C'est en subissant un échec à un examen de mathématiques que Marilou (nom fictif) s'est mise à relativiser les choses. Tout en pleurant en voyant le résultat, elle a aussi réalisé « qu'elle aurait une job dans la vie » même si elle avait échoué l'examen.

La perfection à tout prix

S'il refaisait ses études secondaires, William* ferait sans doute les choses différemment. Le jeune homme est lucide : les livres ont pris trop de place dans sa vie d'élève. Pour sa soeur Marilou*, la volonté d'atteindre la perfection s'est transposée un peu partout, de l'école à l'apparence physique. Et les conséquences auraient pu être dramatiques.
« Il y a une marge entre un bon stress et un mauvais stress. Je pensais juste à ça. Je ne pensais pas à grand-chose d'autre que de performer à l'école. C'était pas mal ma priorité », indique celui qui est maintenant étudiant au Cégep de Sherbrooke. « Je suis satisfait d'avoir été assidu, mais j'aurais pu profiter davantage du côté social. J'ai passé plus de temps dans les livres qu'il ne le fallait », lance le garçon de 17 ans, en ajoutant qu'il ne s'agissait pas d'un regret, mais d'un constat.
De la pression, il a commencé à s'en mettre davantage sur les épaules lorsqu'il est passé directement de la cinquième année à la première secondaire.
« Je me mettais beaucoup de pression parce que j'étais plus jeune que les autres [...)] Je voyais ça comme une compétition. » Il se souvient qu'il avait parfois du mal à trouver le sommeil, mais ne peut assurer avec certitude que la cause était uniquement liée à l'anxiété de performance.
N'empêche : William en retire des leçons. « Mon objectif prioritaire, c'est de m'en mettre moins sur les épaules. »
Sa soeur a aussi failli s'enliser dans une spirale du plus-que-parfait.
D'où est venue la pression de performer? « Ça a commencé lorsque mon frère a sauté une année. À partir de cet âge-là, j'ai senti le besoin de faire mes preuves. J'ai mis beaucoup d'importance dans mes notes. » L'adolescente est passée du privé au public. La pression qu'elle s'imposait est demeurée importante, voire plus grande. Elle tenait mordicus à demeurer dans le cercle restreint des élèves ayant une moyenne de 90 % et plus.
« Ça me mettait de la pression, je ne voulais pas descendre en bas de ça. Ça a dégénéré. Je voulais la perfection dans mes notes, dans tous les aspects de ma vie [...] J'ai commencé à m'arracher les sourcils. Juste avant l'examen, je m'arrachais les sourcils, lance-t-elle en soulignant que d'autres se rongent les ongles. J'étais vraiment stressée, il fallait que je me mette le stress quelque part. »
Parallèlement, la jeune femme perd du poids. « J'ai perdu 15 livres, je ne mangeais pas beaucoup. » Elle consulte alors une nutritionniste; elle est au bord de l'anorexie.
C'est en subissant un échec à un examen de mathématiques (42 %) que Marilou s'est mise à relativiser les choses.
Tout en pleurant en voyant le résultat, elle a aussi réalisé « qu'elle aurait une job dans la vie » même si elle avait échoué l'examen.
« Je ne dis pas que c'est bon d'avoir des mauvaises notes; j'avais fait tout ce qu'il fallait pour l'examen. Après, mes résultats ont commencé à augmenter. J'étais moins stressée. »
Depuis, l'adolescente de 16 ans a aussi réalisé qu'elle n'avait pas besoin de matières comme chimie et physique « fortes » lorsqu'elle pense à son avenir professionnel.
Elle n'a pas choisi ces matières pour sa dernière année. Elle profitera plutôt d'un programme de santé globale. Juste d'y penser, elle a déjà les épaules moins lourdes.
* Les noms des deux élèves ont été changés pour préserver leur anonymat.