À Sherbrooke, les milieux humides représentent environ 31,4 km2 de surface, soit 8,6 % du territoire.
À Sherbrooke, les milieux humides représentent environ 31,4 km2 de surface, soit 8,6 % du territoire.

La protection des milieux humides soulève des questions

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
 La protection des milieux naturels sherbrookois a suscité plusieurs questions, mercredi soir, alors que la Ville de Sherbrooke organisait une séance d’information sur la réalisation d’un plan de protection et de conservation des milieux humides et hydriques. Quels sont les droits acquis des promoteurs pour construire dans des milieux humides? Le montant versé en compensation pour la destruction des milieux humides est-il suffisant? La Ville pourra-t-elle empêcher la destruction de milieux humides de grande valeur en attendant l’entrée en vigueur de son plan? Telles sont les questions revenues fréquemment.

Le document à produire par la Ville, appelé Plan nature, est rendu obligatoire par le ministère de l’Environnement et devra être déposé d’ici juin 2022. « Ce plan nous permettra d’avoir une vision d’ensemble de milieux naturels de notre territoire pour permettre un aménagement durable. Nous avons décidé d’y inclure les milieux terrestres en plus de milieux humides et hydriques. Ce sera une manière d’augmenter la prévisibilité pour le développement du territoire et une excellente occasion de mieux connaître et réfléchir notre territoire », résume Ingrid Dubuc, directrice du Bureau de l’environnement à la Ville de Sherbrooke. 

Jean-Philippe Boyer, agent de projet en environnement, a expliqué ce qu’est un milieu humide et l’importance de ce type d’écosystème. Sont considérés comme des milieux humides les étangs, les marais, les marécages et les tourbières. Sur le territoire de la ville de Sherbrooke, ils représentent environ 31,4 km2 de surface, soit 8,6 % du territoire. « Ils agissent comme des filtres pour l’air et l’eau et réduisent la pollution. Ils diminuent le ruissellement urbain et atténuent les inondations. » Ils captent aussi neuf fois plus de CO2 que les forêts et contribuent à lutter contre les changements climatiques. 

Chantal Pelchat, chargée de projet en environnement, rappelle que si un promoteur doit détruire ou perturber un milieu humide lors de ses travaux, il doit payer une compensation au ministère de l’Environnement. À Sherbrooke, elle se situe à 45,61 $/m2 pour les milieux humides et à 65,61 $/m2 pour le littoral. « Pour le moment, les projets sont évalués à la pièce, alors que le plan nous permettra d’avoir une vue d’ensemble, non seulement à l’échelle de la Ville, mais pour l’ensemble de l’Estrie. Nous voulons assurer une gestion cohérente par bassin versant. »

Une période de 45 minutes a été réservée aux questions des citoyens, une période insuffisante pour traiter toutes les demandes obtenues. Tous ont reçu la promesse d’une réponse par courriel à défaut d’une réponse pendant la séance d’information.

Karine Blanchette a demandé si un pourcentage d’espace forestier peut être exigé lors d’un projet immobilier.

Lyne Dansereau, urbaniste-coordonnatrice, répond qu’après une caractérisation des milieux, les forêts anciennes seront protégées. « Dans la loi sur l’aménagement, on prévoit 10 % pour des fins de parc. Dans les faits, on constate qu’il y a souvent au-delà de 10 % de conservation parce que ça inclut les milieux hydriques et humides. »

Ingrid Dubuc, directrice du Bureau de l’environnement à la Ville de Sherbrooke.

Raphaël Cliche a souligné que d’attendre le dépôt du document dans deux ans pour protéger les milieux humides « ce serait rire des citoyens ». Félix Boudreault, dans le même sens, se demande s’il y aura un mécanisme pour empêcher les promoteurs de se dépêcher à réaliser leurs projets avant l’entrée des nouvelles normes.

« Le Bureau de l’environnement travaille sur une proposition pour des actions à court et moyen terme en attendant l’entrée en vigueur du plan nature en 2022. On a des outils en analyses, dont le contrôle réglementaire intérimaire », a indiqué Karine Godbout, présidente du comité de l’environnement. Il s’agit d’un règlement qui pourrait limiter le développement en attendant de nouvelles normes.

Yvan Gatien, chef de division au Service de la planification et de la gestion du territoire, a précisé que les élus ont toujours la possibilité d’approuver ou non un projet qui est déposé. Les droits acquis des propriétaires sont assez limités selon lui.

M. Boudreault a aussi suggéré que la Ville puisse racheter des terrains de grande valeur au coût de l’évaluation foncière, et non à la valeur qu’auraient ces terrains une fois développés, une idée qui sera étudiée par le Bureau de l’environnement. 

Plusieurs citoyens ont aussi souligné que la création de nouveaux milieux humides, pour compenser ceux qui seront détruits, ne permettra pas de retrouver à court terme la même diversité écologique. « L’idée, à long terme, c’est de ne pas avoir de perte nette », précise Jean-Philippe Boyer.

À savoir si les compensations actuelles sont suffisantes, c’est au ministère de l’Environnement d’en décider.

Karine Godbout juge que les interventions citoyennes mercredi étaient pertinentes et assure que la Ville se place en mode écoute. Elle invite les citoyens intéressés à participer à la démarche, puisqu’un groupe de travail sera créé en septembre. Deux sièges y sont réservés pour des citoyens. Les personnes intéressées peuvent envoyer une lettre d’intérêt au plan.nature@sherbrooke.ca avant le 18 août. 

Une consultation publique sur le portrait du territoire et ses enjeux est prévue à l’hiver ou au printemps 2021, alors qu’une autre consultation devrait se tenir au printemps 2022 sur le plan préliminaire.