Serge Houle adore la musique. Le programme Music & Memory lui apporte de grands bienfaits.

La musique comme du chocolat

La musique stimule les mêmes zones cérébrales que le chocolat : elle apporte le plaisir non seulement dans l’immédiat, mais un plaisir qui perdure dans le temps. Elle permet aussi de se replonger dans ses bons souvenirs et de s’ouvrir au monde qui nous entoure. En résumé, la musique fait du bien.

« La musique élève l’âme. La musique est très reposante, elle me fait du bien. J’aime ça aussi en écouter pour marcher. Il y a toutes sortes de musiques, pour toutes les activités », explique Serge Houle, qui participe au programme Music & Memory.

C’est pour permettre aux personnes comme lui qui souffrent de la maladie d’Alzheimer de se replonger dans leurs souvenirs que l’Américain Dan Cohen a créé le programme Music & Memory, qui a pu être intégré dans les différentes Sociétés d’Alzheimer du Québec en 2015 et à Sherbrooke notamment.

Qu’est-ce que Music & Memory? Avec le soutien de l’organisme et des membres de leur famille, les gens souffrant de la maladie d’Alzheimer ou d’un autre trouble neuro-cognitif peuvent mettre la main sur un iPod Shuffle dans lequel on aura fait une liste de lecture d’une cinquantaine de titres. En compagnie d’un proche, la personne peut écouter la musique choisie spécialement selon ses goûts personnels. Et c’est là que la magie opère!

« Parfois, c’est simplement incroyable de voir la réaction des gens lorsqu’ils tombent sur une chanson qu’ils aiment vraiment : ils s’illuminent », lance Édith Séguin, responsable de Music & Memory et conseillère aux familles à la Société Alzheimer de l’Estrie.

La réaction de Serge Houle, lorsqu’il écoute ses chansons favorites, suffit à le prouver. Il vibre. Il ressent du plaisir. Il replonge dans ses souvenirs.

Dans ses recherches au Centre de recherche sur le vieillissement, la psychologue Lise Gagnon a prouvé que la perception musicale est préservée dans la maladie d’Alzheimer. « La musique n’est pas seulement un loisir. Elle relève d’un travail du cerveau », souligne-t-elle.

Les bienfaits sont nombreux : réduction de l’anxiété, augmentation du niveau de communication, amélioration des moments qui sont source d’angoisse pour certaines personnes, création de magnifiques moments de complicité avec ses proches, entre autres!

La musique fait tranquillement sa place dans les centres hospitaliers également. Par exemple, au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), on a déjà fait un projet de recherche clinique avec des patients qui se trouvent aux soins intensifs et à qui on faisait écouter de la musique pour masquer les sons qui sont nombreux et agressants dans un tel milieu entre le personnel qui fait des va-et-vient fréquents et le bruit des différentes machines.

Pour la concentration

La musique aide aussi à la concentration. Les chirurgiens en sont de bons exemples. Plusieurs d’entre eux écoutent de la musique pendant leurs longues chirurgies.

« La musicothérapie est démontrée comme une intervention efficace pour de nombreux patients », ajoute la chercheuse Lise Gagnon.

La musique doit cependant être bien utilisée pour être efficace. Parce que la musique, c’est mathématique (voir autre texte).

« Un des exemples dont on me parle souvent, c’est Ginette Reno. Les gens me disent que leur proche aime tellement sa musique. Mais ses chansons font souvent pleurer », image Édith Séguin.

« Pleurer, ce n’est pas mauvais du tout. Mais il faut savoir récupérer la situation ensuite pour que les gens ne restent pas coincés dans leurs émotions négatives », ajoute la psychologue Lise Gagnon.

« Pierre Lalonde fait partie de ceux qui font vibrer les aînés en éveillant des souvenirs joyeux sur ses airs gais, et nombreux sont ceux qui apprécient la découverte de la musique créole ou latino, qui est ensoleillée, joyeuse et rythmée », ajoute Édith Séguin.

Reconnaître une chanson dès ses premières notes relève d’un travail de la mémoire. « Même dans les cas les plus avancés de la maladie d’Alzheimer, les recherches ont prouvé que cet aspect de la mémoire est préservé jusqu’à des stades très avancés de la maladie, ce qui justifie selon moi que l’on utilise la musique le plus longtemps possible avec tous les gens pour qui la musique a été importante dans leur vie », souligne Lise Gagnon.

La musique et ses bienfaits sont si importants qu’un centre de recherche est même consacré à ce sujet à Montréal : il s’agit du BRAMS, le Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son.

C'est mathématique

« La musique est une forme d’écriture qui est créée par les compositeurs de façon très organisée grâce aux gammes, qui sont la base de cette écriture. Ce n’est pas pour rien que lorsqu’un compositeur écrit sa musique, il sait dès le départ si sa musique sera considérée comme triste ou joyeuse. La musique est précise, comme les mathématiques », explique la chercheuse Lise Gagnon, du Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

De façon générale, la musique composée en mode majeur sur un tempo rapide sera considérée comme joyeuse. Pensons à la musique latino par exemple, qui correspond de façon générale à ces critères et qui, lorsqu’on l’entend, nous donne systématiquement le goût de danser.

De l’autre côté, la musique composée en mode mineur sur un tempo lent sera souvent considérée comme triste. De nombreuses chansons country sont ainsi composées.

Il n’est pas nécessaire d’être musicien ou d’avoir suivi des cours de musique pour comprendre cette organisation que l’on retrouve dans la musique que l’on écoute. Grâce à notre exposition à la musique, presque tout le monde possède les connaissances implicites pour savoir la reconnaître.

« Quand un enfant apprend à parler, il ne sait pas au départ qu’il utilise le sujet, le verbe et le complément avec des articles au milieu. Il le fait parce qu’il est exposé au langage et qu’il répète ce qu’il entend », image Lise Gagnon pour comparer la façon dont notre cerveau acquiert ces données.

« C’est pour ça que tout le monde sera capable de reconnaître une fausse note lorsqu’elle est jouée par erreur dans une gamme », ajoute-t-elle.