Si les intervenants de JEVI ne sont pas plus sollicités qu’à l’habitude, Tania Boilar, directrice générale de l’organisme, croit toutefois que les choses risquent malheureusement de changer au cours des prochains mois.
Si les intervenants de JEVI ne sont pas plus sollicités qu’à l’habitude, Tania Boilar, directrice générale de l’organisme, croit toutefois que les choses risquent malheureusement de changer au cours des prochains mois.

La loterie voyage de JEVI tire de l’arrière

Le nombre d’appels de détresse psychologique semble toujours stable chez JEVI, malgré la crise sanitaire et les mesures de confinement. Cependant, la principale campagne de financement du centre de prévention du suicide a du mal à surmonter le défi de séduire les donateurs avec un crédit voyage, en pleine pandémie.

« On réussit à vendre quelques billets, mais c’est certain qu’on n’est pas au même point qu’à pareille date l’an dernier, explique Tania Boilar, directrice générale de l’organisme estrien. Au début, au lancement, on était très motivés et les chiffres semblaient bons, mais la courbe commence à beaucoup redescendre. Par contre, on a reçu quand même quelques dons par-ci par-là, et ça nous donne un énorme coup de main. » 

Rappelons que le 14 avril, JEVI avait lancé en urgence sa loterie voyage, qui lui rapporte habituellement 90 000 $. Cette entrée d’argent permet l’équivalent de 5000 interventions.

Jusqu’à maintenant, seulement 30 % des 600 billets à vendre pour la loterie ont été vendus. Au coût de 150 $, chacun des billets donne la chance à son détenteur de remporter l’un des douze grands prix lors du tirage du 6 juin. 

Si les intervenants de JEVI ne sont pas plus sollicités qu’à l’habitude, Mme Boilar croit toutefois que les choses risquent malheureusement de changer au cours des prochains mois. S’appuyant sur une étude de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) parue à la fin mars, celle-ci craint de voir plusieurs nouveaux cas de détresse apparaître une fois que la vie « normale » reprendra son cours. 

« En se basant sur les cas dans d’autres pays, on voit vraiment que c’est dans la post-pandémie que ça augmente. Le chômage, qui devait être temporaire le temps de la crise, devra peut-être finalement être permanent pour certains, par exemple. Peut-être que les factures d’Hydro qu’on aura accumulées sans pénalités deviendront également difficiles à rembourser... » estime-t-elle.  

Un nouveau « type de clientèle » pourrait également faire son apparition : celui des travailleurs qui auront été au front tout au long de la pandémie. 

« On parle beaucoup de détresse post-pandémie pour les gens qui travaillent dans les services essentiels, comme les travailleurs de la santé ou des épiceries. Une fois que tout sera terminé, les genoux pourraient leur lâcher », dit-elle.  

Finalement, Mme Boilar tient à réitérer le message de l’organisme en ce contexte particulier. « Nous restons là, nous sommes toujours ouverts et nous sommes prêts à prendre vos appels. » 

Rappelons qu’en Estrie, le suicide fait près de 70 décès par année. 

Pour joindre l’équipe d’intervention de JEVI : 819 564-1354

Pour se procurer un billet de loterie ou faire un don : http://www.jevi.qc.ca/loterie-jevi/


+ Période peu propice

Geneviève Tremblay, vice-présidente directrice générale des agences Club voyages Orford, ne croit pas qu’il s’agit de la lente mort des loteries voyage, et encore moins des voyages. 

« De l’avoir lancé pendant le confinement, je ne crois pas que c’était le meilleur timing, estime Mme Tremblay à propos de la loterie voyage de JEVI. Tant qu’il n’y a pas d’avion qui va réellement voler, c’est un peu un coup d’épée dans l’eau. Sinon, il faudra refaire un lancement dans quelques semaines ou quelques mois. Les gens ne sont pas là en ce moment. »

Les six agences qu’elle représente en Estrie et au Centre-du-Québec gèrent d’ailleurs toujours des demandes de renouvellement de loteries voyages, qui seront lancées en période « post-confinement ». Même si « c’est le calme plat » dans le monde du voyage actuellement, elle ne prévoit pas nécessairement retirer de la liste des dépenses ce type de commandites, qui permettront à plusieurs organismes à but non lucratif de trouver du financement, et qui continueront d’en faire rêver plusieurs. 

« Les gens aiment voyager, avance celle qui est déjà en mode planification pour la relance de l’industrie. Nous avons déjà beaucoup de clients qui sont prêts à replanifier leur voyage, c’est plutôt nous qui sommes frileux dans ces cas-là. Certains auront peut-être envie de repousser un peu, mais d’autres nous disent qu’avec le confinement, ils ont encore plus hâte de voyager. C’est une question de pouvoir le faire en sécurité. Dès qu’on aura un vaccin et des médicaments, il n’y aura plus personne qui aura peur de voyager. » 

Mme Tremblay espère cependant que l’aide gouvernementale accordée aux agences de voyages sera prolongée au-delà de juin. 

« On est en mode survie pour plusieurs mois, explique-t-elle. De prime abord, l’été est une saison beaucoup plus basse dans notre industrie. On sait qu’il n’y aura aucun départ jusqu’au 31 mai 2020 pour le moment. Par contre, le gouvernement du Canada ne permettra pas aux voyageurs étrangers d’entrer au pays avant le 30 juin, ce qui nous laisse potentiellement penser qu’il n’y aura pas beaucoup de départs avant juillet. »