Dès mardi, la galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke portera le nom d'Antoine Sirois. Ce choix de nom, qui appartient à un homme, a déçu la militante féministe Sarah Beaudoin. Selon elle, la parité toponymique n'est toujours pas prise en considération par l'établissement.
Dès mardi, la galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke portera le nom d'Antoine Sirois. Ce choix de nom, qui appartient à un homme, a déçu la militante féministe Sarah Beaudoin. Selon elle, la parité toponymique n'est toujours pas prise en considération par l'établissement.

La parité toponymique toujours ignorée à l’UdeS

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Le nom que portera dès mardi la galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke n’est qu’un autre exemple que l’établissement ne prend pas la parité toponymique au sérieux, selon la militante féministe Sarah Beaudoin. Coautrice du livre « Femmes et toponymie » et cosignataire d’une lettre ouverte remise en mars dernier au recteur Pierre Cossette à cet effet, Mme Beaudoin déplore qu’un nom d’homme, celui d’Antoine Sirois, ait encore une fois été choisi pour ce type de reconnaissance.

Mme Beaudoin ne s’est pas dite surprise lorsqu’elle a appris la nouvelle, samedi. Près de dix mois après le dépôt de la lettre de Gabriel Martin, qu’avaient aussi appuyé la conseillère municipale Évelyne Beaudin, l'historienne et professeure émérite Micheline Dumont, l’ancienne membre du Conseil du statut de la femme Nicole Dorin, le CALACS Agression Estrie et les Pépines, la pression exercée ne semble pas avoir changé les « habitudes » de l’UdeS. 

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Pour une toponymie plus équitable à l'UdeS

Lui aussi rejoint par La Tribune, le coauteur de Femmes et toponymie Gabriel Martin croit que la réponse a été bien claire : « l'Université refuse de revoir ses règles internes dans l'optique de diversifier sa toponymie. »

« Ça n’enlève rien aux accomplissements marquants que M. Sirois a faits à travers sa vie, qu’il soit honoré par la toponymie ou non, établit Mme Beaudoin. Oui, c’est une question de mérite, d’avoir son nom au niveau de la toponymie, mais ce qu’on oublie, c’est qu’il y a autant de femmes que d’hommes qui ont fait des accomplissements. Malheureusement, les femmes sont encore invisibilisées, parce que leurs accomplissements sont souvent un peu moins dans la norme ou parce qu’ils n’ont pas été archivés dans le passé ». 

Une opinion que partage également M. Martin, qui croit que l'Université maintient « des critères de sélection de toponymes qui sont implicitement défavorables à une représentation féminine équitable. »

Tous deux rappellent que parmi tous les lieux et bâtiments principaux de l’UdeS, un seul nom de femme s’est taillé une place : celui de Denise Paul, en l’honneur de qui on a baptisé l’École des sciences infirmières – une faculté que les stéréotypes associent souvent aux femmes, précise Mme Beaudoin.

« L'administration ne semble pas comprendre que des règles égalitaires dans le principe n'ont pas toujours des effets équitables, observe M. Martin. Le problème avait déjà été soulevé il y a plus d'une quinzaine d'années, mais l'Université de Sherbrooke préfère aujourd'hui l'attentisme à la proactivité. »

M. Martin fait allusion à une intervention de la chercheuse Chantal Doré en 2001 dans un bulletin d'information de l'Université, où celle-ci avait exprimé « qu’il serait symboliquement important que l’Université ne soit pas identifiée uniquement avec des noms masculins. »

« Chercher ailleurs » 

Mme Beaudoin est confiante qu’il y aurait eu plusieurs alternatives féminines au nom de M. Sirois. « Il y a quand même quelques noms de femmes qui ressortent du côté des professeures. Je comprends que ça doit être thématique, comme il s’agit du Centre culturel. Il peut y avoir des actrices célèbres qui sont passées par là, ou des actrices un peu moins célèbres qui ont fait des accomplissements locaux ou fait des prestations marquantes. On aurait pu chercher ailleurs », note celle qui croit que le nom de Thérèse Lecomte (1916-2015), cofondatrice de la galerie d’art et formatrice de plusieurs générations d’artistes estriens, aurait pu compter parmi les options.

M. Martin ajoute à ce nom celui de Jeannine Lafrenière, qui apparaît dans les archives comme ayant été impliquée dans les conférences et projections qui ont donné lieu à la création de la galerie, dans les années 1960. 

« Ce qui est malheureux, c’est qu’on est tellement en retard dans la parité toponymique, à l’UdeS comme dans les municipalités, que c’est difficile de se rattraper en choisissant un nom de femme une fois sur deux. Il faudrait plutôt utiliser un nom de femme chaque fois qu’on nomme un lieu dorénavant », fait également valoir Mme Beaudoin.  

Ayant été mise au fait du projet trois jours avant sa concrétisation, Mme Beaudoin craint qu’il ne soit trop tard pour y mettre un frein. « Mais c’est certain que s’il y a des gens qui ont envie d’organiser des initiatives citoyennes ou autre, ça pourrait être intéressant, réfléchit-elle. Ce qu'il est important de faire, c’est d’ouvrir la discussion; de se demander pourquoi c’est un homme qui a été nommé, et comment on pourrait honorer plus de femmes. »

Gabriel Martin et Sarah Beaudoin, les coauteurs de l’ouvrage Femmes et toponymie, on également entrepris des démarches de pression en mars 2019 afin que l’Université de Sherbrooke honore davantage de femmes dans sa toponymie.

Un nom qui flottait depuis longtemps

Rappelons que le directeur du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke, Mario Trépanier, partageait samedi dans La Tribune qu'il avait depuis longtemps le nom d'Antoine Sirois en tête pour la galerie. 

« À l’époque, ce n’était pas envisageable, car il était toujours vivant, et les règles du comité de toponymie de l’Université de Sherbrooke exigent qu’une personne soit décédée depuis au moins un an avant que son nom puisse être proposé. Avec l’accord de Suzanne Pressé, la coordonnatrice de la galerie, nous avons soumis sa candidature en 2019 et elle a été retenue », indiquait-il. 

Antoine Sirois, qui était secrétaire général de l'UdeS à l'époque de la création du Centre culturel, aurait été celui qui a convaincu le recteur de l'époque d'investir dans une salle qui pourrait recevoir des spectacles d'envergure. Il est aussi celui qui a acquis les premières œuvres de la collection d'art de l'UdeS.