Les eaux usées de la Maison de l’eau se déversaient directement dans la rivière Magog, en aval de la plage Lucien-Blanchard.

La Maison de l’eau polluait la rivière Magog

La Ville de Sherbrooke a corrigé en 2017 un nombre record de 33 raccordements illicites qui détournaient des eaux usées directement vers les rivières Magog ou Saint-François. Parmi ces raccordements fautifs : la conduite sanitaire de la Maison de l’eau, qui se déversait tout juste en aval de la plage Lucien-Blanchard.

« La Maison de l’eau n’est pas raccordée aux égouts. Il y a un petit poste de pompage pour les eaux usées qui ramène ces eaux dans la conduite d’égout un peu plus haut. Pour y arriver, la conduite sanitaire passait dans la conduite pluviale. Cette conduite s’est déboitée à cause des mouvements de gel et de dégel, si bien que l’eau se déversait dans la rivière Magog sans traitement », explique Caroline Gravel, directrice au Service des infrastructures urbaines à la Ville de Sherbrooke.

Parmi les autres problèmes majeurs, deux murets qui dirigeaient les eaux usées vers la station d’épuration plutôt que vers la rivière étaient brisés à peu près à la hauteur de la plage Lucien-Blanchard pour des adresses sur la rue King Ouest. Ces conduites se déversaient en amont de la plage. Idem pour une conduite de la rue Panneton, qui produisait la plus grande concentration de coliformes fécaux enregistrée à Sherbrooke. Les eaux de 145 résidences s’écoulaient directement dans la rivière Magog.

« La plupart de ces cas sont inconnus. Les propriétaires ne font pas exprès. Ils inversent la conduite pluviale, qui va directement à la rivière, avec la conduite sanitaire, qui doit être dirigée vers la station d’épuration. Ce sont des erreurs difficiles à dépister. Nous utilisons entre autres des colorants ou des grillages pour identifier les problèmes », raconte Michel Cyr, chef de la Division de la gestion des eaux et de la construction.

Caroline Gravel

Le défi est de taille, alors que la Ville compte 741 km d’égouts sanitaires et 188 km d’égouts combinés, soit celles où 100 % des eaux sont acheminées dans les stations d’épuration. Il faut compter entre 3000 et 4000 $ pour corriger un raccordement illicite. Le budget annuel de la Ville s’élevait à 30 000 $ en 2016 et est passé à 180 000 $ en 2017.

« Nous avons examiné 126 raccordements illicites et en avons corrigé 33. Il faut comprendre que dans une année normale, nous en corrigeons 10. La grosse différence cette année, c’est que nous avions une équipe qui s’y consacrait à temps plein grâce à des budgets supplémentaires. Nous nous sommes attaqués au problème de façon sérieuse. En 2016, nous avions eu des problèmes dans la qualité de l’eau du lac des Nations. Nous avions dû arrêter les activités nautiques pendant plusieurs jours. Il y avait urgence d’agir », dit Caroline Gravel.

Les budgets supplémentaires ont été accordés de nouveau pour 2018 et sont prévus pour 2019. Le secteur de l’Université sera la cible des prochaines enquêtes. « C’est un secteur qui est vieux en égouts et nous avons plusieurs conduites qui peuvent s’affaisser avec le temps. Il y a aussi de l’exfiltration des eaux usées vers la conduite pluviale. Les conduites en béton n’ont pas de joints de caoutchouc entre les sections. Avec les mouvements du sol, les joints s’ouvrent, l’eau coule et se rend à la conduite pluviale. Il n’y a pas de condoms ou de papier de toilette qui filtrent vers la rivière, mais c’est quand même de l’eau contaminée. Ces problèmes sont beaucoup plus difficiles à trouver et plus complexes à corriger. »

Le nombre de raccordements illicites sur le territoire de la Ville de Sherbrooke est estimé à quelques centaines sur 35 000 raccordements.