Santé Canada ne croit pas pouvoir réapprovisionner les pharmacies en EpiPen avant la fin du mois d’août.

La pénurie d'EpiPen touche Sherbrooke

Les gens qui ont besoin d’un auto-injecteur EpiPen en raison de leurs allergies devront s’armer de patience en Estrie alors que la pénurie frappe de plein fouet la région. Santé Canada a été informé par le fabricant Pfizer Canada que les stocks d’EpiPen « seraient probablement très limités au mois d’août ».

Les pharmacies en ont probablement encore dans leur inventaire, mais elles pourraient être en rupture de stock « dans les jours et les semaines à venir », selon Santé Canada.

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C’est le cas de toutes les pharmacies sherbrookoises contactées par La Tribune.

« Présentement, nous sommes rationnés à un EpiPen par jour, confirme Jean-Luc Trottier, pharmacien propriétaire de trois Familiprix à Sherbrooke. Ce n’est vraiment pas suffisant surtout avec le retour à l’école. Au lieu qu’un enfant se procure quatre injecteurs, un pour papa, un pour maman, un pour lui et un pour le service de garde, il devra probablement n’en avoir qu’un seul. » 

« J’ai une cliente qui s’est découvert une nouvelle allergie cette semaine, poursuit-il. Elle a fait trois autres pharmacies avant de venir me voir. Elle était très contente d’en trouver, mais on s’attend à en manquer dans les prochaines semaines. »

« On se débrouille comme on peut pour faire durer les réserves, souligne David Thibault, pharmacien pour Proxim Grégoire et Thibault sur de Portland. Si des gens viennent nous voir pour remplacer le leur et qu’il n’est pas périmé, on leur dit de le garder. On dit aussi aux gens de garder ceux qui sont expirés. Dans certains cas, on leur donne même deux EpiPen juniors, ce n’est pas idéal parce qu’ils doivent se piquer deux fois. »

Chez la pharmacie Uniprix Isabelle Fauteux dans l’est de la ville, il n’y a plus d’EpiPen en stock, il ne reste que des juniors. Il leur est impossible d’en commander chez leurs trois fournisseurs. 

Santé Canada ne croit pas pouvoir réapprovisionner les pharmacies avant la fin du mois d’août. Quelques EpiPen pour enfants sont encore disponibles, mais Pfizer Canada a signalé que les inventaires étaient limités et « qu’ils seraient soigneusement gérés à l’échelle nationale ».

Date d’expiration

Jean-Luc Trottier conseille aux gens d’allonger la durée de vie de leur EpiPen. Les auto-injecteurs expirent au dernier jour du mois qui est indiqué sur la boîte, donc s’ils expirent au mois d’août, ils sont bons jusqu’au 31 août.

« On conseille aux gens de se l’injecter même s’il est expiré, mentionne-t-il. Avoir un médicament à 90 % efficace, c’est mieux que de ne rien avoir. »

Le Ministère souligne qu’il faut aller à l’hôpital après une injection du médicament, qu’il soit expiré ou non.

Les pharmaciens s’entendent aussi pour dire qu’ils ne peuvent pas commencer à faire une sélection parmi leurs clients.

« C’est sûr que certains ont des injecteurs pour des allergies qui ne sont pas officialisées à 100 %, mais est-ce qu’on veut prendre la chance ? se questionne David Thibault. On parle quand même d’allergies mortelles. Au pire des cas, on pourrait éduquer les gens à faire leur propre traitement avec de l’adrénaline et des fioles. Ce n’est vraiment pas l’idéal et on n’en est pas rendu là, mais c’est une possibilité. »

De son côté le CIUSSS de l’Estrie – CHUS confirme n’avoir aucun problème d’approvisionnement, puisque la pénurie se situe seulement au niveau des auto-injecteurs. L’établissement n’a pas non plus noté de problématique aux urgences pour l’instant.

Problème de fabrication 

Selon les informations données au ministère par le fabricant, la rupture de stock est attribuable à un « problème de fabrication ».

« Nous sommes conscients du stress que provoque la pénurie d’un médicament essentiel sur les patients, les familles et le système de santé », a déclaré le ministère dans son communiqué.

« Santé Canada travaille en étroite collaboration avec Pfizer, les provinces, les territoires et les intervenants afin d’aider à réduire les effets de cette pénurie sur la population canadienne. » 

Avec La Presse canadienne