et les mathématiques, mais aussi dans le sport, la musique, le théâtre. Faire moins dans les manuels scolaires et plus dans l’expérientiel. On y trouvera peut-être plus de sens chaque jour et on prêtera peut-être moins d’attention à ces « retards » scolaires.

Je suis professeure d’université en éducation depuis presque 20 ans. Je suis maman de deux adolescentes, en fait une jeune adulte qui entre au cégep et une ado qui débute son troisième secondaire. 

Je vais venir vous jaser de temps en temps. Vous partager mes réflexions sur l’école. Mais jamais je ne critiquerai le travail des enseignantes et des enseignants.

Julie Myre-Bisaillon est professeure titulaire à la faculté éducation de l’Université de Sherbrooke