Renée Vaudreuil
Renée Vaudreuil

La plaie est toujours vive à Saint-Rémi-de-Tingwick

Yanick Poisson
La Tribune
La douleur entourant la mort violente de la directrice générale, Renée Vaudreuil, s'estompe tranquillement à Saint-Rémi-de-Tingwick, mais la plaie demeure toujours vive.
Robert Godbout
«Il y a moins de frustration et de pleurs, mais il n'y a pas une semaine sans que les gens m'en parlent. La population n'est pas près d'oublier ce drame terrible. Ça a changé notre façon de vivre et de voir les choses», a indiqué le maire de la petite municipalité de 436 habitants, Jacques Fréchette.
 
Puisqu'il demeure tout juste devant l'ancien bureau municipal, celui-là même qui est devenu le tombeau de sa bonne amie, le maire Fréchette a beaucoup de mal à passer à autre chose. Comme si ce n'était pas suffisant, il doit régulièrement travailler avec des documents rédigés de la main de la défunte où y référer dans certains dossiers.
Tout ceci sans compter que l'enquête préliminaire du présumé assassin, Robert Godbout, est actuellement en cour au palais de justice de Victoriaville et que les faits qui y sont racontés qui font l'objet d'une ordonnance de non-publication ne sont pas sans raviver les émotions.
«La poussière est retombée un peu, mais tant que les enquêtes et le procès ne seront pas terminés, il va être difficile de retrouver un rythme de vie normal», a affirmé l'ex-conjoint de Mme Vaudreuil, Alain Groleau.
Pour ce qui est des enfants de la victime, Sébastien, Anne-Marie, Émilie et Jonathan, ils ont repris non sans peine le train-train quotidien. Ils parviennent à vivre normalement la plupart du temps, si ce n'est de certaines périodes plus difficiles. «L'émotion remonte encore par moments. Ce n'est évident pour personne de perdre sa mère dans de telles circonstances», a ajouté M. Groleau.
«Si j'avais été là...»
Jacques Fréchette se remémore avec frayeur les événements du 14 janvier 2008. L'agent d'immeuble de profession se rappelle qu'il conduisait son automobile dans la rue Cartier à Victoriaville lorsqu'il a reçu un appel de Ginette, la conjointe de son inspecteur municipal, qui l'informait de l'incendie au bureau municipal et de la disparition de Renée Vaudreuil.
Aussitôt prévenu de la situation, le maire a rebroussé chemin et s'est rendu sur place. Il a vite compris que c'en était fait de la directrice et qu'il aurait subi le même sort s'il avait été lui aussi sur place.
«Robert Godbout a déjà dit à une personne du village qu'il avait l'intention de mettre une balle dans la tête du maire et de la grosse vache, faisant référence à Renée Vaudreuil. Quand j'y pense, j'ai la chair de poule. Si j'avais été là, on ne se parlerait pas aujourd'hui», a-t-il statué.
Au-delà de la disparition subite de la directrice générale, c'est l'absence prolongée de Robert Godbout qui a le plus changé l'atmosphère régnant à Saint-Rémi-de-Tingwick. Selon Jacques Fréchette, les gens ont retrouvé la petite vie de famille qu'ils avaient avant son arrivée. Ils ont recommencé à se côtoyer.
«Ce gars-là faisait peur aux autres. Il était arrogant et méchant. Des gens ont déménagé tellement ils le craignaient», a indiqué le maire.
La différence se fera également sentir sur les finances publiques. Celui qui est accusé de meurtre au premier degré a poursuivi la municipalité à plusieurs reprises et la municipalité a également eu recours à la justice pour mettre fin à nombre d'agissements illégaux, dont son projet de Godzoo.
Et si le juge déclarait Robert Godbout non coupable? Le maire Fréchette aime autant ne pas envisager cette possibilité, même s'il sait que l'administration de la justice comporte par moment des injustices. Il s'est d'ailleurs dit convaincu de la culpabilité de l'accusé et est persuadé que le ministère public a les preuves nécessaires pour qu'il demeure à l'ombre un long moment.
L'enquête préliminaire de Robert Godbout se poursuivra aujourd'hui avec l'audition des derniers témoins.