La ferme l’Harmonium de Bury a vu ses surplus d’œufs de poule en liberté fondre à un point tel qu’elle peine à fournir sa clientèle avec la production quotidienne, soutiennent les propriétaires Bruno Charpentier-Morin et Jade-Audrey Péloquin.
La ferme l’Harmonium de Bury a vu ses surplus d’œufs de poule en liberté fondre à un point tel qu’elle peine à fournir sa clientèle avec la production quotidienne, soutiennent les propriétaires Bruno Charpentier-Morin et Jade-Audrey Péloquin.

Les produits locaux ont la cote

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Si l’appel à l’achat local par le panier bleu a servi de catalyseur, la tendance à la hausse de la demande pour les produits alimentaires locaux était déjà entamée.

« Il y a une explosion de la demande depuis deux semaines », confirme le président des Amis de la terre, David Maurice, qui chapeaute le Marché de solidarité régionale de l’Estrie.

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De la soixantaine de commandes passées à la même période l’année dernière, les ventes ont plus que doublé en ces temps de confinement avec 133 commandes pour des recettes de plus de 15 000 $ au cours des deux dernières semaines.

La ferme l’Harmonium de Bury a vu ses surplus d’œufs de poule en liberté fondre à un point tel qu’elle peine à fournir sa clientèle avec la production quotidienne.

« Les gens achètent les œufs à coups de dix et même quinze douzaines », signale Jade-Audrey Péloquin qui a démarré la ferme l’Harmonium il y a deux ans avec son conjoint Bruno Charpentier-Morin. 

Dans les serres de la clé des champs à Saint-Camille, Alexandre Cardin-Mercier et Catherine Audet, les plants de légumes pour la saison estivale sont à peine sortis de terre que les trois quarts de la production de légumes biologiques sont déjà promis.

« Habituellement, nous en sommes environ au tiers à cette période de l’année. Les gens ont plus de temps pour s’abonner à nos paniers, mais aussi pour être certains d’être approvisionnés en légumes locaux au cours de l’été », mentionne Alexandre Mercier-Cardin.

Environ 180 familles reçoivent des paniers de légumes biologiques provenant de cette ferme de Saint-Camille lors de la saison estivale et autant achètent les légumes au marché public.

« Notre terrain ne nous permet pas d’en produire plus. Nous essayons d’améliorer nos façons de faire, mais il ne nous reste pas beaucoup de marge de manœuvre », signale le producteur de Saint-Camille.

Les clients se déplacent de Sherbrooke jusqu’au kiosque maraîcher de la ferme l’Harmonium situé en bordure de la route 108 à Bury. Avant même d’avoir reçu les porcs, les agneaux et les poulets qui doivent grandir au cours des prochains mois, plus de la moitié de sa production est déjà vendue. 

« Avant, je faisais la livraison et je devais faire un peu de publicité. Maintenant, les clients viennent jusqu’ici », signale Jade-Audrey Péloquin, dont la demande pour les légumes en vue de la saison estivale est aussi importante. La liste de clients à la ferme l’Harmonium est passée de dix l’an dernier à plus de quarante dans les dix derniers jours.

Plus de 80 pour cent des producteurs au Marché de solidarité régionale de l’Estrie sont situés à moins de 80 km de Sherbrooke.

« Nous sommes un hybride entre l’épicerie où les gens achètent ce qu’ils veulent quand ils le veulent et le panier fermier qui est fourni à un jour fixe durant une certaine période. Il faut prendre l’habitude de commander ce que tu veux, mais à un moment précis chaque semaine. Présentement, les gens ont plus de temps pour nous découvrir et nous espérons qu’ils vont rester par la suite », mentionne David Maurice.

Alexandre Cardin-Mercier et Catherine Audet sont les heureux propriétaires de la Clé des Champs de Saint-Camille. Ils posent avec leur fille Estelle, deux ans, et le tout petit Armand, 1 mois.

Alexandre Cardin-Mercier estime que la relation avec le producteur est tout aussi importante que le produit en tant que tel.

« Les légumes deviennent un prétexte à rencontrer les gens dont nous connaissons les histoires et les familles. Ils peuvent aussi nous parler, nous poser des questions sur la ferme ou sur les recettes à faire avec les légumes du panier. Il faut que tout ça ait du sens », estime le producteur maraîcher qui croit beaucoup à l’éducation en matière d’alimentation. 

Jade-Audrey Péloquin croit que les producteurs locaux où le produit passe de la ferme à la table rassure les consommateurs.

« J’ai l’impression que ce virage vers l’achat local va rester. Lorsque les gens ont goûté à des produits locaux avec le contact avec un fermier de famille, les gens ont avantage à le garder près d’eux. Les gens aiment ce qu’ils goûtent et constatent la qualité », estime Jade-Audrey Péloquin. 

L’appel à l’achat local fait par le gouvernement du Québec en cette période pandémie de la COVID-19 est une consécration pour le Marché de solidarité régionale de l’Estrie.

« Ça fait plus de dix ans que l’on fait la promotion de l’achat local. On se prépare déjà à l’après-pandémie parce que notre modèle est applicable. Le marché de solidarité permet à de petits producteurs de trouver un débouché régulier pour leurs produits », indique David Maurice.