Sur le mont Rougemont, Nature-Action Québec assure la conservation à perpétuité des sites les plus fragiles de concert avec les propriétaires de qui ils acquièrent les terrains. Plusieurs ententes ont été conclues au cours des dernières années, notamment grâce à un partenariat avec l’Association du Mont Rougemont (AMR).
Sur le mont Rougemont, Nature-Action Québec assure la conservation à perpétuité des sites les plus fragiles de concert avec les propriétaires de qui ils acquièrent les terrains. Plusieurs ententes ont été conclues au cours des dernières années, notamment grâce à un partenariat avec l’Association du Mont Rougemont (AMR).

La productivité d’une érablière préférée à la protection de sa biodiversité

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
La Commission de protection du territoire agricole du Québec a récemment refusé la demande d’une propriétaire de terres agricoles de Rougemont de céder celles-ci à Nature-Action Québec pour en assurer la protection à perpétuité. Cette fin de non-recevoir a été justifiée par le fait que ce transfert aurait pour effet d’y empêcher l’exploitation d’une érablière n’ayant jamais été en activité.

La demanderesse, une entreprise à numéros, souhaitait vendre à Nature-Action Québec un lot de 21,9 hectares, où on retrouve des vignes, mais dont 20 hectares de superficie abritent une érablière avec «un potentiel acéricole inexploité évalué à 4000 entailles.»

Ce lot est voisin d’un autre d’une dizaine d’hectares en superficie sur lequel on retrouve des pommiers et deux ruches, que la propriétaire souhaitait continuer d’exploiter, tout comme un petit vignoble qu’elle désirait agrandir, et une jeune érablière qu’elle prévoyait céder à ses enfants. À eux deux, les terrains représentaient un potentiel de 6000 entailles.

Sur le mont Rougemont, Nature-Action Québec assure la conservation à perpétuité des sites les plus fragiles de concert avec les propriétaires de qui ils acquièrent les terrains. Plusieurs ententes ont été conclues au cours des dernières années, notamment grâce à un partenariat avec l’Association du Mont Rougemont (AMR).

Celle-ci a d’ailleurs produit une lettre d’appui au projet à la CPTAQ. «On était bien contents qu’elle souhaite faire don de ses terres à Nature-Action Québec, indique le porte-parole de l’organisme, Pierre Pontbriand. C’est vraiment l’hypothèse d’une diminution de la productivité de l’érablière qui a guidé la décision de la commission.»

Des propriétés trop petites si divisées

Malgré une recommandation favorable de la municipalité de Rougemont, la vice-présidente de la commission, Élaine Grignon, a plutôt choisi de maintenir l’orientation préliminaire au dossier, déposée en novembre dernier et qui proposait de refuser la demande «pour préserver l’homogénéité du milieu agricole et les conditions favorables à la pratique et au développement de l’agriculture.»

Concrètement, la commission a jugé que de permettre la scission des deux terrains en tout autant de propriétés distinctes aurait eu pour effet de miner la productivité de l’érablière, dont les 6000 entailles totales sont déjà inférieures à la moyenne recensée dans le secteur acéricole.

«L’aliénation souhaitée aurait donc pour effet de morceler cette érablière en une érablière de 4 000 entailles pour la superficie visée et une érablière de 2 000 entailles pour la propriété résiduelle. Un potentiel de 2 000 ou de 4 000 entailles est insuffisant pour constituer des unités viables et autonomes», écrit Mme Grignon dans le compte rendu de la décision datée du 10 mars.

Qui plus est, la division de la propriété terrestre aurait eu pour effet de créer «deux nouvelles entités de superficies inférieures à la moyenne des propriétés avoisinantes», qui minent leur potentiel d’exploitation à long terme.

«Selon la loi sur la protection des territoires agricoles, lorsqu’un propriétaire possède deux lots agricoles qui sont contigus, il ne peut pas se départir d’un seul des deux, à moins qu’il ne soit acquis par un autre producteur qui continuera de l’exploiter», reconnaît M. Pontbriand.

La Fédération de l’Union des producteurs agricoles de la Montérégie avait elle aussi émis un avis défavorable à la transaction.

Ni surpris ni déçus

«On n’est pas déçus de la situation, on comprend la décision de la CPTAQ, a commenté Pascal Bigras, président de Nature-Action Québec, lors d’un entretien téléphonique. On a un régime de protection agricole qui remplit très bien sa mission, c’est-à-dire de protéger le milieu agricole et forestier pour en préserver les usages.»

«Pour la CPTAQ, la stratégie de protection des érablières est de maintenir leur capacité de production et de rentabilité, alors que notre projet aurait diminué cette capacité. Cette décision ne nous empêchera pas de poursuivre nos efforts de conservation au mont Rougemont», poursuit M. Bigras.

Celui-ci estime que la commission a peut-être également voulu éviter de créer un précédent qui la forcerait à accepter d’autres morcellements de propriétés acéricoles.

«Les agriculteurs sont des acteurs de premier plan dans la préservation des terres, reconnaît le président. Nous avons aussi au Québec des lois et des outils qui n’existent pas ailleurs et qui permettent de protéger nos milieux naturels. Notre mot d’ordre, chez Nature-Action Québec, est de s’assurer que les pratiques agricoles traditionnelles puissent être maintenues, et l’acériculture en fait partie.»

La commissaire indique toutefois que Nature-Action Québec pourrait très bien mener son projet à terme dans le secteur convoité grâce à un bail de location qui n’entraînerait pas la scission de la propriété terrestre; l’Association du Mont Rougemont croit toutefois que la vente du lot à l’organisme de conservation n’aurait pas nécessairement empêché d’entailler éventuellement les érables.

«Ce n’est pas une mauvaise décision en soi, mais nous, là où on n’est pas tout à fait d’accord avec la commission, c’est qu’on croit que la préservation du terrain par l’acquisition était possible tout en permettant l’acériculture, même si on ne parlait pas d’une protection totale et complète», allègue M. Pontbriand, ajoutant que la propriétaire des lots n’avait pas l’intention d’exploiter l’érablière.

Il n’a pas été possible de rejoindre la propriétaire des terrains.